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04/05/2016

A la rencontre de Calvin. Le vrai ?

calvin college.JPGChez les Ziegler, Jean le père et Dominique le fils, c’est congénital : on n’aime pas, mais vraiment pas, Jean Calvin. Pourquoi ? Allez savoir, mais les faits, ou plutôt les mots, parlent d’eux-mêmes.

Jean, d’abord. Sociologue devenu professeur d’université, politicien fébrile et exalté, phare de la pensée universelle jetant sa lumière sur toutes les injustices dues au capital, auteur du polémique et controversé Une Suisse au-dessus de tout soupçon, où il pourfend la « théorie calviniste de la thésaurisation sacrée » responsable de l’exploitation de  millions d’êtres humains. Thésaurisation sacrée ? On cherchera… « Faire de la thésaurisation, qu’on appelle de plus sacrée, une doctrine, et une doctrine calviniste, voilà (pour le moins) une manière bien ambiguë de voir les choses. On ne saurait y reconnaître Calvin lui-même », comme l’écrivit l’historien Gabriel Mützenberg en réaction aux interprétations du politicien.

Dominique, ensuite. Auteur, homme de théâtre, il met en scène, au début de cette année, avec « La route du Levant », l’interrogatoire dans un commissariat de banlieue d’un jeune Français sur son engagement islamiste. Ziegler est décidément prolifique et il revient ces temps avec « Calvin, un monologue », où un comédien « joue » le réformateur de Genève, dans une chapelle protestante de la Vieille-Ville, pardonnez du peu ! Un monologue, n’est-ce pas se parler à soi-même, tourner en rond sans fin, se contempler peut-être ? Peu importe, mais impossible de ne pas réagir à une interview publiée par la Tribune de Genève sous le titre « A la rencontre de Jean Calvin ». Les propos sont discutables, inadmissibles diront certains.

Comment passer du djihadisme du XXIe siècle à la personnalité historique de Calvin, homme du XVIe siècle ? Le procédé est douteux. Et comment soutenir le parallèle entre l’innommable de la violence du terrorisme et le réformateur de Genève, « fondateur d’une civilisation », selon Emile G. Léonard dans son Histoire générale du protestantisme ? « Facile ! répond Ziegler. Les deux pièces sont imprégnées de religion extrémiste. A l’époque de Calvin, Genève était une théocratie à rapprocher du modèle iranien actuel. On occulte aujourd’hui ce passé stupéfiant. Mais comme chez les ayatollahs, le politique devait alors une soumission absolue au spirituel. »

Distorsion des réalités de l’histoire. Mépris ouvertement affiché envers l’héritage d’une cité. Comment parler de théocratie quand on sait que Calvin n’eut pas que des amis et qu’il fut même expulsé de Genève, avant d’y être rappelé ? Comment parler de théocratie quand on sait que le réformateur fut (simplement) pasteur de la ville, même s’il ne fut jamais ordonné, et que l’Eglise de Genève ne connaissait pas de structure pyramidale, pour ne pas prêter le flanc à l’autoritarisme clérical ? Comment parler de théocratie quand on sait que ses relations ne furent pas toujours au beau fixe avec les magistrats et quelques familles de notables ? Comment, enfin, parler de théocratie quand on sait que Calvin n’a jamais exercé de fonction politique ?

Dominique Ziegler va vite, trop vite, mais les raccourcis ne sont pas toujours convaincants. Ecoutons l’homme de théâtre : « Psychologiquement, on reconnaît aussi la patte de Calvin dans sa propension au non-dit – qui conduit notamment au secret bancaire ou aux ‹Panama Papers›. Economiquement, on peut considérer le calvinisme comme le berceau du capitalisme. » Il fallait y penser… S’il est vrai que la Cité de Genève a connu un développement économique considérable, c’est à la faveur du labeur de nombre de protestants de France et d’Italie notamment, qui ont trouvé refuge à Genève et contribué au développement du commerce, de l’artisanat et des affaires. Que viennent faire ici les « Panama Papers » de notre actualité très XXIe siècle ? Nulle cupidité, nulle thésaurisation si le protestant gagnait de l’argent. Pour lui, métier rimait avec vocation devant Dieu et devant les hommes. Où est le problème ?

Genève doit à la Réforme calviniste un profond renouvellement de l’instruction publique et la fondation de son Académie. En 1566, deux ans après la mort de Calvin, 2000 élèves participaient aux cours du collège. Pas mal pour une cité de 15 000 habitants ! Comment peut-on mettre sur un même pied la Genève de la Réformation et l’égarement des ayatollahs en parlant de « soumission absolue au spirituel » ? Aucune commune mesure entre les étudiants venus alors de toute l’Europe à Genève, librement et sans contrainte, et le déchaînement de haine des « étudiants » islamiques de Téhéran à la fin des années 1970. Sur quoi le metteur en scène de « Calvin, un monologue » appuie-t-il un tel raccourci ?

