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08/05/2017

Pari perdu? Pas tout à fait

Jusqu’à son renoncement à une nouvelle candidature, j’avais fait le pari que François Hollande serait réélu à la présidence de la République. Pourquoi ? Sans doute en raison de l’habileté rusée du patron de l’Elysée, maître du temps politique en France. Sans doute aussi à cause de l’union parfois fragile de l’opposition de la droite française, qui, mieux que nulle part ailleurs, a le génie de la fissure à l’heure des combats décisifs. Mais, surtout, je craignais la force maléfique de l’extrême droite et le mirage du « front républicain » avec son report des voix au second tour en faveur du président… J’ai donc perdu mon pari.

Pas tout à fait cependant. Il n’était point nécessaire d’être un observateur avisé de la politique de nos voisins pour nous rendre compte que le président avait un héritier. Mieux, un fils « spirituel ». Et voilà que nous retrouvons la monarchie élective si chère à nos amis gaulois ! Ce dimanche d’élection, tout y était dans le ton et dans l’image sur les chaînes de télévision (et pas seulement françaises, excusez du peu !). A TF1, à 13 heures, on a entendu parler de « mobilisation pour vous faire vivre le sacre républicain »… Les vrais républicains de la Troisième, que j’admire, auraient apprécié. Ailleurs encore, de « l’heure du sacre du centriste ». Centriste ? Rien à voir avec Jean Lecanuet, figure éloquente du centrisme dont l’implantation locale en terre normande en sa qualité de maire de Rouen, sénateur, puis ministre fut marquante.

Macron, l’héritier, le fils spirituel, a pourtant forcé le destin en défiant le « père ». Ministre, il le sera deux ans, pressé de quitter le gouvernement pour jouer les fils prodigues.

Perdu, mon pari ? Non. Dans quelques jours, le fils montera sur le trône républicain et nous aurons Hollande bis pour cinq ans. A défaut de gagner sa réélection, l’ancien premier secrétaire du parti socialiste devenu président a réussi sa succession. Je me demande si je n’aurais pas préféré perdre mon pari.

 

03/03/2017

Un plan B nommé Larcher ?

468735-gerard-larcher-637x0-2.jpgLa campagne présidentielle dérape en France. Elle perd la boule et la glissade vers l’aventure est dangereuse. La confusion est totale. Un peu comme les Ninivites de l’Antiquité, les politiques, les médias et bien des citoyens ne savent plus où est leur gauche et leur droite, et l’allusion n’est ici ni politique ni partisane, mais morale. Un mandat se termine dans l’a-normalité de la présidence : trahi et poussé hors de la course par les siens, le chef de l’Etat renonce à un nouveau quinquennat, sans toutefois rester absent de la lutte pour sa succession… l’Elysée est un bunker qui cache bien des manœuvres d’officine. Et voilà, comme par hasard (?), que Fillon, le candidat de la droite libérale, est en mauvaise posture. On s’agite dans son entourage pour le remplacer.

On parle de plan B. Un nom revient sur toutes les lèvres : Juppé, maire de Bordeaux, ancien premier ministre. Mais il a connu ses déboires devant les tribunaux, a dû renoncer à ses mandats, est allé se ressourcer dans l’enseignement au Québec. Depuis quelques heures, on cite un autre édile des républicains, Gérard Larcher. Il fait partie des quelques personnes engagées dans les consultations secrètes du principal parti de l’opposition. Le temps presse et le vainqueur haut la main des primaires de l’automne devra sans doute laisser sa place, au grand désarroi de nombreux Français.

Gérard Larcher est président du Sénat. Il fut ministre, excellent ministre du Travail de surcroît. Véritable républicain au sens historique de la République, homme de dialogue, il jouit d’une grande estime dans le monde politique. De confession réformée, il pourrait devenir le second parpaillot à entrer à l’Elysée, après Gaston Doumergue, président de 1924 à 1931. Larcher est sympathique, ce qui ne gâche rien. Il suffit de le regarder présider le Sénat lors des séances de questions au gouvernement. En cas de démission ou de décès du chef de l’Etat, le président du Sénat assure l’intérim. On se souvient d’Alain Poher, président intérimaire en 1969 (démission du général de Gaulle) et en 1974 (décès de Georges Pompidou). Larcher dans la course pour remplacer au pied levé un candidat empêché ? Il est permis d’y penser.

