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Humeur

  • Guy Parmelin et l'anglais

    Le New York Times semble ironiser sur les connaissances de la langue anglaise du conseiller fédéral Guy Parmelin. Certes, la langue de Shakespeare ne coule peut-être pas avec beaucoup d’aisance dans les propos du nouveau chef du Département fédéral de l’économie, et les réseaux sociaux de chez nous se sont (malicieusement) emballés à ce sujet. Le quotidien new-yorkais, fleuron de la presse nord-américaine, décrète que la pratique courante de l’anglais s’impose parmi les hommes d’Etat. Personne ne soutiendra le contraire.

    Karin Keller-Sutter aurait sans doute représenté avec davantage d’élégance et de classe la Suisse dans les conférences internationales (voyez le Forum économique mondial de Davos). Sa profession de traductrice et ses réseaux lui auraient permis de naviguer avec aisance dans ce ministère phare, notamment en matière de formation et de recherche, mais les mystères de la politique en ont décidé autrement… Le propos de ces lignes n’est pas de décourager l’apprentissage et la pratique nécessaire de l’anglais dans un monde multipolaire et notre conseiller fédéral vaudois peut (et doit) améliorer sa connaissance des langues, comme nous tous au demeurant.

    L’histoire montre que les plus grandes négociations ont vu des interprètes assis entre les partenaires en discussion. Richard Nixon parlait-il chinois ? Non. Pourtant, sa rencontre historique de février 1972 avec les dirigeants du grand empire communiste est à l’origine d’une avancée spectaculaire dans la recherche de l’équilibre multipolaire. On pourrait multiplier les exemples.

    Une question, enfin. Combien de ministres américains (secrétaires d’Etat pour leur attribuer leur juste titre) sont-ils à l’aise dans la langue de Voltaire, en notre temps comme dans le passé ? On en compte quelques-uns (John Kerry par exemple), mais ils sont peu – trop peu – nombreux et ce constat interdit à la presse de la côte Est de donner des leçons au monde francophone. Un peu de modestie, s’il vous plaît !

  • Ô, ma Poste…

    Les grandes manœuvres ont commencé pour restructurer La Poste suisse. « La cadence n’est plus la même, tout va plus vite, il faut s’adapter aux besoins », lance sa directrice générale, Mme Susanne Ruoff. En point de mire, la suppression de 500 à 600 offices de poste sur les 1400 actuels d’ici à 2020. Avec un coût social douloureux, puisque 1200 employés sont concernés. Coût humain de surcroît, puisque des licenciements ne sont pas exclus par le géant jaune. Aujourd’hui déjà, 800 000 habitants de notre pays n’ont plus accès à un bureau de poste dans les limites raisonnables fixées par le Conseil fédéral. Pour demain, on parle du double, sinon plus.

    « Tout va plus vite, il faut s’adapter… » Ce mardi lendemain de la Pentecôte, c’était la grande journée à l’office de la Servette, comble. Les gens patientaient à l’extérieur, devisant façon Fête des voisins. Le ciel fut clément pour eux, leur dispensant un soleil agréable. Le mécontentement était pourtant perceptible. Notre « ticket d’entrée » nous promettait une attente digne de faire sortir de leurs gonds les plus patients d’entre nous… 

    Les offices de poste seront remplacés par des filiales chez des commerçants. Mais l’épicier remplacera-t-il avantageusement l’employé de La Poste, qui tremble aujourd’hui pour sa place de travail ? La question se pose et elle est légitime. Les syndicats voient là une pression sur les salaires à la faveur d’une sous-traitance. « Il faut s’adapter aux besoins », selon Mme Ruoff. Mais de quels besoins parle-t-elle ? De ceux de l’usager-client ? Décidément, dans cet univers impersonnel gouverné par les lois de la finance et de la rationalisation, le client n’est plus roi. On le regrettera.

  • Touche pas à mon accent!

    circonflexe 1.JPGBalade à deux, ce lundi matin, dans une ville de Suisse romande. Douceur printanière, atmosphère détendue. La plupart des boutiques sont encore fermées, charme d’un fédéralisme où chaque canton organise la vie de ces citoyens sans attendre des directives ministérielles « descendues » de la capitale. Fin de matinée, les cours sont suspendus et les étudiants sortent des collèges, frites, burgers et gobelets de soda à la main. La ville est universitaire, on y vient de loin pour acquérir le savoir. Le passant entend de l’allemand, Hochdeutsch susurré.

    Une vitrine affiche, en belles lettres capitales : « COIFFURE TÊTE NOIRE ». Dans mon esprit flotte depuis quelques jours les rumeurs de la guerre de l’accent circonflexe. Guerre civile. Guerre de civilisation pour d’aucuns. Dans un souci d’apaisement, j’image TÊTE sans l’accent circonflexe. Arraché, guillotiné par le bourreau de l’orthographe révolutionnaire. Je pense au passant, qui lit : « COIFFURE TETE NOIRE ». TETE ? Un acronyme pour résumer une raison sociale ? Ou encore… Je n’ose écrire ici ce qui me vient à l’esprit et que je ne peux m’empêcher d’exprimer alors à haute voix…

    Une simple balade dans une charmante cité romande réveille en moi le désir de défendre la langue, la belle langue, le français. Touche pas à mon accent, qu’il soit aigu, grave ou circonflexe ! Si l’écriture ne vise plus à être compris, autant revenir à la tradition orale. Mais, dites-moi, comment prononcer « coiffure tete noire » ? De quoi cogiter encore chez les experts et dans les cabinets ministériels parisiens (comme si  la langue, c’était Paris). Merci, l’Académie !

    (photoG)