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03/03/2017

Un plan B nommé Larcher ?

468735-gerard-larcher-637x0-2.jpgLa campagne présidentielle dérape en France. Elle perd la boule et la glissade vers l’aventure est dangereuse. La confusion est totale. Un peu comme les Ninivites de l’Antiquité, les politiques, les médias et bien des citoyens ne savent plus où est leur gauche et leur droite, et l’allusion n’est ici ni politique ni partisane, mais morale. Un mandat se termine dans l’a-normalité de la présidence : trahi et poussé hors de la course par les siens, le chef de l’Etat renonce à un nouveau quinquennat, sans toutefois rester absent de la lutte pour sa succession… l’Elysée est un bunker qui cache bien des manœuvres d’officine. Et voilà, comme par hasard (?), que Fillon, le candidat de la droite libérale, est en mauvaise posture. On s’agite dans son entourage pour le remplacer.

On parle de plan B. Un nom revient sur toutes les lèvres : Juppé, maire de Bordeaux, ancien premier ministre. Mais il a connu ses déboires devant les tribunaux, a dû renoncer à ses mandats, est allé se ressourcer dans l’enseignement au Québec. Depuis quelques heures, on cite un autre édile des républicains, Gérard Larcher. Il fait partie des quelques personnes engagées dans les consultations secrètes du principal parti de l’opposition. Le temps presse et le vainqueur haut la main des primaires de l’automne devra sans doute laisser sa place, au grand désarroi de nombreux Français.

Gérard Larcher est président du Sénat. Il fut ministre, excellent ministre du Travail de surcroît. Véritable républicain au sens historique de la République, homme de dialogue, il jouit d’une grande estime dans le monde politique. De confession réformée, il pourrait devenir le second parpaillot à entrer à l’Elysée, après Gaston Doumergue, président de 1924 à 1931. Larcher est sympathique, ce qui ne gâche rien. Il suffit de le regarder présider le Sénat lors des séances de questions au gouvernement. En cas de démission ou de décès du chef de l’Etat, le président du Sénat assure l’intérim. On se souvient d’Alain Poher, président intérimaire en 1969 (démission du général de Gaulle) et en 1974 (décès de Georges Pompidou). Larcher dans la course pour remplacer au pied levé un candidat empêché ? Il est permis d’y penser.

 

10/02/2017

Allemagne : une présidentielle si discrète

Ce dimanche 12 février 2017, la République fédérale d’Allemagne aura un nouveau président. Mais qui a entendu les échos d’une campagne électorale si discrète ? Peu de monde en effet, en tout cas dans les pays voisins, et pour cause. Le président allemand n’est pas élu au suffrage universel, mais par l’Assemblée fédérale, composée des 630 membres du Bundestag et d’autant de délégués élus par le parlement de chacun des seize Länder. Dimanche, à partir de 12 heures, ce collège électoral votera sous la coupole majestueuse du Reichstag de Berlin, siège du parlement fédéral.

Le nouvel élu sera le douzième président fédéral depuis 1949. Si la charge du chef de l’Etat est avant tout honorifique, sa fonction revêt une dimension morale au-dessus des partis. Les partis présentent leur candidat, certes, mais cette désignation, qui échappe aux déchirements et aux extravagances de primaires, fait parfois l’objet d’un consensus entre les grandes formations. Il en est ainsi cette année, puisque les chrétiens-démocrates (CDU), les chrétiens-sociaux bavarois (CSU) et les sociaux-démocrates (SPD) se sont unis autour du nom du ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier.

S’il est élu dimanche, Steinmeier, dont l’engagement protestant est connu, s’inscrira idéalement dans la lignée de ses prédécesseurs dans ce rôle d’autorité morale. Je pense notamment à Gustav Heinemann, l’un des rédacteurs, aux côtés de Karl Barth, de la fameuse Déclaration de Barmen à l’origine de l’Eglise confessante qui se dressa contre le nazisme ; à Richard von Weizsäcker, figure respectée du protestantisme allemand ; à Johannes Rau, gentiment surnommé Bruder Johannes, journaliste, éditeur et directeur général d’une maison d’édition pour la jeunesse, lui aussi protestant convaincu ; et enfin à Joachim Gauck, pasteur, résistant anticommuniste d’Allemagne de l’Est, à qui Steinmeier est appelé à succéder.

