11 9 1950 citoyen jmg

Protestantisme

  • Janine Garrisson, les lettres et l’histoire

    1garrisson.JPGFigure emblématique du protestantisme du midi de la France, Janine Garrisson est décédée le 22 janvier 2019. Née en 1932 dans une famille huguenote de Montauban, elle est restée fidèlement attachée à l’héritage de ses ancêtres. Agrégée d’histoire, docteur ès lettres, chevalière des Arts et des Lettres, chevalière de la Légion d’honneur, sa thèse de doctorat d’Etat publiée en 1977 sur les protestants du Midi donne le ton à tout son travail de chercheuse et d’écrivain.

    Apprenant son décès, je retrouve dans ma bibliothèque L’homme protestant, 254 pages, dont la première édition est publiée en 1980 chez Hachette sous la direction de Jean Delumeau, dans la collection Le temps et les hommes. J’ai l’ouvrage sous les yeux. Petit format, mais quelle densité ! Une belle synthèse de l’histoire du peuple protestant de France. Dans notre époque d’écriture inclusive, le titre pourrait heurter certaines sensibilités… Pourquoi L’homme protestant ? Janine Garrisson mettrait-elle la femme de côté. Loin de là !

    Elle écrit : « Au cœur de la piété comme au cœur de la Bible, les psaumes de David ! » Au cœur de la lecture et de la méditation des huguenots, ils sont versifiés et chantés aujourd’hui encore dans nos temples. L’auteure poursuit : « Car la religiosité populaire s’épanouit là plus aisément peut-être qu’à travers les Evangiles, et plus particulièrement la religiosité féminine. Si la grosse Bible est transmise au fils, c’est de mère en fille, ou de grand-mère en petite-fille, que se lèguent les psautiers. Ceux du XIXe siècle s’augmentent de prières, de conseils, de lectures bibliques, de règles morales tirées du Décalogue : elles permettent ainsi à la future mère de famille d’affiner sa culture religieuse avant de la transmettre à ses enfants. »

    Par ces lignes, Janine Garrisson met en scène l’art de la transmission des valeurs protestantes dans la famille. Une autre époque, prétendront certains, mais filles et garçons en seront marqués. C’est le caractère de l’homme et de la femme protestant-e-s. (Que les puristes me pardonnent cette touche moderniste !) Dans son propos, notre historienne consacre un chapitre à la femme protestante, au protestant et l’école (petit clin d’œil à la Troisième République). Les protestants « s’enthousiasment pour tout ce qui touche l’éducation ». Le protestant et le pauvre, avec l’activité énergique et sans repos du maire du Havre Jules Siegfried (1836-1922), le père du sociologue André Siegfried, en faveur de l’« hygiène populaire », de l’« éducation des masses » (il fonde une école d’apprentissage  et un lycée de filles), de l’« urbanisme », car « il s’agit de rendre la ville claire et uniforme ». J’ai trouvé très intéressantes les pages « Le protestant et l’Etat », qui ouvrent des perspectives sur le rôle des coreligionnaires, minorité dans la population mais très active aux plus hauts niveaux du gouvernement et de l’administration, en particulier dans l’instruction publique.

    Il convenait de saluer la mémoire de Janine Garrisson, grande dame des lettres et historienne de talent. Le réformé trouve ressources, inspiration et renouvellement de son point de vue sur la société à la lecture de L’homme protestant.

    Janine Garrisson, L’homme protestant, Bruxelles, Editions Complexe, 1986.

  • Le sermon réformé au XVIe siècle en Suisse

    engammare.jpgL’amoureux du livre d’histoire sera comblé par le dernier ouvrage de Max Engammare, Prêcher au XVIe siècle. La forme du sermon réformé en Suisse (1520-1550). L’auteur, directeur des Editions Droz spécialisées dans les travaux d’érudition, part à la rencontre des prédicateurs – et de la prédication ! – au xvie siècle.

    « La prédication de l’Evangile est une réalité et une priorité de la Réforme. » Max Engammare donne le ton de son livre, évoquant une prédication préparée avec l’aide du Saint-Esprit, force céleste « donnée aux prédicateurs pour prononcer leur sermon et être compris de leurs auditeurs, selon les termes de Martin Bucer ». Pour les réformateurs, la Sainte Ecriture est centrale, elle « est médiation entre Dieu et les hommes pour faire obéir ceux-ci à Dieu », selon les termes d’Engammare.

    Le travail de l’auteur, explorateur de bibliothèques et dénicheur de documents anciens, est remarquable. Il a traduit des textes de l’hébreu, du grec, du latin, de l’allemand (et de dialectes suisses alémaniques, ce qui n’est pas une sinécure !) et modernisé des citations en français du xvie siècle afin de les rendre accessibles au lecteur contemporain. C’est dire la richesse de la documentation abordée et de l’appareil de notes du livre.

    Max Engammare commence son périple à Bâle, ville qui n’adoptera la Réforme qu’en 1529, six ans après Zurich. Son choix est pourtant délibéré : la cité rhénane connaît depuis le xve siècle un développement considérable de l’imprimerie, avec l’édition de collections de sermons et de Bibles annotées. Nombre de sermons d’Œcolampade tant en allemand qu’en latin sont imprimés, dont 131 sur l’évangile de Marc et 21 en latin sur la première épître de Jean. Le réformateur bâlois privilégie nettement la prédication « exposée de suite ».

