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Citoyen Genet - Page 4

  • Pour Noeh et les enfants du Moyen-Orient

    En décembre 2017, l’association chrétienne Portes ouvertes a déposé auprès du Secrétariat général des Nations Unies, à New York, la pétition « Espoir pour le Moyen-Orient ». Elle avait circulé sur les réseaux sociaux et recueilli 808 172 signatures dans plus de 143 pays (c’est considérable !), dont 27 376 en Suisse, où elle a notamment reçu l’appui de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et du Réseau évangélique suisse (RES). Son objet ? Fortifier et encourager sur place les chrétiens de Syrie et d’Irak en apportant une contribution à la reconstruction de leurs pays, ce qui implique la garantie de la protection de toutes les minorités religieuses ou ethniques. On relève parmi les signataires de la pétition 64 000 personnes d’Irak.

    L’association Portes ouvertes ne mâche pas ses mots : en Syrie et en Irak, « être chrétien est une tare ». Selon son indice annuel, ces deux pays occupent la sixième et la septième position parmi les 50 pays où les chrétiens sont le plus persécutés. Les chrétiens sont spoliés, exclus de la vie sociale et politique. La scolarisation des enfants est difficile et ils sont discriminés en matière de logement et d’aide sociale.

    La pétition est claire. Elle demande trois mesures :

    « Assurer dès à présent et à l’avenir un cadre légal qui garantisse l’égalité, la jouissance des droits inaliénables et la protection de tous les citoyens en Syrie et en Irak, quels que soient leur race, leur religion ou leur statut. 

    » Garantir des conditions de vie dignes à tous les citoyens, et particulièrement aux réfugiés et aux déplacés internes qui retournent chez eux, en leur assurant notamment un logement décent et l’accès à l’éducation et à l’emploi.

    » Identifier des personnes et organisations responsables, et les encourager à jouer un rôle central et constructif dans la réconciliation et la reconstruction de la société syrienne et irakienne. »

    La pétition « Espoir pour le Moyen-Orient » a été déposée au siège des Nations Unies par une délégation composée de représentants de Portes Ouvertes et de chrétiens irakiens. Parmi ces derniers, Noeh, 12 ans, accompagne son père. Ils viennent de Karamlech, à 30 kilomètres à l’est de Mossoul. En août 2014, ils ont fui leur village face à l’avancée des forces de l’Etat islamique et se sont retrouvés dans un camp de réfugiés à Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan, au nord de l’Irak. Leur maison a été brûlée, parce qu’ils sont chrétiens. Il y a quelques mois, ils ont pu y retourner, ce qu’ils n’ont pas hésité à faire. Ils désirent participer à la reconstruction de leur pays, qu’ils ne veulent pas quitter. Depuis lors, Noeh a retrouvé l’école de son village natal de Karamlech. Fan de l’équipe de football du FC Barcelone, la délégation de Portes ouvertes aux Nations Unies lui a offert un maillot aux couleurs du Barça dédicacé par Lionel Messi. Quel parcours pour cet adolescent irakien, figure emblématique de l’« Espoir pour le Moyen-Orient » !

    Les représentants de l’association chrétienne ont exprimé leur confiance après avoir été reçus par Kyoko Shiotani, chef du bureau du secrétaire général António Guterres, et Achim Steiner, administrateur du Programme de développement des Nations Unies (PNUD). Mais il faudra beaucoup de persévérance avant de pouvoir offrir à Noeh et à ses camarades de classe de Karamlech, et à tous les enfants du Moyen-Orient, la jouissance de droits inaliénables et des conditions de vie dignes en vue de la réconciliation et de la reconstruction de la patrie qu’ils aiment.

  • Billy Graham, bon et fidèle serviteur

    Ombre de tristesse, ce mercredi après-midi 21 février, quand j’apprends, à la faveur des réseaux sociaux, le décès de Billy Graham. Mais, en parcourant les hommages rendus à ce prédicateur infatigable de l’Evangile, je suis saisi par un sentiment de profonde reconnaissance. Graham a marqué plusieurs générations, son message percutant, pimenté d’un humour délicieux, a touché au plus profond des êtres, remuant et bouleversant nombre de vies. On parle de plus de 200 millions de personnes atteintes dans les grands rassemblements de foule à travers le monde, sans compter les auditeurs de ses programmes radiodiffusés et les lecteurs de ses livres et articles publiés dans le magazine Décision.