Lors des élections fédérales de 2009, Frank-Walter Steinmeier fut candidat à la Chancellerie. Résultat catastrophique pour les sociaux-démocrates : 23%, et fin de la grosse Koalition du premier mandat d’Angela Merkel, avec le retour de son parti dans l’opposition, dont il devient le chef au Bundestag. Décidément, il n’est pas un agitateur de tribune. L’homme, pondéré, aux paroles mesurées, diplomate on ne peut mieux, redevient ministre des Affaires étrangère en 2013, dans le gouvernement de grande coalition CDU/CSU-SPD qui gouvernera l’Allemagne jusqu’aux élections législatives de cet automne 2017. Il avait déjà occupé ce poste dans le premier gouvernement Merkel à partir de 2005.

Une épreuve difficile marque la vie de cet homme public. En 2010, sa femme Elke tombe gravement malade. Un rein doit lui être transplanté. On cherche un donneur. Frank-Walter offre un rein à son épouse. L’homme discret est homme de cœur et de fidélité.

Le futur président est calme et mesuré, mais il a une passion : le jazz. On ne l’aurait pas pensé !

 

                                                                                                                                                               

15/01/2017

Mix & Remix : dessine-moi Calvin !

mix remix.jpgOn l’a appelé l’« agitateur graphique », tant il avait illustré les pages de la presse de Suisse romande. Mais, en toute fin de l’année 2016, Mix & Remix a laissé la page blanche… La maladie vient de terrasser Philippe Becquelin, le natif de Saint-Maurice, en Valais. Nous sommes tristes. Ses personnages aux « gros nez », si sobres et si présents, ne seront plus au rendez-vous de l’actualité, avec leurs petites phrases distillées avec humour et impertinence.

De manière tout à fait étonnante, la très sérieuse maison d’édition Labor et Fides avait sollicité Mix & Remix pour accompagner les pages de Calvin… sans trop se fatiguer !, de Christopher Elwood, paru à l’occasion du jubilé Calvin. L’objectif de l’ouvrage, excellemment traduit de l’anglais par Gabriel de Montmollin, est clair. Les éditeurs ne s’en cachent pas : « Dans cette biographie conçue pour approcher Calvin sans trop s’éreinter, son auteur, spécialiste américain du réformateur, dresse un portrait dont la légèreté n’exclut pas la minutie. »

En un coup d’œil, le talent de Mix & Remix a tout vu : il illustre la couverture d’un Calvin dans une chaise longue, couvre-chef et barbe, le geste de la main appuyant le propos. Rencontrer Calvin « sans trop s’éreinter », original, n’est-ce pas ? Contexte historique, années de formation du réformateur, approche de sa pensée, esquisse de son héritage humain et spirituel, Calvin… sans trop se fatiguer ! mérite un détour.

Imaginons l’existence de la télévision dans la Genève du XVIe siècle, avec son émission « Infrarouge » et un invité ni politique ni magistrat : Jean Calvin, le « pasteur de Genève ». En retrait dans le studio, un dessinateur, Mix & Remix ; à l’écran, le défilé des dessins au rythme des arguments du débat. Le livre que nous offre Labor et Fides, c’est un peu cela. Le talent du dessinateur et le génie de son trait aident le lecteur dans sa (re)découverte de si belles pages de l’histoire de Genève. Les dessins ont « de la gueule », du caractère, de l’expression.

Mais il faut lire entre les traits… Les bulles ne manquent pas d’humour, d’impertinence parfois limite. Mais qui a dit que le protestant manquait d’humour ? Quelques exemples. Un clerc et Calvin, chacun une Bible à la main : « On dirait qu’on ne lit pas le même livre !... » Trois personnes au sermon : « Tous les pasteurs sont des Français ? » ‒ « Oui, ils sont très doués pour les métiers de bouche ! » Et encore, le réformateur à son interlocuteur : « Accroche-toi au texte, j’ai enlevé les images ! » Autre dessin pour illustrer la richesse et la diversité de la pensée protestante : le disque tourne sur la platine et le haut-parleur scande : « Libéralisme… fondamentalisme… libéralisme… fondamentalisme… » Lassés, l’homme et la femme s’interrogent : « Et si on changeait de disque ? » ‒ « Et si on écoutait du Barth ? »

A la fin du livre, dessin pleine page, un Calvin tient la Bible de la main gauche, façon Mur des réformateurs genevois, le bras droit levé brandissant une torche, façon Statue de la liberté. On ne pouvait mieux résumer Calvin… sans trop se fatiguer !. Merci, Mix & Remix !