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25/07/2013

Auto, cyclo, moto, bobo

Un honorable citoyen vient de déposer une plainte pénale contre… une « cycliste inconnue ». Allons donc ! Le comportement de la dame, cavalière audacieuse sur son engin à deux-roues, semble avoir singulièrement manqué de féminité. L’imprudente, prenant sans doute le trottoir, naguère voie royale pour les piétons, pour une piste cyclable (vous connaissez ces aménagements urbains si coûteux en deniers publics), fonce avec une incroyable brutalité sur notre homme. Son réflexe (galant, il s’écarte) lui évitera la route des urgences.

 

Plus tôt, à la fin du mois d’avril 2013, Ralf, le citoyen excédé, dépose au secrétariat du Grand Conseil une pétition pour exprimer le ras-le-bol des Genevoises et des Genevois face à ce que d’aucuns qualifient à juste titre de « cycloterrorisme ». Cette pétition P 1870 sera étudiée par notre parlement cantonal. Le constat est évident, les mots sont clairs. « Ce type de cyclistes pourrit considérablement la vie des piétons, personnes à mobilité réduite, les transports publics et le reste du trafic. Nombre de citoyens sont excédés de se faire insulter ou ignorer quand on ose leur faire une remarque et ne pas leur laisser le passage même sur les trottoirs et les passages à piétons. »

La pétition déplore le laxisme qui s’est installé depuis des années. Ce laxisme est devenu loi et le cycliste roi, au mépris des autres. Les habitants signataires préconisent notamment « le retour au port d'une vignette obligatoire et parfaitement lisible afin que, en cas d'accident ou de litige, l'identité d'un cycliste soit clairement identifiable, surtout en cas de délit de fuite, ce qui est impossible actuellement ». Le « vivre ensemble » en société, selon le terme à la mode, doit être marqué par le bon sens. Or, le retour de la vignette n’est rien d’autre que le bon sens. Il est, j’ose espérer, gage de responsabilité. Je n’imagine pas le jour où des automobilistes ne s’acquitteraient plus de l’impôt auto, avec tout ce qu’il implique…

Un petit mot, toutefois, pour rassurer les cyclistes de notre cité sur mon état d’esprit à leur égard. Certains d’entre eux n’ont pas le monopole de l’incivilité. Pourquoi pas une pétition pour demander à l’autorité d’être plus sévère à l’égard de si nombreux automobilistes qui franchissent sans vergogne les passages sécurisés pour les piétons et qui mettent réellement en danger la vie de tant de personnes, et d’enfants? Un souvenir personnel me fait encore frémir. Ce printemps, à deux reprises, deux jeudis après-midi à la même heure, sur le même carrefour, le même 4×4 nous frôle, alors que nous étions engagés sur le passage, faisant le signe conventionnel avant de traverser. Au volant, le même homme, costardé, téléphone portable d’une main, volant de l’autre. Où va-t-il, si pressé ? Il s’engage sur le boulevard, jouant les « grands prix ». Navrant. Scandaleux. Dangereux.

 

L’autorité doit ouvrir les yeux et se donner les moyens de réprimer. C’est une question de santé publique. Est-il si difficile de vivre ensemble ? Le « vivre ensemble » commence par le respect et les égards envers les plus faibles. Et, sur la voirie, le plus faible, c’est le piéton, et le piéton est souvent enfant, personne fragile ou à mobilité réduite.

07/03/2013

Tarifs TPG : Grosse Bêtise

Nous avons à Genève un avocat actif dans la démagogie, conseiller d’Etat d’une autre époque, à la recherche de terres plus rouges et plus brûlées depuis que son parti et le bon peuple ne l’ont plus voulu au gouvernement. Mais il est en quête du grand retour. Vous l’avez reconnu, c’est Grobet ! Pour lui, toutes les causes sont bonnes pour capter l’attention des médias, et des votes bien sûr. Ainsi en fut-il avec la fameuse initiative populaire contre la hausse des tarifs des TPG, soumise aux Genevois le 3 mars 2013, et dont notre avocat fut un des pères « spirituels » (il n’est pas seul dans l’affaire).

 

Maître Grobet, héraut des locataires, s’est transformé ‒ avec les années ‒ en défenseur émouvant du troisième âge, ce qui est tout à son honneur, tant nos aînés sont abandonnés sur les bas-côtés de la route. Mais, Talleyrand le disait admirablement, tout ce qui est excessif est insignifiant et notre brillant avocat s’est laissé emporter par sa fougue et sa conviction en défendant avec quelques autres cette initiative de l’AVIVO. Sans doute un défaut de jeunesse que personne ne lui reprochera.

Le peuple, touché par les beaux discours, a accepté l’initiative, en parfaite connaissance de cause pour toute personne qui prend la peine de s’informer avant de voter, en lisant et en comparant les arguments. Or, une disposition de cette initiative implique que les jeunes de 18 à 25 ans ne seront plus au bénéfice du tarif junior. Le Conseil d’Etat l’a confirmé mercredi.

