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30/11/2013

La belle ouvrage!

psaumes.jpgUne vente aux enchères a battu tous les records cette semaine aux Etats-Unis. En quelques minutes, une édition du Bay Psalm Book, imprimé en 1640 dans la colonie de la Baie de Massachusetts, a été adjugé pour une somme de plus de 14 millions de dollars ! Il n’en fallait pas davantage pour attirer ma curiosité. Coup de projecteur sur cette tranche d’histoire de la Nouvelle-Angleterre.

La Baie de Massachusetts est l’une des treize colonies qui se soulèveront contre le roi d’Angleterre, ce qui conduira à la naissance des Etats-Unis. Mais, en ce XVIIe siècle, nous en sommes loin. L’histoire de la colonie est marquée par l’arrivée, en novembre 1620, d’une centaine d’immigrés partis de l’Angleterre à bord du Mayflower. Ils fuyaient l’intolérance religieuse de leur pays. Les premiers pas sur la terre nord-américaine ne seront pas faciles. Ils souffriront des rigueurs du climat, de la faim, des maladies. Plusieurs succomberont. A l’automne 1621, la communauté célébrera un jour d’actions de grâces pour marquer les premières récoltes sur la terre de la liberté. C’est le Thanksgiving Day, que les Américains respectent chaque année. En 2013, ce fut ce dernier jeudi.

1638. Ma curiosité m’a conduit à cette petite découverte cette semaine. Stephen Daye installe la première presse à imprimer du continent nord-américain. Il n’est pas imprimeur, mais serrurier. Matthew, son fils de 18 ans, sera apprenti imprimeur et l’œuvre de son père lui devra beaucoup. Le fait paraîtra anecdotique pour l’esprit blasé et gavé d’événements spectaculaires de notre XXIe siècle, mais il n’est pas sans conséquences. Cette presse, installée dans la demeure de la veuve d’un pasteur qui l’a fait venir de Londres, sera à l’origine du développement phénoménal d’une production typographique qui influencera la vie sociale, politique et religieuse du Nouveau-Monde.

En 1639, quelques pasteurs érudits se lancent dans l’entreprise ambitieuse de publier une nouvelle version du psautier biblique. En traduisant le texte hébreu en langue anglaise, leur préoccupation est claire : la conscience plutôt que l’élégance, la fidélité plutôt que la poésie. Ils l’écrivent dans la préface de l’ouvrage. Tâche immense : ils veulent donner au texte anglais toute la tonalité et la richesse de la poésie hébraïque.

1640, Cambridge, Massachusetts. L’équipe de Stephen Daye imprime la première édition du Bay Psalm Book. Une prouesse : on admire, dans la préface, des mots en typographie hébraïque ! Tirage : 1700 exemplaires. Provenance des caractères de plomb (types) et du papier : l’Angleterre. En 1698, une neuvième édition du psautier sera publiée, avec la musique. La piété de ces protestants congrégationalistes s’exprime par le chant des psaumes lors du culte !

Le Bay Psalm Book est le premier livre imprimé sur le territoire nord-américain. Mais non seulement. Il est considéré aussi comme le premier livre qui y fut écrit. Et quel travail d’écriture, la traduction des Psaumes !

 

Il convient de saluer le premier libraire de cette Amérique des pionniers, Hezekiah Usher. Il vendra, dans sa boutique de Cambridge, les premiers exemplaires du Bay Psalm Book. De nos jours, onze exemplaires de cet ouvrage ont été répertoriés, notamment à la Librairie du Congrès de Washington, aux universités de Harvard et Yale, à la New York Public Library et chez David Rubenstein, qui en a fait l’acquisition le 26 novembre 2013… par téléphone, il était en Australie. Le distingué philanthrope ne gardera pas ce trésor pour lui seul : il le prêtera à des bibliothèques. Heureux, l’homme !

26/09/2013

Protestants, en fête!

La Ville Lumière sera protestante le temps d’un week-end. Après Strasbourg en 2009, Paris connaîtra ces trois prochains jours un événement aux dimensions spectaculaires : « Protestants en fête ». Que la capitale de France soit le lieu d’une telle manifestation ouverte, culturelle, religieuse, intergénérationnelle est à saluer !

 

Quinze mille participants au moins sont attendus de toute la France protestante, mais aussi de Suisse et de Belgique, d’Afrique et d’Haïti. Ce n’est pas rien. Tous ces gens se retrouveront autour d’animations diverses, conférences, dédicaces, expositions, présence de médias protestants sur différents sites de la capitale et dans des temples et églises. Musique aussi. C’est dire que si les protestants se retrouveront dans des lieux de réflexion, ils feront aussi la fête !

L’historien Sébastien Fath, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), lui-même d’origine baptiste, donnera une conférence dans une paroisse protestante de Paris sur le thème du « Renouvellement démographique par l’immigration : enjeux et perceptions de la diversité dans une Eglise protestante parisienne ». Dans une interview donnée à l’hebdomadaire Réforme, Fath relève qu’en France « le protestantisme a gagné un point dans sa part de la population, passant de 1,8 à 2,8%. On le voit surtout au niveau du protestantisme parisien. » A cet égard, le chercheur du CNRS met en avant l’impact de l’immigration subsaharienne, qui voit un certain nombre de ses représentants rejoindre des Eglises protestantes et évangéliques.

