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27/10/2016

Martin Luther sur ARTE

Coup de tonnerre, ce 31 octobre 1517 : un jeune moine, le professeur de théologie Martin Luther, affiche quatre-vingt-quinze thèses audacieuses contre les indulgences et leur commerce sur la porte de l’église du château de Wittenberg. Sonne alors le glas du monde ancien des peurs et des superstitions. C’est l’heure de la Réformation ! L’année 2017 en marquera le jubilé, avec de nombreuses manifestations, colloques, conférences, en Allemagne bien sûr, en Suisse, en France, un peu partout en Europe, et ailleurs encore. Sans oublier un grand travail d'édition.

La chaîne franco-allemande ARTE nous promet une série historique très riche pour nous préparer à entrer dans cette année jubilaire, « Le  monde selon Luther ». Le premier épisode sera diffusé ce samedi 29 octobre, à 22 h 25 : « Le saut dans la liberté ». Le lendemain soir, à la même heure, deuxième séquence : « La recherche de la vérité ». Le cadre de la série est dessiné. Sortir de la tradition, s’engager sur le chemin de la liberté (des libertés) et de la recherche de la vérité qui libère les cœurs, les consciences et les énergies. Les producteurs du documentaire annoncent six épisodes pour aborder le chemin vers l’égalité, le rêve d’équité, la foi en l’avenir.

La série « Le  monde selon Luther » s’inscrit dans le contexte du monde dans lequel le protestantisme a évolué en cinq siècles, avec l’invention de l’imprimerie (et la diffusion des idées nouvelles), les grandes découvertes, le développement scientifique, les arts, la longue marche de la quête de la justice sociale. D’emblée, les réalisateurs allemands de la série posent la question : cinq siècles après la Réformation, les idées de Martin Luther peuvent-elles encore inspirer le monde ? Et si, de la réponse à la question, dépendait l’avenir de la civilisation ?

« Le  monde selon Luther », à voir dès samedi 29 octobre, à 22 h 25, sur ARTE.

24/10/2016

Une intégration réussie

Par Frédérique Genet

Hongrie 1956: cette année-là, à Nice (mes parents m’ont raconté), une rue a été rebaptisée rue de Hongrie. Elle a vite été le lieu de collectes d’habits, de chaussures, de colis de première nécessité. Pendant des semaines, les généreux Niçois ont amoncelé des tas de paquets, de draps, de couvertures, pour être distribués aux nouveaux arrivants à Nice et dans la région.

Les enfants hongrois ont été aussitôt intégrés dans les classes, et les écoles les ont bien accueillis. Il faut dire qu’ils étaient doués, en dessin, en musique et en langues. Au fil des années, ces familles sont devenues un atout pour notre pays, terre d’accueil. En 2007, la France a même eu un président d’origine hongroise!

Ici, en Suisse, en 2016, nous connaissons tous des Hongrois, soit sur nos lieux de travail, banques, universités, Eglises, conservatoires: ils ont des vies réussies... Pour notre part, nous avons des voisins, des amis hongrois, et jusque dans notre famille, puisque, depuis 2009, nous avons une belle-fille hongroise.

1956-2016 = soixante ans d’histoire commune. Un bel exemple à suivre d’intégration harmonieuse et réussie!

25/08/2016

« Je ne dispose pas des moyens… »

