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16/02/2015

Disraeli, fantasque et romantique

disraeli.JPGPremière terrasse de l'année en ville de Genève, ce lundi après-midi, sous le soleil et la douceur. Avec une excellente lecture: Benjamin Disraeli, de James McCearney, Ecossais installé en France et maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris.

Près de 300 pages pour éclairer l'histoire britannique du XIXe siècle et enrichir notre connaissance de ce leader tory, premier ministre de Sa Très Gracieuse Majesté la reine Victoria et adversaire de William Gladstone, le grand leader whig, lui aussi plusieurs fois premier ministre. A quand une telle biographie en français de Gladstone? 

Les rayons de ma bibliothèque comptent plusieurs livres (mais en anglais) sur Gladstone. Puis-je le dire? Je préfère Gladstone à son adversaire conservateur, personnage romantique, fantasque, pour le moins original, mais opportuniste sans complexe.

La biographie de McCearney consacrée à Disraeli mérite toutefois le détour et toute notre attention.

08/02/2013

Changer les temps, changer la loi. Le calendrier selon Attali

Jacques Attali nous avait habitués à mieux. Conseiller du Prince en d’autres temps, haut fonctionnaire, premier président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, économiste, écrivain prolifique, il aime surprendre, sinon provoquer. Il parle, il écrit vite. Ses propositions iconoclastes pour réformer une France dirigiste partent à tout vent mais ne laissent que des ondes légères à la surface de l’eau.

Sur son blog hébergé par le magazine L’Express, Attali lance pourtant, ces derniers jours, un pavé. Il devient Robespierre, il veut la révolution dans une France millénaire. Il veut changer le calendrier et le mot est lâché : laïcité. Mais laïcité absolue, laïcité jusqu’au bout, laïcité toute ! On coupe, on déracine. On crée une France hors sol. Avec le vote du parlement français sur le sujet, « le mot mariage est un mot irréversiblement laïc (…). Il convient même, désormais, d’aller plus loin et d’enlever de notre société laïque les derniers restes de ses désignations d’origine religieuse. » Le masque tombe : le « mariage pour tous » serait bien la guillotine pour les valeurs religieuses, judéo-chrétiennes et musulmanes notamment.

Les derniers restes ? « Par exemple, écrit Attali, les jours fériés ne devraient être que laïcs, tels le 1er janvier, le 1er Mai, le 14 Juillet et le 11 Novembre. » Très créatif, le blogueur, quand il veut rebaptiser Noël fête des enfants, Pâques fête de la liberté… A la veille du carême et de la Semaine sainte, on appréciera. Rebaptiser Pâques, pourquoi pas ? Mais alors Fête de la Vie !

Laïcité, nouvelle religion, avec ses dogmatiques sectaires et intolérants, et sa déesse Raison, froide, sans cœur, sans fibres ni solidarité… Le 20 brumaire an II (10 novembre 1793 pour les béotiens), un culte fut rendu à la Raison, représentée par une jolie comédienne, à Notre-Dame de Paris. Culte éphémère dans l’histoire de France.

M. Attali ne m’a pas convaincu. Désolé,  j’aime Noël, ses chants et ses lumières ; Pâques, la vie qui resurgit, la renaissance de la nature. La démonstration de cet esprit d’ordinaire si brillant est froide, dénudée, sans vie, et elle ne conduit nulle part. Monsieur, de grâce, ne touchez pas à notre calendrier ni à nos fêtes ! Gardez vos Lumières et laissez-nous les nôtres, avec la chaleur de la vie !

31/01/2013

Pompidou : l’homme et le talent

L’hommage est signé Claude Krief, rédacteur en chef du Nouvel Observateur, dans une lettre qu’il adresse le 16 juillet 1968 à Georges Pompidou, premier ministre remercié et « mis en réserve de la République » par le général de Gaulle, quelques semaines après la tourmente de Mai 68. Il mérite d’être cité.

 

« Cette lettre vous étonnera sans doute. Ni le journal auquel je collabore, ni moi-même ne vous avons ménagé ces derniers mois, ces dernières années, bien que j’aie toujours tenté, pour ma part, d’être le plus fidèle possible à ce que je pensais être la vérité. Je n’en suis que d’autant plus libre aujourd’hui pour vous dire dans quelle profonde estime j’ai tenu à la fois l’homme Georges Pompidou et son talent, au fil des semaines où j’ai eu à l’observer, même si je n’ai pas partagé ses options politiques. M’en ouvrir avant eût pu paraître hypocrisie ridicule, ou pure flagornerie. Et vous étiez entouré à Matignon de trop de journalistes cireurs de bottes pour que l’idée puisse m’en venir. (…) peut-être qu’au moment où mes confrères, versatiles, ou plutôt attirés fatalement par le pouvoir, risquent, eux aussi, de prendre du champ, cela ne vous laissera pas totalement indifférent. »

Le propos, ici, n’est pas d’apprécier le travail et les méthodes de la presse d’une autre époque, mais de relever l’élégance de Claude Krief. Si la presse n’a pas ménagé le pouvoir gaulliste, Krief s’est honoré en cherchant la voie de l’objectivité et de l’honnêteté intellectuelle. J’apprécie ses mots : « l’homme Georges Pompidou et son talent ». Le politique se révèle à l’épreuve des circonstances et du temps, et le temps est nécessaire pour que les talents se manifestent. Pompidou était homme de la terre de France, calme et solide à la barre. Il puisait son talent dans les humanités grecques et latines, et la poésie était pour lui source d’inspiration. Il a gouverné avec sagesse, équilibre et tolérance.

La lettre de Claude Krief est l’un des documents inédits de Georges Pompidou. Lettres, notes et portraits/1928-1974, publié chez Robert Laffont sous la direction d’Eric Roussel, spécialiste de l’histoire politique contemporaine. Tout lecteur passionné par l’histoire de France (et les hommes de cette histoire !) dévorera une à une et avec le plus grand intérêt les 540 pages de cet ouvrage !