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30/12/2013

Petite histoire cévenole

Dans un village des Cévennes, on se moquait d’Yvon Rossel, un agriculteur-apiculteur aujourd’hui à la retraite. Il n’avait que deux vaches… Mais, avec son humour provençal, il répondait qu’il possédait de nombreux pommiers et 10 millions d’abeilles !

Mais il a plus encore. Dans la grande pièce de la maison de ses ancêtres qu’il habite, il y a un petit bureau et, sur ce bureau, une Bible est posée à la vue de tous. Cette Bible a été imprimée à Neuchâtel en 1772, époque où les protestants français vivaient leur foi avec mille difficultés.

Sur le bois de ce bureau, ces mots sont gravés : « Le Saint Nom [du Seigneur] soit loué et béni éternellement. Ainsi soit-il ! » Yvon Rossel raconte que sa  mère disait de ce meuble : « J’y tiens comme à la prunelle de mes yeux. On ne peut pas se défaire d’un témoignage de foi ancestral comme celui-là. Faire graver un tiroir, ce n’était pas sans conséquences. On pouvait être trahi. »

Cette Bible était comme une lampe posée sur le meuble de la pièce principale de l’ancêtre huguenot d’Yvon Rossel. Elle « éclairait » tous ceux qui étaient dans la maison. Plus encore, elle était un témoignage courageux, en même temps qu’une prise de risque considérable pour son propriétaire, dans un temps où la tolérance était la grande absente du royaume.

 

Je tiens cette petite histoire de l’excellent hebdomadaire Réforme, qui l’a publiée il y a un certain temps déjà. Elle me revient en mémoire en cette fin d’année et je ne résiste pas à l’envie de la poster sur mon blog. Pour l’agriculteur-apiculteur cévenol, cette Bible imprimée en Suisse est l’héritage qui lui tient le plus à cœur. Allez savoir pourquoi…

12/12/2013

En paroles et en actes

La Revue réformée a été fondée en 1950 par le pasteur Pierre Marcel. Depuis 1980, la publication est assurée par la Faculté Jean Calvin, Institut de théologie protestante et évangélique d’Aix-en-Provence (anciennement Faculté libre de théologie réformée), avec le concours des pasteurs, docteurs et professeurs des Eglises et des facultés de théologie françaises et étrangères. Publiée à raison de cinq numéros par an, elle se veut « théologique et pratique » et elle est destinée à toutes les personnes soucieuses de fonder leur témoignage, en paroles et en actes, sur la vérité biblique.

 

Une belle livraison est annoncée pour le premier numéro de l’année 2014 : « Sur la route du pèlerin. Prédications sur les Psaumes 120 à 134 », par le pasteur Paulin Bédard, de l’Eglise chrétienne réformée de Beauce, au Québec. On ne compte pas le nombre de croyants qui ont puisé et qui puisent encore des ressources infinies dans ces psaumes des montées (ou des degrés).

 

Le lecteur suivra le parcours  du fidèle, du départ sur le « chemin raboteux du pèlerin » (Psaume 120) à l’arrivée au Psaume 134, « le plus grand bien du pèlerin ». Il nourrira sa méditation, au gré des chapitres, sur le « protecteur du pèlerin » (Psaume 121), la « joie du pèlerin » (122), la « perspective du pèlerin » (123), puis la reconnaissance (124), la sécurité (125), la restauration (126), la source de bénédiction (127), les bénédictions (128), la délivrance (129), le pardon (130), le calme (131), l’alliance (132), l’unité (133)…

 

Le style est parlant, il s’agit de prédications, bien écrites au demeurant. Elles disent, « de façon très claire et simple, tout l’essentiel », dixit la secrétaire de rédaction de la revue ! Et c’est vrai, tant Paulin Bédard a si bien su exprimer les sentiments et les expériences de vie du fidèle dans les domaines variés de son existence. Ces Psaumes des montées, au cœur des pages de la Bible, sont une profonde source d’inspiration et nous ne pouvons que vous encourager à lire le numéro du mois de janvier 2014 de La Revue réformée.