L’interview de la Tribune de Genève est sous-titrée « Dominique Ziegler monte un monologue de son cru ». Où a-t-il rencontré le Calvin de sa mise en scène ? Assurément, le personnage est de son cru. Mais il n’est pas le Calvin de l’histoire, le juriste devenu théologien, le « créateur d’un type d’homme et d’une civilisation » (merci Emile G. Léonard !), le réformateur qui a conduit à la régénération des consciences et de la Cité. Le Jean Calvin que nous aimons et que nous respectons, tant nous lui devons.

Gabriel Mützenberg, L’obsession calviniste, Genève, Labor et Fides, 1979.

Emile G. Léonard, Histoire générale du protestantisme ‒ I. La Réformation, Paris, Quadrige/PUF, 1988.

 

 

 

 

 

 

07/04/2016

Matthieu Richelle, la laïcité heureuse

matthieu richelle.jpgProfesseur d’Ancien Testament à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, chercheur et chargé de conférences à l’Ecole pratique des hautes études, Matthieu Richelle vit avec les langues anciennes du monde sémitique. Sa passion : mettre en relation les inscriptions découvertes lors de fouilles archéologiques avec les sources bibliques.

Mais, avant la théologie et l’épigraphie, Richelle fut professeur de mathématiques, puis il partit à Jérusalem, à l’École biblique et archéologique française. Aujourd’hui, face à ses étudiants de l’Ecole pratique des hautes études de Paris, sa démarche est avant tout scientifique. Dans une interview publiée cette semaine par l’excellent hebdomadaire Réforme, il dit simplement : « Je suis le représentant de l’Etat, je ne mets pas mes convictions en avant. J’utilise les arguments scientifiques. Le texte peut résonner en eux s’ils ont des convictions religieuses. C’est une laïcité heureuse. » Pourtant, le scientifique est homme de conviction. « Evangélique, mais protestant avant tout », poursuit-il sereinement.

Matthieu Richelle sera l’un des invités de l’émission « Présence protestante » diffusée ce dimanche 10 avril 2016, à 10 heures, par France 2. De quoi parlera-t-il ? De la figure d’Adam. En toute connaissance de cause, assurément… un de ses livres est précisément consacré aux onze premiers chapitres de la Genèse, donc à nos origines à toutes et à tous ! L’enseignant ne craint pas de confronter ses convictions bibliques aux résultats de recherches qui peuvent désarçonner. Chercheur, il sait évacuer les préjugés. Mais cette vocation d’érudit et d’enseignant, non seulement dans une faculté libre mais dans un établissement d’enseignement supérieur d’Etat, a de quoi réjouir quiconque porte intérêt aux sources universelles de l’humanité. Vous l’avez dit : laïcité heureuse.

11/12/2015

Mur des réformateurs

Les Genevois aiment leur histoire. Ils en sont fiers et ils ont cent fois, mille fois raison. Mais la connaissent-ils bien ? « Présence protestante » viendra rafraîchir nos mémoires grâce à son émission consacrée au Monument international de la Réformation, notre Mur des réformateurs, diffusée sur France 2 ce dimanche 13 décembre 2015, à 10 heures. La première partie de ce documentaire a été diffusé il y a quelques semaines.

Le Monument international de la Réformation fut inauguré en 1909, année du quatre centième anniversaire de la naissance de Jean Calvin et des trois cent cinquante ans de la fondation de l’Académie. Il fut le lauréat d’un concours auquel furent présentées 71 propositions ; certaines d’entre elles évoquaient davantage des monuments aux morts aux dimensions sinistres que le vent nouveau apporté par la Réformation du XVIe siècle. D’autres mettaient trop en évidence Calvin et d’aucuns ont fait observer que l’homme n’aurait pas apprécié d’être ainsi mis au-dessus de ses collègues… « Présence protestante » nous offre des images d’archives qui permettent de mieux apprécier le projet primé de quatre architectes genevois et mis en œuvre grâce au talent de deux sculpteurs français.

Le monument est adossé à une partie des anciennes murailles et il est enregistré comme bien culturel suisse d’importance nationale. Il n’est pas anodin de rappeler la contribution de la Ville de Genève à l’érection de ce monument. Son Conseil municipal fut de la partie en votant, le 6 décembre 1907 et sur proposition du Conseil administratif, un arrêté dont l’article premier stipule que « l’emplacement de l’ancien Jardin botanique, situé entre l’alignement futur de la rue de la Croix-Rouge et l’avenue centrale de la Promenade des Bastions, est mis à la disposition du Comité général du Monument de la Réformation, pour ériger un monument ». On se prend à rêver en notre début de vingt et unième siècle aux furieux accents de laïcité militante et idéologue…

Beau documentaire à voir ce dimanche matin !