11 9 1950 citoyen jmg

12/06/2014

L’art (subtil) de l’autogoal

Le jour même où notre Tribune de Genève consacre une belle page à l’inauguration de la gare de la Löwenstrasse et de la ligne diamétrale qui désenclavera la gare principale de Zurich, les Genevois se disputent pour une piscine flottante amarrée au pont de la Machine. Manque de perspective ? Esprit congénitalement râleur ? A voir.

 

Zurich d’abord. « Cathédrale du rail », c’est le titre de l’article, mais cathédrale paradoxale, puisqu’elle plonge 16 mètres sous terre ! Ce chef-d’œuvre d’architecture et de technique abritera trois lignes du RER de la métropole alémanique. Belle réussite. Les Zurichois ont fait fort. Ils se sont unis autour d’un projet d’avenir, preuve d’une vision englobante des transports de leur agglomération. Davantage encore, ils ont mis la main au portefeuille : 677 millions de francs à la charge du Canton, soit un tiers du devis, les deux autres tiers étant à la charge de la Confédération et des Chemins de fer fédéraux.

De quoi faire envie dans la  tiers du devis, les deux autres tiers étant à la charge de la Confédération et des Chemins de fer férégion lémanique, où la voiture est promise à un règne encore long, si on considère le grand projet d’avenir que d’aucuns caressent : une traversée qui défigurera notre si belle rade et qui ne contribuera qu’à engorger davantage les deux rives du lac. C’est vrai, il y a la liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse, mais beaucoup se demandent quand nous verrons le bout du tunnel. C’est vrai, il y a l’extension de la gare de Cornavin : gare souterraine ? Mais à quel horizon ?

Genève ensuite. Devant son Conseil municipal, un magistrat chargé des travaux qualifiait naguère notre cité de « village gaulois ». Recours, projets sans cesse remis en question, palabres stériles et interminables, divisions incessantes, dogmatisme. Nous perdons de la sorte du crédit et des points à l’indice de l’imagination politique. Les autres nous ont dépassés. Nous sommes devenus les champions toutes catégories de l’art subtil de l’autogoal, ce qui, en période de « mondial », ne pardonne pas.

Alors, toute cette histoire autour d’« une structure en forme de croix suisse » au pont de la Machine est un (joli) miroir qui nous renvoie l’image affligeante de citoyennes et de citoyens sans cesse mécontents. Certes, la piscine flottante n’est peut-être pas si belle qu’on le voudrait. En voyant la photo publiée, j’ai pensé à la vue aérienne d’un nouveau chantier en ville. Mais l’aménagement ne mérite pas tant de controverses et il est éphémère, si j’ai bien compris. Il est sympathique, sans doute convivial, et ce n’est déjà pas si mal. En tous les cas, il est original à l’heure du bicentenaire de notre union à la Confédération helvétique.

 

Ainsi rame Genève de nos jours. En ce début de XXIe siècle, James Fazy serait sans doute bien seul. Heureux homme en son siècle ! Il a pu et su bâtir la nouvelle Genève. Il a fait tomber les murailles. Il a désenclavé le « village gaulois ». Question d’état d’esprit.

30/05/2014

Mois de mai genevois

Le Point Protestantismes.JPGL’historien Gabriel Mützenberg déplorait que la plupart des manifestations patriotiques genevoises, avec leurs cortèges et leurs manifestations publiques, se déroulent entre les mois de novembre et décembre, sous le froid et la bise. Evidemment, on ne change pas les dates de l’histoire, mais il citait le rassemblement de la fête de la Réformation au parc des Bastions, au tout début du mois de novembre, l’Escalade et la Restauration. Il avait d’ailleurs suggéré aux autorités compétentes de commémorer la Réforme « à la genevoise », c’est-à-dire au mois de mai et non plus en fin d’année !

 

C’est le dimanche 21 mai 1536, en effet, que le peuple de Genève, réuni en Conseil général, adopte la Réforme. Printemps genevois ! Cette semaine, certains n’ont pas manqué de signaler une autre date de notre histoire, le 27 mai 1564, la mort de Calvin, après une vie de labeur incessant et de consécration totale à la cause évangélique, marquée par la maladie et la souffrance physique.

Les éditeurs des hors-série Le Point Références avaient-ils ces dates de l’histoire de Genève en tête en publiant leur numéro mai-juin 2014 titré « Protestantismes » ? Je l’ignore, mais je ne peux qu’en recommander la lecture. « Protestantismes » avec la marque du pluriel n’est pas une coquille mais l’expression d’une réalité. Le protestantisme n’est pas monolithique, il n’aime pas les hiérarchies, il donne toute sa valeur à l’homme dans sa relation personnelle avec Dieu. Le protestant, et ce n’est pas un cliché, aime la liberté ; il la défend, la place au-dessus de tout. Le Vaudois Alexandre Vinet écrivait : « Quiconque n’aime pas la liberté religieuse n’en aime réellement aucune. » (C’est le titre d’un article du hors-série Le Point Références.)