L’été 1976 fut caniculaire. A la tête de l’Etat français, les turbulences entre le palais chirac.JPGde l’Elysée et l’hôtel de Matignon devenaient de plus en plus fréquentes. Il faut dire que les relations entre le président Giscard d’Estaing et le premier ministre Chirac se jouaient davantage sur le ton de « Je t’aime, moi non plus » que sur un lien de confiance dans la durée. Ils ne se sont pas toujours détestés, pourtant. Secrétaire d’Etat au Budget, Chirac avait de bonnes relations avec son ministre de tutelle, Giscard, entre juin 1969 et janvier 1971. De mauvaises langues avaient cru déceler des tics de langage du premier dans la bouche de son second. Mais passons, les deux hommes sont brillants, intelligents, ambitieux. Ils savent, et c’est la règle du métier, emprunter les chemins des retournements spectaculaires, en « lâchant » ceux qu’ils ont servi (avec talent) ou les compagnons des grands combats pour suivre leur propre ambition. Ainsi fit Valéry Giscard d’Estaing, ministre de l’Economie et des Finances du Général, quand il passa du « oui mais » au « non » à de Gaulle à l’heure du référendum de 1969. Trois mots que les gaullistes historiques ne lui ont jamais pardonnés. Ainsi fit aussi un certain Jacques Chirac à l’égard des compagnons du gaullisme, et de Jacques Chaban Delmas, le plus éminent d’entre eux, quand s’ouvrit la campagne présidentielle de 1974 après le décès de Georges Pompidou. Chaban, candidat naturel des gaullistes, torpillé par un certain Chirac, rallié à Giscard. Le jeune ambitieux aurait-il flairé quelque avenir plus prometteur ? Le propos de ces lignes n’est pas de répondre à la question. Qui le pourrait d’ailleurs ?

Elu, Giscard offre le poste de premier ministre au néogaulliste Chirac, qui ne manqua pas d’ailleurs de souligner qu’il avait hésité avant d’accepter (étonnant, pour un homme pressé). Les deux hommes ne s’entendront pas longtemps. Les luttes entre le parti dominant de la majorité du premier ministre et le groupuscule des républicains indépendants de VGE (le président) n’y furent pas pour rien, évidemment. Le jeu des partis, aurait ironisé le fondateur de la Ve République… Les journaux ont fait leurs choux gras (et nous avons savouré avec gourmandise ces plats si souvent resservis) des petites vexations et humiliations si habilement offertes par le président à son chef de gouvernement.

Année 1976. Jacques Chirac, premier ministre depuis le 27 mai 1974, envoie deux lettres de démission à son président. Il se rétracte d’abord, ils conviennent ensuite d’attendre. « Je t’aime, moi non plus. » Les choses se gâtent toutefois. Que voulez-vous faire quand l’estime et la confiance mutuelle ne nourrissent plus les relations ? Le regard devient fuyant, les mots n’ont plus la même résonance et sonnent faux. Ne dit-on pas que, lors de la première réunion du nouveau gouvernement, en mai 1974, le président a ostensiblement négligé de serrer la main de son premier ministre ? Ambiance.

Chirac en a assez. Il n’est pas mollasson. Il ne supporte plus les petitesses. Il a du caractère, des idées, de la volonté. Le premier ministre est appelé à diriger le gouvernement, lequel « détermine et conduit la politique de la nation », selon l’article 20 de la Constitution. Le mercredi 25 août 1976, il sort du Conseil des ministres et se précipite devant les caméras de la télévision. Il déclare, péremptoire, un brin nerveux mais décidé : « Je ne dispose pas des moyens que j’estime nécessaires pour assumer efficacement les fonctions de premier ministre et, dans ces conditions, j’ai décidé d’y mettre fin. » Quelques heures plus tard, Raymond Barre est désigné premier ministre. C’était il y a juste quarante ans. 

Chirac, un tempérament. Mais Chirac, après la mairie de Paris, les combats politiques et douze ans à l’Elysée, est un homme sérieusement atteint dans sa santé et ses affections les plus vives, après le récent décès de sa fille aînée. Jean-Louis Debré, fidèle parmi les fidèles qui fut son ministre et par lui nommé à la tête du Conseil constitutionnel, le visite régulièrement. Il témoigne : « Ce soir [23 novembre 2015], je lis dans ses yeux l’expression d’une profonde lassitude, une immense usure. Le reverrai-je ? Peut-être plus ! Je sens bien qu’une étape a été franchie et qu’il a repris son chemin vers l’ailleurs et l’inconnu. »

Photo : couverture de Jacques Chirac et le gaullisme. Biographie d'un héritier à histoires, Annie Collovald, Paris, Belin, 1999.

Ce que je ne pouvais pas dire, Jean-Louis Debré, Paris, Robert Laffont, 2016.