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26/09/2013

Protestants, en fête!

La Ville Lumière sera protestante le temps d’un week-end. Après Strasbourg en 2009, Paris connaîtra ces trois prochains jours un événement aux dimensions spectaculaires : « Protestants en fête ». Que la capitale de France soit le lieu d’une telle manifestation ouverte, culturelle, religieuse, intergénérationnelle est à saluer !

 

Quinze mille participants au moins sont attendus de toute la France protestante, mais aussi de Suisse et de Belgique, d’Afrique et d’Haïti. Ce n’est pas rien. Tous ces gens se retrouveront autour d’animations diverses, conférences, dédicaces, expositions, présence de médias protestants sur différents sites de la capitale et dans des temples et églises. Musique aussi. C’est dire que si les protestants se retrouveront dans des lieux de réflexion, ils feront aussi la fête !

L’historien Sébastien Fath, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), lui-même d’origine baptiste, donnera une conférence dans une paroisse protestante de Paris sur le thème du « Renouvellement démographique par l’immigration : enjeux et perceptions de la diversité dans une Eglise protestante parisienne ». Dans une interview donnée à l’hebdomadaire Réforme, Fath relève qu’en France « le protestantisme a gagné un point dans sa part de la population, passant de 1,8 à 2,8%. On le voit surtout au niveau du protestantisme parisien. » A cet égard, le chercheur du CNRS met en avant l’impact de l’immigration subsaharienne, qui voit un certain nombre de ses représentants rejoindre des Eglises protestantes et évangéliques.

Le point culminant de « Protestants en fête » sera pour dimanche 29 septembre 2013, au Palais omnisports Bercy. Et là, la chaîne télévisée France 2, si pingre dans la répartition de ses programmes en faveur des parpaillots, fera un effort considérable. Au lieu de la demi-heure dominicale traditionnelle de 10 heures, elle bousculera son horaire et retransmettra le culte de 11 heures à midi, grâce au direct de l’eurovision. C’est dire que cette heure de célébration, avec 1000 choristes et 60 musiciens, pourra être vue dans toute la francophonie !

 

« Paris vaut bien une messe », a dit un peu légèrement Henri IV pour monter sur le trône de France… L’histoire avance, les peuples évoluent. Avec « Protestants en fête »,  que souhaiter de mieux qu’un beau dimanche pour Paris ?

04/08/2013

Le professeur Jean-Marc Daumas est décédé

Une bien triste nouvelle nous est parvenue sur notre lieu de vacances : notre grand ami Jean-Marc Daumas est décédé et un dernier hommage lui était rendu lundi 29 juillet 2013, au temple de Marsillargues, dans l’Hérault. Notre chagrin fut grand, à la mesure du lien amical et fraternel qui nous unissait à cette personnalité cévenole originale, vrai parpaillot, de cette race de protestants du Midi truculents, pleins d’humour, facétieux, héritiers d’une histoire faite de résistances et de convictions.

Daumas fut professeur d’histoire de l’Eglise à la Faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence (aujourd’hui Faculté Jean Calvin) depuis sa fondation, en 1974. Il y a également enseigné l’hébreu biblique, de même qu’au Séminaire Saint-Luc de la même ville. Il fut membre de l’Académie des arts, sciences, agriculture et belles lettres d’Aix. Et, pour couronner le tout, il était chevalier de l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem.

La plume de Jean-Marc Daumas était vive, enjouée tout comme l’homme. Nombreuses furent ses contributions à plusieurs publications, notamment à La Revue réformée. Mais notre ami était aussi écrivain. Il est l’auteur de Marsillargues en Languedoc. Fief de Guillaume de Nogaret, « Petite Genève ». Le temps ne lui pas été donné pour qu’il puisse nous livrer d’autres récits de cette histoire de France qui était sa vie.

En guise d’hommage, un de ses anciens étudiants a écrit que Jean-Marc Daumas, c’était « l’histoire de France par le rire ». Le propos n’est pas incongru, même dans ces jours de tristesse, car le protestant Daumas, théologien, pastejm daumas.jpgur, historien, auteur, était l’incarnation d’un humour vif, piquant, entraînant. Il parlait cette langue savoureuse du Midi. Intellectuel au sens vrai du terme, il ne se prenait pas au sérieux. Sa conversation était riche car elle enrichissait.

Jean-Marc Daumas ne frappait pas par la prestance physique, il était petit de taille, mais quand on l’avait vu une fois, on ne l’oubliait jamais. Ah non ! J’avais lu Daumas dans quelques revues auxquelles j’étais abonné ; j’ai fait sa connaissance dans la semaine qui a suivi Pâques de l’année 1986, lors d’un séminaire dans une abbaye de la région de Dijon. Quel homme ! De la chaleur, l’étreinte fraternelle, le regard direct, la voix claire et joyeuse. Un détail : le nœud papillon et la croix huguenote, ce symbole du protestantisme français, qu’il arborait sans ostentation, mais en guise de témoignage rendu aux ancêtres qui ont marqué de leur empreinte, de leur larmes et de leur sang cette page héroïque et combien tragique de l’histoire de France.

