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Citoyen Genet

  • Courte, la mémoire

    Dans son intervention télévisée de dimanche dernier, le président français a affirmé que « la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire ». Il fallait le dire, et c’est bien. Il faudra tenir, et ce sera mieux, puisque, d’un trait rageur et au nom de leur idéologie, de nouveaux maîtres à penser veulent effacer de la mémoire occidentale les noms d’hommes et de femmes qui ont contribué au développement de populations.

    Le mot d’ordre est sans concession : l’Occident, coupable de tous les maux, doit déboulonner… Déboulonner les statues de ceux qui ont amené, notamment en Afrique, l’instruction publique, la santé, les dispensaires, les routes, le christianisme. Me revient à la mémoire une conversation sur ce sujet avec un prêtre catholique qui nous avait hébergés une nuit dans sa mission, en brousse sénégalaise. Certes, l’action de nos ancêtres n’était pas parfaite, mais où est la perfection dans le monde des humains ?

    Aujourd’hui, on voisine l’horreur… Il n’est de semaine sans que nous parviennent d’Afrique les nouvelles les plus tragiques, les plus abominables. Des villages sont pillés, des chrétiens massacrés. Le 1er juin 2020 (il y a moins d’un mois), le pasteur africain Emmanuel Bileya et sa femme Juliana, enceinte, sont assassinés pendant leur travail à la ferme. Ils laissent huit orphelins. Qui en a parlé dans les grands organes de presse de Suisse et de France ? A-t-on vu leur portrait sur les petits écrans aux heures de grande écoute ? Les foules ont-elles manifesté leur révolte devant l’abominable ?

    L’Occident perd la tête. Il a la mémoire courte. Plus grave encore, il l’efface, la mémoire. Il est temps de se réveiller et de réagir.

     

  • Georges Pompidou

    Comment ne pas penser avec émotion à ce 2 avril 1974, jour de la mort du président Georges Pompidou? Intelligence rusée et cultivée, il fut le successeur modeste mais illustre du général de Gaulle. Sa voix sourde résonne encore dans l'esprit de ceux qui l'ont aimé. La France, il l'a modernisée. A Edouard Balladur, le secrétaire général de sa présidence, il dira dans un dernier souffle: "Restez fidèle à la Cinquième République."
    Président Pompidou, si vous pouviez revenir pour la France, profondément ébranlée et sans repères!

  • 19 mai: menu électoral copieux!

     

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    Le Confédéré suisse est un citoyen heureux. Au bénéfice d’un privilège que beaucoup lui envient dans d’autres pays, non seulement il élit ses parlementaires et ses magistrats, mais il est appelé à donner son avis sur quantité de sujets liés à l’Etat fédéral, à son canton et à sa commune. Ainsi, le menu électoral déposé sur la petite table ronde de notre salon, près de la fenêtre, était copieux cet après-midi d’avril, à quelques semaines des votations fédérales et cantonales du 19 mai 2019… Une loi fédérale relative à une réforme fiscale et au financement de l’assurance vieillesse, un arrêté fédéral sur les armes en relation avec une directive européenne, et neuf objets cantonaux genevois – pas moins, imaginez l’effort de concentration du citoyen lambda ! –, allant de la caisse de pension des employés de l’Etat à une initiative citoyenne sur le plafonnement des primes d’assurance maladie et à son contreprojet gouvernemental, en passant par une loi sur l’imposition des personnes morales et une autre initiative citoyenne sur la politique culturelle. Avec, en point de mire, une loi sur les heures d’ouverture des magasins – et trois dimanches par an, je vous en prie… Ouf, n’en jetez plus !

    Pour répondre à ces questions – oui, non, abstention –, le citoyen peut suivre les avis des partis, associations et groupements. Il peut aussi s’appliquer à lire la documentation mise à sa disposition : en l’occurrence, une brochure de 56 pages pour les deux questions fédérales, une autre de 176 pages pour les neuf points cantonaux genevois, toutes deux envoyées sous plis distincts… Mais, pour s’y appliquer, il lui faut un solide appétit et un intérêt certain pour les objets soumis, qui le concernent tous à divers degrés. J’ai tenté l’exercice, à coups de brochures annotées et surlignées au stabilo. Résultat : une opinion personnelle sur les objets soumis, en rapport avec ma situation personnelle – ose-t-on le dire ? – et en relation avec la communauté.

    On rêve ailleurs d’en appeler plus régulièrement au peuple. Dans la zizanie des manifestations hebdomadaires chez nos voisins français, on s’est mis à rêver d’un référendum d’initiative citoyenne. Bravo ! Le tout est de savoir quelle question poser et comment y répondre. Pensons au fameux référendum du 27 avril 1969 – il y a tout juste cinquante ans –, quand Charles de Gaulle a mis en jeu la poursuite de son action à la tête de l’Etat. Les citoyennes et citoyens avaient-ils en tête la régionalisation et la réforme du Sénat, la question posée… ou le départ du président ?

    Oui, voter est un privilège et ce n’est pas toujours facile si on prend la chose au sérieux. En réfléchissant aux questions posées ce 19 mai aux citoyens helvétiques, je n’ai pas pensé une seconde à répondre oui ou non à tel ou tel magistrat, à tel ou tel parti. En conscience, j’ai pris chaque objet pour ce qu’il est. Exercice stimulant !