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06/02/2015

A Kenji Goto, journaliste

Deux otages japonais viennent d’être décapités par l’Etat islamique, Haruna Yukawa, homme d’affaires de 42 ans, et, quelques jours plus tard, Kenji Goto, 47 ans, journaliste indépendant. L’horreur est sans fin. Les deux hommes s’étaient rencontrés en Syrie. Devenus amis, ils rentrent au Japon. Mais Haruna Yukawa n’a peur de rien et il retourne une seconde fois en Syrie, où il est pris en otage. Kenji n’hésite pas une seconde. Sa femme vient de donner naissance à leur deuxième enfant, mais il cherche aussitôt à rejoindre son ami pour lui porter secours. Il ne peut pas l’abandonner. On connaît la suite. Après les angoisses d’un chantage propre aux zones de turbulences de cette région, ils seront sauvagement exécutés.

« Mon seul espoir est que nous puissions poursuivre la mission de Kenji pour sauver les enfants de la guerre et de la pauvreté. » Ces mots de sa mère quand elle apprend la nouvelle de la mort de son fils disent tout. Kenji Goto était un homme à part, habité par une exigence de justice. Journaliste free lance, comme disent les Anglo-Saxons, il fonde Independent Press en 1996. Il connaissait bien les zones de guerre, Irak, Syrie, Somalie. Alors que les grands médias de son pays hésitent à envoyer des correspondants en Syrie et en Irak, Independent Press présente des reportages sur la détresse des populations dans ces zones de combats. Sa femme, qui militait activement pour sa libération, a qualifié Kenji Goto d’« honnête homme qui est juste allé en Syrie pour témoigner du sort de ceux qui souffrent. […] Sa passion était de mettre en lumière les effets de la guerre sur les gens ordinaires, en particulier les enfants. » Quelle simplicité, quelle beauté, quelle humilité !

Kenji Goto, journaliste indépendant dans tous les sens du terme, sinon atypique… En 1997, il se convertit au christianisme et adhère au protestantisme, dans un pays, le Japon, où cette confession représente une infime minorité de la population : 0,48%, 600 000 membres ! Cette conversion ne restera pas sans conséquences. Son sens de la justice, de la justice sociale, est stimulé et son travail de journaliste ne cessera de mettre en lumière la condition des pauvres et des enfants en particulier. Quand il était au Japon, il visitait les écoles pour partager avec les élèves le fardeau qui pesait sur son cœur : la détresse des petits dans les pays ravagés par la guerre.

A Kenji Goto, journaliste indépendant, mari et père de famille, homme courageux mais victime de l’abominable, lui le pacifiste chrétien habité par l’amour des plus petits, peut s’appliquer la phrase du Christ dans la parabole évangélique : « […] chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! »

 

 

 

13/01/2014

Pour la libre circulation… des idées !

La Corée du Nord célébrait, le 8 janvier, l’anniversaire de Kim Jong-un, petit-fils du Grand Dirigeant Professeur de toute l’humanité Kim Il-sung, fondateur du régime, et fils de Kim Jong-il, le regretté Cher Dirigeant décédé en 2011. Lors des festivités, Dennis Rodman, basketteur venu tout droit des Etats-Unis, y est allé de son petit couplet avec le célèbre « Happy Birthday to You, Mister President » et d’une étreinte affectueuse avec le leader de la Corée du Nord, hommage ému à la Nouvelle Conscience éclairée du monde… (J’extrapole, car le descendant de la dynastie dirigeante n’a pas encore reçu son nom de baptême révolutionnaire, tout au moins au stade actuel de mes connaissances de la politique nord-coréenne.)

Faut-il en rire ? Absolument pas. L’organisation non gouvernementale (ONG) Portes ouvertes vient de publier, précisément le 8 janvier 2014, l’index mondial de la persécution en 2013, lequel recense « les 50 pays où être chrétien coûte le plus », selon ses propres termes. En tête du peloton, la Corée du Nord, puis, au rythme du glas des libertés, viennent la Somalie, la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, l’Arabie saoudite, les Maldives, le Pakistan, l’Iran, le Yémen, le Soudan, l’Erythrée, la Libye… et plus loin, notamment, la Centrafrique, l’Egypte, la Colombie, la Jordanie… plus loin encore, l’Inde, et la Tunisie, et l’Algérie, et le Mali, et la Chine, et le Maroc, et le Niger, au 50e rang.

Portes ouvertes fait preuve d’un réel souci d’objectivité, tant le champ de ses investigations est miné. Ses sources sont très variées, autant laïques que religieuses. Un certain nombre d’experts extérieurs à l’organisation sont consultés. Après vérification, les informations venues du terrain sont comparées à celles diffusées par la presse, les instituts de recherche et d’autres ONG.