Le courant est passé, le feeling (le lettré français me pardonnerait cet emprunt au langage du siècle). Nous nous sommes revus régulièrement, à Dijon, à Aix-en-Provence, dans le canton de Vaud, à Genève. Inoubliable soirée dans une chapelle historique du XIXe siècle de notre Vieille-Ville, où l’orateur, que j’avais eu l’honneur et le plaisir d’introduire, nous a entraîné avec passion sur les traces de quelques hommes qui ont marqué le Réveil genevois.

Le professeur Daumas aimait ses étudiants. Eux l’adoraient. Il pouvait parler sans fin avec un jeune en quête de savoir sur un domaine de son enseignement. Mais la nuit avait une fin. Inoubliables moments de franche amitié, quand j’embarquais dans ma voiture notre professeur et une bande de joyeux étudiants. Petite escapade : nous délaissions l’abbaye bourguignonne de nos conférences pour aller boire une bière en ville de Dijon. Là est peut-être né un de ses surnoms : Daumas Taquin.

Autres moments inoubliables, quand, autour d’une bonne table provençale, nous partagions, ma femme et moi, un repas dans la belle ville d’Aix-en-Provence. Nous nous réservions ces moments, après être passés chez lui. J’ai un regret : ne pas avoir photographié sa bibliothèque. Il m’avait prêté un livre. Je n’ai pas eu le temps de le lui rendre. Je le conserverai précieusement. Avec Jean-Marc Daumas, l’histoire de France était « revisitée » : les rois (il les aimait, je préfère la république), 1789 et l’esprit révolutionnaire, François Guizot.

Il y a quelques années était diagnostiquée la maladie qui a emporté le professeur Daumas. Il s’est retiré à Marsillargues. Il est parti à l’âge de 60 ans, mais, jusqu’au bout, il a conservé sa lucidité. Le Midi libre du 2 août rapporte que notre ami adorait « discuter des heures avec les jeunes ou moins jeunes Marsillarguois devant le marchand de kebab, le temple ou encore l’église ».

 

Jean-Marc Daumas laisse une empreinte inoubliable, par sa chaleur communicative, son enseignement, ses conférences, ses écrits. Je suis reconnaissant de l’avoir rencontré. Inoubliable.

(Photo Vincent Bru.)

10/06/2013

L'amour de la sagesse

Ils sont dix-huit, collègues, amis, anciens étudiants, à offrir ce témoignage de reconnaissance au professeur Henri Blocher, à l'occasion de son 75e anniversaire. La publication est dirigée par Alain Nisus, professeur à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, qui ouvre le livre par un chapitre remarquable (35 pages), « La contribution d’Henri Blocher à la réflexion théologique ». L’ouvrage est divisé en trois grandes sections, « Ancien Testament », « Nouveau Testament », « Histoire et dogmatique » avec, écrit Nisus dans son introduction, « différents types de textes traitant d’une diversité de problématiques : exégèse, histoire de la pensée chrétienne, étude de théologie, de philosophie voire de sociologie. Par leur nombre et leur diversité, ces contributions témoignent de l’ampleur du rayonnement exercé par Henri Blocher en tant de domaines. »

Le livre est destiné à un public averti, mais l’amateur d’une pensée solide en ces matières y puisera avec délices. Il n’est pas interdit de pousser la réflexion en matière biblique, de se dépasser un peu ! Les auteurs du collectif ne manquent pas d’originalité dans le choix des thèmes développés. Ainsi Emile Nicole, « La crainte du Seigneur, commencement et fin de la sagesse » ; Pierre Berthoud, « Gilgamesh et l’Ecclésiaste, deux sages en quête de bonheur » ; Christophe Paya, « La parabole du roi et des deux débiteurs (Matthieu 18.23-35) : grâce et responsabilité dans la communauté des disciples » ; Paul Wells, « Vous avez dit calviniste ? » ; Lydia Jaeger, « Herman Dooyeweerd, la ‹spéculation sur le logos› et la vérité ; Jean Baubérot, « La participation des évangéliques à la construction de la laïcité ». La présentation des auteurs est volontairement succincte dans cette note.

L’annexe est imposante, longue recension d’articles signés Henri Blocher et publiés dans des ouvrages collectifs, des revues, des dictionnaires, des écrits collectifs, sans compter la dizaine de livres du théologien, dont un en anglais !

 

L’amour de la sagesse. Hommage à Henri Blocher, sous la direction d’Alain Nisus, Edifac-Excelsis, 2012, collection Interprétation, 406 pages.