    Un carnet d’adresses à faire pâlir d’envie… Il a côtoyé les plus grands, tous les présidents américains depuis Harry Truman, souvent dans des heures de crise, la reine d’Angleterre, des hommes d’affaires, des artistes. Les plus modestes aussi, et le peuple surtout, lors de ses célèbres shows, à l’américaine certes, mais qui touchaient les gens, car Graham savait parler.

    Parler. Avec conviction. Après une sérieuse réflexion sur sa foi personnelle, il accepte la Bible comme étant la Parole inspirée et infaillible de Dieu. « La Bible dit… » Ces trois mots rythmaient ses prédications, leur donnaient autorité. On savait ce que l’orateur croyait. Il parlait avec force et chaleur humaine, dans un cœur à cœur avec ses auditeurs, les yeux dans les yeux, abordant les problèmes existentiels de l’être humain. Parler à ses contemporains, c’était l’art de Billy Graham.

    On lui a reproché son alignement sur un certain conservatisme d’outre-Atlantique. Mais, dès les années 1950, il a clairement refusé de prêcher devant un auditoire où était pratiquée la ségrégation raciale, et cela déjà dans son propre Etat de Caroline du Nord (rappelez-vous l’époque marquée par le racisme de l’ancienne Confédération sudiste), comme plus tard dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Il était l’ami de Martin Luther King. Proche des présidents américains ? Oui, mais surtout leur conseiller spirituel en réponse à leur invitation, qu’ils soient républicains ou démocrates.

    Graham partageait une vision universelle de l’Eglise. Il avait visité tous les continents. Il fut un des initiateurs, dans les années 1970, du Mouvement de Lausanne pour l’évangélisation mondiale, aux côtés de l’anglican John Stott. Il s’agissait, pour les chrétiens, de se rencontrer, de dépasser les murs des chapelles, d’agir en étant animés d’une vision du christianisme qui englobe toutes les sphères de l’existence. L’évangélisation, certes, mais aussi la vie sociale, l’économie, l’environnement, les arts, la politique, bref, tout ce qui fait notre humanité quotidienne.

    Dans les années 1950, on parlait déjà de Billy Graham en Suisse romande. Le Journal de Genève des samedi 11 et dimanche 12 juin 1955 ouvre sa page « Lettres • Art • Histoire » au pasteur Claude Reverdin, qui exerçait alors son ministère à Londres, pour qu’il donne son point de vue sur le jeune Américain. Le propos n’est pas dénué d’intérêt. Certains aspects des campagnes de Billy Graham peuvent prêter le flanc à la critique, mais « les pharisiens non plus n’aimaient pas les méthodes de Jean-Baptiste », relève le pasteur genevois. Faut-il pour autant refuser d’écouter Graham ? Il est certes difficile de comparer le Jean-Baptiste évangélique au jeune prédicateur américain. « La distance est infinie entre la retraite, le dépouillement du premier et la vie débordante d’activités et matériellement très facile du second. Mais c’est le même message de repentance et de retour à Dieu. C’est une prédication simple, claire, directe et énergique. On sait où on en est et on est obligé d’écouter. Qu’à travers cette prédication Dieu se soit révélé à beaucoup ne fait aucun doute. »

    Alors oui, dans ces moments de peine, un grand nombre de chrétiens ont un profond sentiment de reconnaissance pour le travail de ce bon et fidèle serviteur de l’Evangile ! Son héritage est éternel.

  • Luther et les imprimeurs : la belle affaire !