    Prochaine étape, Zurich. Zwingli « favorisa le modèle de la lectio continua, commentant ou prêchant du premier verset du premier chapitre d’un livre biblique jusqu’à sa fin, que ce soit en chaire ou à la Prophezei », écrit Max Engammare. La Prophezei ? Elle se réunit, à partir du lundi 19 juin 1525 et tous les jours de la semaine, sauf le vendredi et le dimanche, sous la présidence de Zwingli. Durant une heure, le réformateur explique l’Ecriture, « dans une volonté affichée de préparer une traduction autorisée de la Bible en dialecte zurichois, menée sur les textes originaux hébreux et grecs ». Le jeune Bullinger, futur successeur de Zwingli, goûte particulièrement l’exercice de ce centre de formation ouvert à toute personne intéressée de la cité de la Limmat. C’est en particulier dans les pages consacrées à cette institution que la plume d’Engammare traduit de belle façon en français les textes allemands de l’époque.

    A Berne, en l’absence de personnalité ecclésiastique marquante, le Strasbourgeois Wolfgang Capiton rédige les actes du synode de 1532, qui abordent la prédication à leur chapitre 6 : « Une prédication chrétienne porte uniquement sur Christ et procède tout entière de Christ. » On s’arrête là au fond du sermon, non à sa forme. Engammare précise : « Il faut d’ailleurs diriger toute prédication sur la repentance et le pardon. Le modèle est la prédication de Pierre dans les Actes. »

    Une annexe du chapitre consacré à Berne apporte des précisions sur les fêtes – l’Annonciation, la Nativité, l’Epiphanie, les Rameaux… – et les sermons qui y sont prononcés. A l’instar de Zurich, la prestation de serment des magistrats donne lieu à une prédication.

    Le voyage se poursuit à Genève, où Calvin se considère comme « ministre et prescheur de l’Evangile ». Editeur pendant plus de vingt ans de sermons du réformateur, Engammare sait « que le principe de la lectio continua domine presque exclusivement sa prédication quotidienne, hebdomadaire et dominicale ». Les sermons de Calvin génèrent un travail considérable d’édition et alimentent les presses de la cité. Engammare, dans son style classique et élégant, parle du tachygraphe (« on parlait alors de tachygraphie, écriture rapide ») Denis Raguenier, un réfugié huguenot qui relève les sermons et les leçons du maître. « C’est le respect total et intransigeant de la Parole de Dieu qui porte les conceptions et les attitudes de Calvin », souligne l’auteur en conclusion du chapitre genevois.

    Le dernier chapitre de Prêcher au xvie siècle conduit le lecteur à Lausanne et à Neuchâtel, et dans quelques localités romandes moins connues, Grandson, Romainmôtier, Orbe, Valangin… On y rencontre (entend !) Guillaume Farel, « le fougueux homme de Dieu », mais aussi Pierre Viret, prédicateur infatigable dont il ne nous reste que cinq sermons… En revanche, nous connaissons sa prière qui prépare les paroissiens à l’écoute du sermon : insistance sur les manquements des humains, mais aussi sur « l’amour du Père pour le Fils, la réception de la Parole de Dieu dans le cœur plus que dans l’esprit », le Notre Père. Une longue prière, « tout entière nourrie de théologie réformée », suit le sermon.

    Au fil de ma lecture, une perle à laquelle le professionnel des arts graphiques et de l’édition ne pouvait rester insensible… La publication des sermons du pasteur Michel Cop (frère de Nicolas, le recteur parisien), Sur les Proverbes de Salomon exposition familière en forme de briefves homilies… et reveuë de nouveau par luy-mesme, édition sortie en 1559 (première édition 1556) de l’atelier de Conrad Badius, imprimeur emblématique de Genève. Badius a rédigé une préface intitulée « L’imprimeur au lecteur ». Du même Michel Cop, Badius a imprimé les sermons sur l’Ecclésiaste. La Réforme impulsée par Jean Calvin a rayonné dans la cité – jusque dans sa production typographique !

    Merci à Max Engammare, guide inspirant grâce à Prêcher au xvie siècle. La forme du sermon réformé en Suisse (1520-1550).

     

    Max Engammare
    Prêcher au XVIe siècle. La forme du sermon réformé en Suisse (1520-1550)
    Genève, Labor et Fides, 2018

  • Edouard de Montmollin

    J'apprends le décès du pasteur Edouard de Montmollin, qui servit au temple Saint-Pierre de Genève. Il fut actif à la Société évangélique de Genève. Un homme chaleureux, aux fortes convictions calvinistes. Je n'oublie pas le dîner partagé à sa table lors du vingt-cinquième anniversaire de la Faculté Jean Calvin d'Aix-en-Provence, en 1999.

    Que Dieu soutienne sa famille dans ces heures de séparation et lui apporte la consolation dans l'espérance de la résurrection en ce temps de Pâques..