 

25/08/2016

« Je ne dispose pas des moyens… »

L’été 1976 fut caniculaire. A la tête de l’Etat français, les turbulences entre le palais chirac.JPGde l’Elysée et l’hôtel de Matignon devenaient de plus en plus fréquentes. Il faut dire que les relations entre le président Giscard d’Estaing et le premier ministre Chirac se jouaient davantage sur le ton de « Je t’aime, moi non plus » que sur un lien de confiance dans la durée. Ils ne se sont pas toujours détestés, pourtant. Secrétaire d’Etat au Budget, Chirac avait de bonnes relations avec son ministre de tutelle, Giscard, entre juin 1969 et janvier 1971. De mauvaises langues avaient cru déceler des tics de langage du premier dans la bouche de son second. Mais passons, les deux hommes sont brillants, intelligents, ambitieux. Ils savent, et c’est la règle du métier, emprunter les chemins des retournements spectaculaires, en « lâchant » ceux qu’ils ont servi (avec talent) ou les compagnons des grands combats pour suivre leur propre ambition. Ainsi fit Valéry Giscard d’Estaing, ministre de l’Economie et des Finances du Général, quand il passa du « oui mais » au « non » à de Gaulle à l’heure du référendum de 1969. Trois mots que les gaullistes historiques ne lui ont jamais pardonnés. Ainsi fit aussi un certain Jacques Chirac à l’égard des compagnons du gaullisme, et de Jacques Chaban Delmas, le plus éminent d’entre eux, quand s’ouvrit la campagne présidentielle de 1974 après le décès de Georges Pompidou. Chaban, candidat naturel des gaullistes, torpillé par un certain Chirac, rallié à Giscard. Le jeune ambitieux aurait-il flairé quelque avenir plus prometteur ? Le propos de ces lignes n’est pas de répondre à la question. Qui le pourrait d’ailleurs ?

Elu, Giscard offre le poste de premier ministre au néogaulliste Chirac, qui ne manqua pas d’ailleurs de souligner qu’il avait hésité avant d’accepter (étonnant, pour un homme pressé). Les deux hommes ne s’entendront pas longtemps. Les luttes entre le parti dominant de la majorité du premier ministre et le groupuscule des républicains indépendants de VGE (le président) n’y furent pas pour rien, évidemment. Le jeu des partis, aurait ironisé le fondateur de la Ve République… Les journaux ont fait leurs choux gras (et nous avons savouré avec gourmandise ces plats si souvent resservis) des petites vexations et humiliations si habilement offertes par le président à son chef de gouvernement.

Année 1976. Jacques Chirac, premier ministre depuis le 27 mai 1974, envoie deux lettres de démission à son président. Il se rétracte d’abord, ils conviennent ensuite d’attendre. « Je t’aime, moi non plus. » Les choses se gâtent toutefois. Que voulez-vous faire quand l’estime et la confiance mutuelle ne nourrissent plus les relations ? Le regard devient fuyant, les mots n’ont plus la même résonance et sonnent faux. Ne dit-on pas que, lors de la première réunion du nouveau gouvernement, en mai 1974, le président a ostensiblement négligé de serrer la main de son premier ministre ? Ambiance.

Chirac en a assez. Il n’est pas mollasson. Il ne supporte plus les petitesses. Il a du caractère, des idées, de la volonté. Le premier ministre est appelé à diriger le gouvernement, lequel « détermine et conduit la politique de la nation », selon l’article 20 de la Constitution. Le mercredi 25 août 1976, il sort du Conseil des ministres et se précipite devant les caméras de la télévision. Il déclare, péremptoire, un brin nerveux mais décidé : « Je ne dispose pas des moyens que j’estime nécessaires pour assumer efficacement les fonctions de premier ministre et, dans ces conditions, j’ai décidé d’y mettre fin. » Quelques heures plus tard, Raymond Barre est désigné premier ministre. C’était il y a juste quarante ans. 

Chirac, un tempérament. Mais Chirac, après la mairie de Paris, les combats politiques et douze ans à l’Elysée, est un homme sérieusement atteint dans sa santé et ses affections les plus vives, après le récent décès de sa fille aînée. Jean-Louis Debré, fidèle parmi les fidèles qui fut son ministre et par lui nommé à la tête du Conseil constitutionnel, le visite régulièrement. Il témoigne : « Ce soir [23 novembre 2015], je lis dans ses yeux l’expression d’une profonde lassitude, une immense usure. Le reverrai-je ? Peut-être plus ! Je sens bien qu’une étape a été franchie et qu’il a repris son chemin vers l’ailleurs et l’inconnu. »

Photo : couverture de Jacques Chirac et le gaullisme. Biographie d'un héritier à histoires, Annie Collovald, Paris, Belin, 1999.

Ce que je ne pouvais pas dire, Jean-Louis Debré, Paris, Robert Laffont, 2016.