    bible gutenberg 1.JPGLe 31 octobre 2016 s’est ouverte l’année Martin Luther, jalonnée de manifestations, expositions, concerts et célébrations dans de nombreux pays pour commémorer le point de départ de la Réformation. Elle culminera le 31 de ce mois d’octobre, cinq cents ans jour pour jour après l’affichage des 95 thèses du jeune moine augustin à l’entrée de la chapelle du château de la ville de Wittenberg, Lutherstadt Wittenberg pour les Allemands d’aujourd’hui. Un mouvement de profonde réforme spirituelle, morale et sociale est lancé. Il bouleversera l’Allemagne, l’Europe et bien au-delà. Chateaubriand n’était pas luthérien ‒ et de loin ! –, mais ses mots valent leur pesant d’or pour qualifier le réformateur : « On suit avec intérêt Luther dans sa vie privée et dans ses opinions particulières. Il a plusieurs belles pensées sur la nature, sur la Bible, sur les écoles, sur l’éducation, sur la foi, sur la loi. » La Réformation a bel et bien englobé tous les domaines de l’existence, de la famille – sorti du couvent, Martin s’est marié et fut père de famille – à la société, en passant par l’instruction et la lecture pour le peuple. Sans parler de la réponse existentielle à l’angoisse du salut. « Le juste vivra par la foi », phrase de saint Paul révélatrice – et révolutionnaire dans ses effets – qui bouleversa Bruder Martin. Plus question de mérites ni d’indulgences. On retrouve ici les thèses affichées ce 31 octobre 1517…  Le salut est gratuit, gracieux.

    Mais comment ces 95 thèses ont-elles pu bouleverser une ville, des hommes et des femmes, et l’Eglise, et des souverains, et des peuples ? A la faveur de quels médias, de quels réseaux ?

    Il faut revenir quelques décennies avant Luther. Au milieu du XVe siècle, l’Europe voit le développement de l’impression typographique. L’atelier de Johannes Gutenberg, à Mayence, imprime la fameuse Bible de 42 lignes, entre 1452 et 1455, premier ouvrage composé à l’aide de caractères mobiles en Europe. Très vite, de véritables réseaux de communication se créeront entre Wittenberg, Nuremberg, Bâle, Strasbourg, Augsbourg, Zurich. Thomas Kaufmann, spécialiste de l’histoire de la Réformation, fait état de correspondants et de multiplicateurs « à l’affût des nouvelles et des discussions concernant Luther et qui les faisaient imprimer comme des nouveautés littéraires ». Les échanges de manuscrits entre ces villes sont nombreux et, en annexe de leur atelier, des imprimeurs créent des officines de diffusion et de vente. L’offre crée la demande, ce n’est pas nouveau. Les imprimeurs publient autant les humanistes que les réformateurs, ainsi Christoph Froschauer, l’ancêtre d’Orell Füssli, qui travaillera à Zurich pour Erasme, Zwingli et Luther. Andreas Cratander, compagnon imprimeur à Bâle, typographe à Strasbourg en 1513, puis correcteur et éditeur chez Adam Petri à partir de 1515 à Bâle, collabore à l’édition d’œuvres antiques, Aristophane, Cicéron, Horace, et d’écrits de Johannes Œcolampade, le réformateur bâlois, Martin Luther, Jacques Lefèvre d'Etaples et Guillaume Farel, notamment.

    Comment Martin Luther a-t-il apprécié l’imprimerie ? Davantage que d’autres réformateurs peut-être, il accordait beaucoup d’importance à la qualité des éditions et suivait avec attention le travail des imprimeurs. Il était exigeant et donnait des consignes précises pour l’impression. Les « arts graphiques », comme on désigne aujourd’hui la production sur papier, n’étaient pas un monde étranger pour lui. On le sait, il était proche de Lucas Cranach l’Ancien, qui a réalisé plusieurs de ses portraits, et Albrecht Dürer fut son protecteur. Luther dira : « L’imprimerie est le dernier et le suprême don, le summum et postremum donum, par lequel Dieu avance les choses de l’Evangile. C’est la dernière flamme qui luit avant l’extinction du monde. Grâce à Dieu, elle est venue à la fin. »

    La belle affaire pour les imprimeurs de Lutherstadt Wittenberg, qui vivaient essentiellement de la production littéraire de Luther et de la Réformation ! Si le tirage de la Bible de 42 lignes de Gutenberg, sortie de presse en 1455, était de 180 exemplaires, celui du Nouveau Testament de Luther de 1522 atteint les 100 000 exemplaires en quinze ans !  Sans parler de sa traduction complète de la Bible, parue en 1534, de ses livres et de ses traités. Les spécialistes parlent d’une production de 900 publications par an avec l’arrivée de Luther. Alors oui, l’imprimerie est ce don providentiel suprême qui a ouvert la voie à un monde nouveau, grâce aux idées de Luther et de la Réformation !

    Illustration : détail de la Bible de 42 lignes de Gutenberg, 1455.