 

http://larevuereformee.net/ 

 

30/11/2013

La belle ouvrage!

psaumes.jpgUne vente aux enchères a battu tous les records cette semaine aux Etats-Unis. En quelques minutes, une édition du Bay Psalm Book, imprimé en 1640 dans la colonie de la Baie de Massachusetts, a été adjugé pour une somme de plus de 14 millions de dollars ! Il n’en fallait pas davantage pour attirer ma curiosité. Coup de projecteur sur cette tranche d’histoire de la Nouvelle-Angleterre.

La Baie de Massachusetts est l’une des treize colonies qui se soulèveront contre le roi d’Angleterre, ce qui conduira à la naissance des Etats-Unis. Mais, en ce XVIIe siècle, nous en sommes loin. L’histoire de la colonie est marquée par l’arrivée, en novembre 1620, d’une centaine d’immigrés partis de l’Angleterre à bord du Mayflower. Ils fuyaient l’intolérance religieuse de leur pays. Les premiers pas sur la terre nord-américaine ne seront pas faciles. Ils souffriront des rigueurs du climat, de la faim, des maladies. Plusieurs succomberont. A l’automne 1621, la communauté célébrera un jour d’actions de grâces pour marquer les premières récoltes sur la terre de la liberté. C’est le Thanksgiving Day, que les Américains respectent chaque année. En 2013, ce fut ce dernier jeudi.

1638. Ma curiosité m’a conduit à cette petite découverte cette semaine. Stephen Daye installe la première presse à imprimer du continent nord-américain. Il n’est pas imprimeur, mais serrurier. Matthew, son fils de 18 ans, sera apprenti imprimeur et l’œuvre de son père lui devra beaucoup. Le fait paraîtra anecdotique pour l’esprit blasé et gavé d’événements spectaculaires de notre XXIe siècle, mais il n’est pas sans conséquences. Cette presse, installée dans la demeure de la veuve d’un pasteur qui l’a fait venir de Londres, sera à l’origine du développement phénoménal d’une production typographique qui influencera la vie sociale, politique et religieuse du Nouveau-Monde.

En 1639, quelques pasteurs érudits se lancent dans l’entreprise ambitieuse de publier une nouvelle version du psautier biblique. En traduisant le texte hébreu en langue anglaise, leur préoccupation est claire : la conscience plutôt que l’élégance, la fidélité plutôt que la poésie. Ils l’écrivent dans la préface de l’ouvrage. Tâche immense : ils veulent donner au texte anglais toute la tonalité et la richesse de la poésie hébraïque.

1640, Cambridge, Massachusetts. L’équipe de Stephen Daye imprime la première édition du Bay Psalm Book. Une prouesse : on admire, dans la préface, des mots en typographie hébraïque ! Tirage : 1700 exemplaires. Provenance des caractères de plomb (types) et du papier : l’Angleterre. En 1698, une neuvième édition du psautier sera publiée, avec la musique. La piété de ces protestants congrégationalistes s’exprime par le chant des psaumes lors du culte !

Le Bay Psalm Book est le premier livre imprimé sur le territoire nord-américain. Mais non seulement. Il est considéré aussi comme le premier livre qui y fut écrit. Et quel travail d’écriture, la traduction des Psaumes !

 

Il convient de saluer le premier libraire de cette Amérique des pionniers, Hezekiah Usher. Il vendra, dans sa boutique de Cambridge, les premiers exemplaires du Bay Psalm Book. De nos jours, onze exemplaires de cet ouvrage ont été répertoriés, notamment à la Librairie du Congrès de Washington, aux universités de Harvard et Yale, à la New York Public Library et chez David Rubenstein, qui en a fait l’acquisition le 26 novembre 2013… par téléphone, il était en Australie. Le distingué philanthrope ne gardera pas ce trésor pour lui seul : il le prêtera à des bibliothèques. Heureux, l’homme !