Les conséquences seront lourdes pour les familles, qui verront leurs enfants privés de ce tarif junior. L’initiative est injuste pour des jeunes qui ont fait le choix de l’apprentissage et qui disposent de moyens financiers modestes. Elle est incompréhensible pour ceux qui suivent la filière des études, coûteuse pour beaucoup de familles. Comment l’extrême gauche, qui cherche à conquérir le vote des jeunes et des gens modestes, a-t-elle pu concevoir un tel projet, sinon pour attirer les votes des plus âgés, au risque de fragmenter davantage une société déjà bien divisée ? Pourquoi les électrices et les électeurs sont-ils tombés dans ce piège ? Gênés aux entournures, embarrassés par l’imbroglio que leur génie a créé, les auteurs de la Grosse Bêtise tentent d’esquiver.

La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres, disait Winston Churchill. Humour perfide du Vieux Lion, certes… Le résultat d’un vote populaire ne saurait être remis en cause. Toutefois, il s’agit de prendre toute la mesure de nos droits populaires ; ils ont leur prix et nous ne pouvons pas nous permettre de les galvauder par le « n’importe quoi ». En l’occurrence, avant de voter sur un objet qui engage l’infrastructure des transports publics, un concept développé depuis de nombreuses années par des gens de tous les horizons politiques, il est impératif de dépasser aigreurs et rancœurs de l’instant envers un magistrat ou un autre. 

Elément significatif de la dernière campagne sur les tarifs des transports publics, les composantes de la « gauche dure » et le Mouvement citoyens genevois ont seuls fait campagne pour le oui, à la différence de tous les autres partis. J’ai toujours pensé que les extrêmes ‒ de gauche et de droite ‒ avaient vocation à se rejoindre, à Genève comme ailleurs. Aussi conviendra-t-il de ne pas l’oublier à l’heure des élections cantonales de cet automne. L’extrême gauche (quel sera son dernier nom ?) et le Mouvement citoyens genevois, par leur démagogie opportuniste, sont nocifs et contre-productifs. Nocifs, donc à  éviter.

Un dernier mot. Les jeunes ont perdu dans cette affaire. C’est le moment pour eux de relever la tête, de prendre au sérieux le privilège de leur responsabilité citoyenne et de voter, puisque, dès 18 ans, ils peuvent donner leur avis ! Pourquoi s’en priveraient-ils ?

 

22/02/2013

Sept fois sept, la formule magique

La nouvelle Constitution de la République et canton de Genève a un grand mérite : elle offre une perspective renouvelée pour l’élection du Conseil d’Etat, au grand bonheur des partis. Elle nous ramène à des considérations pratiques, simples, propres au carnet de l’épicier, grâce à l’élection du gouvernement en deux tours de scrutin, au lieu de la simple majorité qualifiée de 33% au premier tour. On parle plus du nombre de candidats sur les listes que du caractère des magistrats actuels et futurs, ou de vision d’avenir...

Jusqu’à ce jour, les partis jouaient serrés, pour éviter la dispersion des voix. Un candidat ou deux, peut-être trois sur une liste pour sept postes à repourvoir, avec un dosage intelligent et concerté des diverses forces de la « coalition », pour ne plus dire de l’entente. Bien sûr, les partis devaient choisir, trancher, éliminer eux-mêmes lors de primaires. Désormais, ils laissent la responsabilité de la sélection à l’ensemble des électeurs. Votez, on choisira ensuite ! Elégante façon d’éviter les pressions amicales destinées à faire comprendre à un magistrat qu’il ferait mieux de laisser la place, délices de candidats calculateurs annoncés mais non déclarés…

La plupart des cantons suisses connaissent l’élection de leur gouvernement au scrutin majoritaire à deux tours. Les Vaudois ont fait la démonstration que des listes porteuses d’un nombre de candidats raisonnable étaient capables de « ratisser large » et de dégager une majorité gouvernementale. Mais, de ce côté-ci de la Versoix, le problème réside peut-être dans l’absence de personnalités profilées dont l’expérience inspire la confiance et en qui l’électrice et l’électeur « sentent » le magistrat potentiel.

Cet automne, nous élirons un parlement et un gouvernement. Pour le parlement, la représentation proportionnelle requiert le jeu des partis et des alliances. Il y a bien des années, j’étais, le dimanche, au bureau électoral de mon quartier pour les élections cantonales et je me souviens de cette brave électrice d’un âge respectable que nous ne voyions plus ressortir de l’isoloir. A l’heure du dépouillement, en début d’après-midi, nous avons retrouvé un bulletin portant cent noms méticuleusement écrits à la main. Patience de l’électeur (ou électrice), pitié pour les scrutateurs !

L’anecdote concerne l’élection d’un parlement de cent personnes. Mais il est question ici des sept membres du gouvernement, élus au système majoritaire, lequel appelle des personnalités déjà sorties du lot grâce à leur parcours politique et citoyen. Les partis doivent choisir leurs candidats. Ils doivent conclure des alliances solides. Les temps exigent des choix clairs et la nouvelle Constitution, avec l’élection du président du Conseil d’Etat par ses pairs et pour la durée de la législature, impose une majorité gouvernementale, comme chez nos voisins vaudois. Peut-on dès lors engager la partie dans la dispersion des gens et des troupes, laissant ouverte la porte à la combinazione entre les deux tours ?

Le champ de bataille (ou de ruines ?) de ce début de campagne électorale laisse le citoyen perplexe. Ou alors les états-majors préparent-ils une nouvelle formule magique gouvernementale… Jusqu’à combien de candidats ? Sept candidats fois sept listes, ou davantage peut-être, à voir les graines de nouveaux partis jetées avec abondance sur le sol genevois, certainement pas aussi fertile qu’attendu…