L’index fait état de violences, de pressions morales et sociales dans la vie de tous les jours, d’atteintes à la liberté de pensée. Elles se manifestent par des assassinats (2123 en 2013), des faits violents contre la minorité chrétienne, des destructions d’églises et de bâtiments. Elles sont le fait de l’intégrisme, des seigneurs de guerre, de l’intolérance du laïcisme, du totalitarisme et, relève Portes ouvertes, de systèmes de corruption.

Dans un monde qui se veut sans frontières, où en est la liberté de circulation des idées ? Elle est pourtant garantie par la Déclaration universelle des droits de l’homme. « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de rechercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. » (Article 19.) La déclaration poursuit en affirmant que « toute personne a droit à la liberté de réunion et d’association pacifiques ».

Durant l’année 2013, j’ai posté sur ce blog « Liberté de conscience, partout et pour tous ! », deux notes consacrées au pasteur Saeed Abedini, enfermé dans une geôle d’Iran. Malgré le coup de téléphone du président Obama à son homologue iranien pour plaider la cause du prisonnier, Saeed est toujours en prison. Au début des années 1970, l’administration Nixon inaugurait la diplomatie du ping-pong, prélude à la première visite d’un président américain en Chine populaire. Ce 8 janvier, les embrassades entre Kim Jong-un et Dennis Rodman inaugurent-elles la diplomatie du basket ? Ce serait le lever d’un coin de rideau pour un peuple, le peuple de Corée du Nord, et, tout bien considéré, l’année 2014 n’aurait pas si mal commencé.

http://citoyengenet.blog.tdg.ch/archive/2013/02/21/libert...

 

http://citoyengenet.blog.tdg.ch/archive/2013/09/29/libert...

29/09/2013

Liberté de conscience, partout et pour tous! (2)

Naghmeh-Saeed-Abedini.jpgLes deux pays ne se parlaient plus depuis plus de trente ans. Le dernier contact remontait au début de l’année 1979. Mohammad Reza Pahlavi s’apprêtait à quitter son trône et son pays quand il reçut un appel du président Jimmy Carter. Depuis, silence radio entre les deux nations, silence troublé par les bruits d’une révolution dramatique et les menaces des disciples des ayatollahs sur les voisins proches et lointains.

L’autre jour pourtant, ce vendredi 27 septembre 2013, Barak Obama décroche son combiné et appelle Hassan Rouhani, le nouveau président iranien, en route pour l’aéroport John Fitzgerald Kennedy (dit JFK), au terme d’une visite de quatre jours aux Nations Unies. Par politesse, Obama déplore les embouteillages des autoroutes new-yorkaises, manière de briser la glace. Bien lui en a pris, le contact est renoué avec l’héritier de l’Empire perse. Outre les convenances d’usage, comme chez tous les grands et les petits de ce monde, l'entretien tourne essentiellement autour du problème nucléaire.

Mais la conversation a ses détours… le cœur des rois est habile ! De son bureau de la Maison-Blanche, Barak Obama plaide pour la libération de Saeed Abedini, marié et père de deux enfants, pasteur iranien emprisonné depuis une année dans les geôles du régime de Téhéran. Au retour d’un voyage aux Etats-Unis, il fut arrêté et interrogé au sujet de sa conversion au christianisme. On connaît le résultat : prison et torture. La cause de deux autres citoyens américains emprisonnés en Iran a aussi été évoquée. Les déclarations officielles n’ont pas précisé comment la demande du président des Etats-Unis a été reçue par le voyageur oriental en limousine, ni quelle fut sa réponse.

Le 21 février 2013, une note a été publiée sur ce blog au sujet du pasteur Saeed Abedini :

http://citoyengenet.blog.tdg.ch/archive/2013/02/21/liberte-conscience-partout-et-pour-tous.html.

Aux Etats-Unis, des parlementaires ont défendu le prisonnier au plus haut niveau et le secrétaire d’Etat John Kerry l’a soutenu. Sa femme Naghmeh a exprimé sa reconnaissance au président Obama : « Cette évolution est vraiment une réponse à la prière. »

 

Les deux chefs d’Etat devaient se voir à New York, la rencontre n’a pas eu lieu. Mais, dans un embouteillage à proximité de l’aéroport JFK et à la faveur d’un coup de téléphone (cellulaire ?), un grand pas a peut-être été franchi dans la crise avec l’Iran et pour la libération d’un père de famille chrétien.