Le point culminant de « Protestants en fête » sera pour dimanche 29 septembre 2013, au Palais omnisports Bercy. Et là, la chaîne télévisée France 2, si pingre dans la répartition de ses programmes en faveur des parpaillots, fera un effort considérable. Au lieu de la demi-heure dominicale traditionnelle de 10 heures, elle bousculera son horaire et retransmettra le culte de 11 heures à midi, grâce au direct de l’eurovision. C’est dire que cette heure de célébration, avec 1000 choristes et 60 musiciens, pourra être vue dans toute la francophonie !

 

« Paris vaut bien une messe », a dit un peu légèrement Henri IV pour monter sur le trône de France… L’histoire avance, les peuples évoluent. Avec « Protestants en fête »,  que souhaiter de mieux qu’un beau dimanche pour Paris ?

04/08/2013

Le professeur Jean-Marc Daumas est décédé

Une bien triste nouvelle nous est parvenue sur notre lieu de vacances : notre grand ami Jean-Marc Daumas est décédé et un dernier hommage lui était rendu lundi 29 juillet 2013, au temple de Marsillargues, dans l’Hérault. Notre chagrin fut grand, à la mesure du lien amical et fraternel qui nous unissait à cette personnalité cévenole originale, vrai parpaillot, de cette race de protestants du Midi truculents, pleins d’humour, facétieux, héritiers d’une histoire faite de résistances et de convictions.

Daumas fut professeur d’histoire de l’Eglise à la Faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence (aujourd’hui Faculté Jean Calvin) depuis sa fondation, en 1974. Il y a également enseigné l’hébreu biblique, de même qu’au Séminaire Saint-Luc de la même ville. Il fut membre de l’Académie des arts, sciences, agriculture et belles lettres d’Aix. Et, pour couronner le tout, il était chevalier de l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem.

La plume de Jean-Marc Daumas était vive, enjouée tout comme l’homme. Nombreuses furent ses contributions à plusieurs publications, notamment à La Revue réformée. Mais notre ami était aussi écrivain. Il est l’auteur de Marsillargues en Languedoc. Fief de Guillaume de Nogaret, « Petite Genève ». Le temps ne lui pas été donné pour qu’il puisse nous livrer d’autres récits de cette histoire de France qui était sa vie.

En guise d’hommage, un de ses anciens étudiants a écrit que Jean-Marc Daumas, c’était « l’histoire de France par le rire ». Le propos n’est pas incongru, même dans ces jours de tristesse, car le protestant Daumas, théologien, pastejm daumas.jpgur, historien, auteur, était l’incarnation d’un humour vif, piquant, entraînant. Il parlait cette langue savoureuse du Midi. Intellectuel au sens vrai du terme, il ne se prenait pas au sérieux. Sa conversation était riche car elle enrichissait.

Jean-Marc Daumas ne frappait pas par la prestance physique, il était petit de taille, mais quand on l’avait vu une fois, on ne l’oubliait jamais. Ah non ! J’avais lu Daumas dans quelques revues auxquelles j’étais abonné ; j’ai fait sa connaissance dans la semaine qui a suivi Pâques de l’année 1986, lors d’un séminaire dans une abbaye de la région de Dijon. Quel homme ! De la chaleur, l’étreinte fraternelle, le regard direct, la voix claire et joyeuse. Un détail : le nœud papillon et la croix huguenote, ce symbole du protestantisme français, qu’il arborait sans ostentation, mais en guise de témoignage rendu aux ancêtres qui ont marqué de leur empreinte, de leur larmes et de leur sang cette page héroïque et combien tragique de l’histoire de France.

Le courant est passé, le feeling (le lettré français me pardonnerait cet emprunt au langage du siècle). Nous nous sommes revus régulièrement, à Dijon, à Aix-en-Provence, dans le canton de Vaud, à Genève. Inoubliable soirée dans une chapelle historique du XIXe siècle de notre Vieille-Ville, où l’orateur, que j’avais eu l’honneur et le plaisir d’introduire, nous a entraîné avec passion sur les traces de quelques hommes qui ont marqué le Réveil genevois.

Le professeur Daumas aimait ses étudiants. Eux l’adoraient. Il pouvait parler sans fin avec un jeune en quête de savoir sur un domaine de son enseignement. Mais la nuit avait une fin. Inoubliables moments de franche amitié, quand j’embarquais dans ma voiture notre professeur et une bande de joyeux étudiants. Petite escapade : nous délaissions l’abbaye bourguignonne de nos conférences pour aller boire une bière en ville de Dijon. Là est peut-être né un de ses surnoms : Daumas Taquin.

Autres moments inoubliables, quand, autour d’une bonne table provençale, nous partagions, ma femme et moi, un repas dans la belle ville d’Aix-en-Provence. Nous nous réservions ces moments, après être passés chez lui. J’ai un regret : ne pas avoir photographié sa bibliothèque. Il m’avait prêté un livre. Je n’ai pas eu le temps de le lui rendre. Je le conserverai précieusement. Avec Jean-Marc Daumas, l’histoire de France était « revisitée » : les rois (il les aimait, je préfère la république), 1789 et l’esprit révolutionnaire, François Guizot.

Il y a quelques années était diagnostiquée la maladie qui a emporté le professeur Daumas. Il s’est retiré à Marsillargues. Il est parti à l’âge de 60 ans, mais, jusqu’au bout, il a conservé sa lucidité. Le Midi libre du 2 août rapporte que notre ami adorait « discuter des heures avec les jeunes ou moins jeunes Marsillarguois devant le marchand de kebab, le temple ou encore l’église ».

 

Jean-Marc Daumas laisse une empreinte inoubliable, par sa chaleur communicative, son enseignement, ses conférences, ses écrits. Je suis reconnaissant de l’avoir rencontré. Inoubliable.

(Photo Vincent Bru.)