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Citoyen Genet

  • Georges Pompidou

    Comment ne pas penser avec émotion à ce 2 avril 1974, jour de la mort du président Georges Pompidou? Intelligence rusée et cultivée, il fut le successeur modeste mais illustre du général de Gaulle. Sa voix sourde résonne encore dans l'esprit de ceux qui l'ont aimé. La France, il l'a modernisée. A Edouard Balladur, le secrétaire général de sa présidence, il dira dans un dernier souffle: "Restez fidèle à la Cinquième République."
    Président Pompidou, si vous pouviez revenir pour la France, profondément ébranlée et sans repères!

  • 19 mai: menu électoral copieux!

     

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    Le Confédéré suisse est un citoyen heureux. Au bénéfice d’un privilège que beaucoup lui envient dans d’autres pays, non seulement il élit ses parlementaires et ses magistrats, mais il est appelé à donner son avis sur quantité de sujets liés à l’Etat fédéral, à son canton et à sa commune. Ainsi, le menu électoral déposé sur la petite table ronde de notre salon, près de la fenêtre, était copieux cet après-midi d’avril, à quelques semaines des votations fédérales et cantonales du 19 mai 2019… Une loi fédérale relative à une réforme fiscale et au financement de l’assurance vieillesse, un arrêté fédéral sur les armes en relation avec une directive européenne, et neuf objets cantonaux genevois – pas moins, imaginez l’effort de concentration du citoyen lambda ! –, allant de la caisse de pension des employés de l’Etat à une initiative citoyenne sur le plafonnement des primes d’assurance maladie et à son contreprojet gouvernemental, en passant par une loi sur l’imposition des personnes morales et une autre initiative citoyenne sur la politique culturelle. Avec, en point de mire, une loi sur les heures d’ouverture des magasins – et trois dimanches par an, je vous en prie… Ouf, n’en jetez plus !

    Pour répondre à ces questions – oui, non, abstention –, le citoyen peut suivre les avis des partis, associations et groupements. Il peut aussi s’appliquer à lire la documentation mise à sa disposition : en l’occurrence, une brochure de 56 pages pour les deux questions fédérales, une autre de 176 pages pour les neuf points cantonaux genevois, toutes deux envoyées sous plis distincts… Mais, pour s’y appliquer, il lui faut un solide appétit et un intérêt certain pour les objets soumis, qui le concernent tous à divers degrés. J’ai tenté l’exercice, à coups de brochures annotées et surlignées au stabilo. Résultat : une opinion personnelle sur les objets soumis, en rapport avec ma situation personnelle – ose-t-on le dire ? – et en relation avec la communauté.

    On rêve ailleurs d’en appeler plus régulièrement au peuple. Dans la zizanie des manifestations hebdomadaires chez nos voisins français, on s’est mis à rêver d’un référendum d’initiative citoyenne. Bravo ! Le tout est de savoir quelle question poser et comment y répondre. Pensons au fameux référendum du 27 avril 1969 – il y a tout juste cinquante ans –, quand Charles de Gaulle a mis en jeu la poursuite de son action à la tête de l’Etat. Les citoyennes et citoyens avaient-ils en tête la régionalisation et la réforme du Sénat, la question posée… ou le départ du président ?

    Oui, voter est un privilège et ce n’est pas toujours facile si on prend la chose au sérieux. En réfléchissant aux questions posées ce 19 mai aux citoyens helvétiques, je n’ai pas pensé une seconde à répondre oui ou non à tel ou tel magistrat, à tel ou tel parti. En conscience, j’ai pris chaque objet pour ce qu’il est. Exercice stimulant !

  • Janine Garrisson, les lettres et l’histoire

    1garrisson.JPGFigure emblématique du protestantisme du midi de la France, Janine Garrisson est décédée le 22 janvier 2019. Née en 1932 dans une famille huguenote de Montauban, elle est restée fidèlement attachée à l’héritage de ses ancêtres. Agrégée d’histoire, docteur ès lettres, chevalière des Arts et des Lettres, chevalière de la Légion d’honneur, sa thèse de doctorat d’Etat publiée en 1977 sur les protestants du Midi donne le ton à tout son travail de chercheuse et d’écrivain.

    Apprenant son décès, je retrouve dans ma bibliothèque L’homme protestant, 254 pages, dont la première édition est publiée en 1980 chez Hachette sous la direction de Jean Delumeau, dans la collection Le temps et les hommes. J’ai l’ouvrage sous les yeux. Petit format, mais quelle densité ! Une belle synthèse de l’histoire du peuple protestant de France. Dans notre époque d’écriture inclusive, le titre pourrait heurter certaines sensibilités… Pourquoi L’homme protestant ? Janine Garrisson mettrait-elle la femme de côté. Loin de là !

    Elle écrit : « Au cœur de la piété comme au cœur de la Bible, les psaumes de David ! » Au cœur de la lecture et de la méditation des huguenots, ils sont versifiés et chantés aujourd’hui encore dans nos temples. L’auteure poursuit : « Car la religiosité populaire s’épanouit là plus aisément peut-être qu’à travers les Evangiles, et plus particulièrement la religiosité féminine. Si la grosse Bible est transmise au fils, c’est de mère en fille, ou de grand-mère en petite-fille, que se lèguent les psautiers. Ceux du XIXe siècle s’augmentent de prières, de conseils, de lectures bibliques, de règles morales tirées du Décalogue : elles permettent ainsi à la future mère de famille d’affiner sa culture religieuse avant de la transmettre à ses enfants. »

    Par ces lignes, Janine Garrisson met en scène l’art de la transmission des valeurs protestantes dans la famille. Une autre époque, prétendront certains, mais filles et garçons en seront marqués. C’est le caractère de l’homme et de la femme protestant-e-s. (Que les puristes me pardonnent cette touche moderniste !) Dans son propos, notre historienne consacre un chapitre à la femme protestante, au protestant et l’école (petit clin d’œil à la Troisième République). Les protestants « s’enthousiasment pour tout ce qui touche l’éducation ». Le protestant et le pauvre, avec l’activité énergique et sans repos du maire du Havre Jules Siegfried (1836-1922), le père du sociologue André Siegfried, en faveur de l’« hygiène populaire », de l’« éducation des masses » (il fonde une école d’apprentissage  et un lycée de filles), de l’« urbanisme », car « il s’agit de rendre la ville claire et uniforme ». J’ai trouvé très intéressantes les pages « Le protestant et l’Etat », qui ouvrent des perspectives sur le rôle des coreligionnaires, minorité dans la population mais très active aux plus hauts niveaux du gouvernement et de l’administration, en particulier dans l’instruction publique.

    Il convenait de saluer la mémoire de Janine Garrisson, grande dame des lettres et historienne de talent. Le réformé trouve ressources, inspiration et renouvellement de son point de vue sur la société à la lecture de L’homme protestant.

    Janine Garrisson, L’homme protestant, Bruxelles, Editions Complexe, 1986.