Il y a des « protestantismes ». La revue nous fait (re)découvrir Luther, Zwingli, Bucer, Calvin parmi ceux qu’elle appelle les pères fondateurs. Elle nous fait entrer dans le monde des Lumières et ses conséquences pour la pensée théologique, avec cette question à laquelle le lecteur est appelé à réfléchir, sinon à réagir : « Les Lumières, enfants de la Réforme ? »

Emile-Guillaume Léonard, dans sa magistrale Histoire générale du protestantisme, qualifie Calvin de fondateur d’une civilisation. On ne saurait mieux dire, tant les fruits de la Réforme sont importants dans la cité. A Genève, l’instruction publique et l’hospice général (politique de la santé !) ; en France, l’instruction publique aussi, avec Guizot et l’enseignement primaire que toute commune de plus de 500 habitants est tenue d’organiser et, surtout, les nombreux protestants de la IIIe République aux commandes de l’instruction publique. (J’aime « instruction publique » plus que « éducation nationale », qui n’est pas la même chose.) Citons Buisson et l’école obligatoire et laïque, Pécault, fondateur d’une école normale de jeunes filles, et l’institutrice (oui : l’institutrice) Pauline Kergomard, inspectrice générale des écoles maternelles, où elle fait entrer le jeu, le sport et les activités artistiques. En 1985, la Poste française lui consacrera un timbre de 1 fr. 70 ! Belles pages d’histoire de la République (environ vingt-cinq ans), sous le titre « Le moment protestant », dans ce hors-série ! L’Armée du Salut a aussi droit aux honneurs de la revue.

Mais parcourir l’histoire n’est pas une promenade tranquille et Le Point Références consacre un dossier intéressant aux « tourmentes du XXe siècle », ses guerres, ses injustices. Je retiens Dietrich Bonhoeffer et Karl Barth, et l’Eglise confessante allemande, dont le synode adoptera la Déclaration de Barmen, ce non héroïque jeté à la face de l’idéologie idolâtre et païenne du régime hitlérien. C’était le 31 mai 1934, il y a quatre-vingts ans jour pour jour. (Encore une célébration pour notre mois de mai…)

Plus proche de nous, Jacques Ellul, le juriste et théologien de Bordeaux, critique éminent de la société technicienne. Frédéric Rognon, professeur strasbourgeois auteur de la page qui lui est consacrée, écrit qu’« Ellul oppose la foi au Dieu de Jésus-Christ, seul vrai Dieu, libérateur et rédempteur, à l’idolâtrie des faux dieux faits de mains d’hommes ».

La revue aborde aussi le thème de la mouvance évangélique, conquérante en France et ailleurs, en Amérique latine et en Afrique. Impossible de tout dire dans le cadre limité d’une note de blog, mais je signale une carte du protestantisme dans le monde d’aujourd’hui, avec une statistique de ses différentes sensibilités. Une chronologie établit ensuite les grandes dates de l’histoire protestante, de 1376 (John Wyclif, le précurseur) à 2013 (le premier synode national de l’Eglise protestante unie de France, à Lyon). Suit un lexique bien élaboré pour aller à la rencontre du vocabulaire protestant.

« Protestantismes », au pluriel ? Laissons le mot de la fin à Jean Baubérot, le sociologue de la laïcité, dont la contribution conclut le hors-série : « Le pluralisme donne au protestantisme sa saveur particulière. […] Après un long cheminement, je me retrouve protestant et je suis heureux d’être protestant. »

 

 

13/04/2014

Médecin à Genève, premier ministre à Madagascar

Aux premières heures de la matinée, il attendait le bus sur une artère principale de Genève. Nous montions dans le même véhicule de nos transports publics, lui pour se rendre au centre d’imagerie et de radiologie qu’il avait ouvert en ville. En 2013, il quitte Genève, retourne à Madagascar et annonce sa candidature aux élections présidentielles de décembre 2013. Il devra renoncer à se présenter pour cause de non-respect de l’obligation de résidence dans le pays dans les six mois qui précèdent le scrutin. Le fait, toutefois, avait retenu mon attention.

 

Vendredi soir, un texto s’affiche sur le mobile : « Le docteur Kolo premier ministre de Madagascar. » Soixante-quinze jours après son élection, après les tractations politiques que l’on peut imaginer dans une république en proie aux tourments depuis des années, le président Hery Rajaonarimampianina nomme Christophe Laurent Kolo Roger premier ministre.

kolo roger.jpgNé le 3 septembre 1943, Roger Kolo a étudié la médecine à Madagascar, en France et en Suisse, avant de diriger un centre de radiologie et d’imagerie à Genève. Marié à Zakia Katoun, il est père de trois enfants.

Le docteur Kolo n’est membre d’aucun parti. La lutte contre la corruption, l’éducation, la sécurité publique et la coopération internationale figurent parmi ses priorités. Il est particulièrement attaché à la réconciliation sociale, culturelle et religieuse de son pays. A cet égard, il convient de relever dans son cursus son passage à l’école jésuite d’Antananarivo.

 

Il me plaît de saluer l’accession du docteur Kolo, Genevois d’adoption, à de si hautes responsabilités. A mon voisin du quartier de la Servette, je souhaite bonne chance. Puisse le talent du médecin, homme d’écoute et de bonne volonté, apporter sa pierre à la reconstruction économique et morale de la Grande Île !

Photo: Le nouveau premier ministre malgache et son épouse.