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15/12/2013

Les talents de Luc Ferry

Le cardinal et le philosophe, croire ou ne pas croire, croire et comprendre pour le premier, une question pour l’autre : que reste-t-il du message évangélique pour celui qui n’a pas (ou plus, ou jamais eu) la foi ?

 

LE-CARDINAL-ET-LE-PHILOSOPHE.gifEn ce dimanche de l’Avent, notre radio romande nous offrait, à l’heure du déjeuner, une savoureuse entrevue de Luc Ferry, philosophe et accessoirement ancien ministre français de l’Education nationale (j’allais dire de l’Instruction publique, par référence à Jules, son lointain parent). Le thème : le message évangélique et ce qu’il en reste pour l’incroyant. L’objet : un livre, Le cardinal et le philosophe[1], coécrit avec Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture. Ecrivain prolifique et tout public (ce qui n’est pas rien en la matière, mais tout être humain n’est-il pas un peu philosophe ?), le ministre philosophe navigue avec subtilité sur le message de l’amour du Christ, le mal, la foi et la raison, le sens de la mort… De quoi nous mettre l’eau à la bouche et nous inviter à courir acheter son livre dès lundi.

Athée, Luc Ferry ? Les mots sont brillants, comme les pages qu’il écrit. On l’écouterait longtemps, mais le croyant reste un peu déçu. Sans conteste, Ferry est ébloui par le message de l’Evangile (Bonne Nouvelle, il l’a dit, je vous le garantis), mais de Fiat lux, pas encore. Il nous rassure quelque peu. Non, il n’est pas athée… mais agnostique. D’autres avant lui ont glosé avec talent sur la nuance (subtile ?).

Ferry aime en particulier l’Evangile de Jean (celui qui commence par le Logos, le Verbe, la Parole, dont la raison), le seul livre qu’il emporterait sur une île déserte.  Tout est dans cet évangile, clame le professeur, même la parabole des talents… Vraiment ? Ma main a failli lâcher la fourchette piquée dans l’excellente viande préparée par mon épouse. Pour une raison simple : pas de parabole des talents dans le texte de saint Jean, mais dans Matthieu et à quelques nuances près dans Luc. Le ministre aimait les citations latines quand il parlait au Palais-Bourbon, alors Errare humanum est

 



[1] Luc Ferry et Gianfranco Ravasi, Le cardinal et le philosophe, Editions Plon.

16/11/2013

Si dangereux, le Nouveau Testament ?

Le ton de « L’encre bleue » de la Tribune de Genève de ce samedi 16 novembre 2013 était curieux et mal informé, à la limite de la désinformation. La rubrique, d’ordinaire vive et limpide, laissait, pour une fois, une couleur bien sombre. Notre Julie avait trempé sa plume dans une encre noirâtre pour nous dessiner à traits épais une caricature de la présence de l’Association internationale des Gédéons à l’entrée du cycle d’orientation des Voirets, mercredi dernier.

 

Les Gédéons ? Ils sont 300 000 hommes et femmes de 194 pays engagés dans la vie active, le monde professionnel et l’économie. Ils consacrent une partie importante de leurs loisirs à distribuer des Nouveaux Testaments avec Psaumes dans les hôtels, écoles, centres universitaires, hôpitaux, sites militaires, prisons. Résultat des courses en 2013 : 1,7 milliard d’exemplaires du Nouveau Testament, en plus de 80 langues ! On peut rencontrer des Gédéons aux stations des transports en commun dans les grandes villes. A proximité des écoles aussi, et là est l’objet du crime, tout au moins à Genève…

NT 1.JPGA proximité et non à l’intérieur des établissements, comme aux Voirets l’autre jour. On est moins choqué par d’autres trafics (regardez certains détritus dans les cours d’école), par la distribution de flyers pour des soirées de toutes sortes, mais ce petit livre bleu fait peur. Il y a quelques années, un député était même intervenu au Grand Conseil au nom de la sacro-sainte (?) laïcité, nouvelle religion de l’Etat moderne.

Notre Julie parle de missionnaires, d’évangélistes, « polis, gentils et propres sur eux »… C’est bien la moindre des choses ! On n’en dira pas autant pour d’autres personnes qui s’activent auprès de nos adolescents. Le Département de l’instruction publique manifeste un souci évident de la santé (mentale ?) des élèves, puisqu’il envisage l’intervention « des îlotiers pour garantir, dans ce genre de cas, le libre passage des enfants ». Merci à lui. Il est vrai que les îlotiers ne sont pas très occupés dans nos quartiers.

Ces Gédéons ne sont pas que des évangéliques. J’ai le souvenir d’un culte du dimanche matin, dans une paroisse de l’Eglise protestante de Genève. A plusieurs, ils ont animé le service et présenté leur travail. L’intérêt des paroissiens était évident. Cette semaine, notre télévision romande interviewait un responsable de la police judiciaire de Lausanne. La caméra s’est attardée en gros plan sur son bureau… les dossiers en cours, bien sûr, et un Nouveau Testament bleu des Gédéons !

Le propos de « L’Encre bleue » de ce samedi était d’autant plus malvenu pour nous que, cette semaine, nous avons rencontré à Genève un Gédéon du midi de la France. Il vient de perdre sa femme, une cousine de mon épouse. Atteinte d’un cancer qui se généralisait, elle a consacré ses dernières forces à distribuer les petits Nouveaux Testaments bleus autour d’elle, à l’hôpital, auprès des médecins et des infirmières, parmi ses compagnons de douleur. Elle et son mari étaient des membres actifs de l’Association internationale des Gédéons, d’abord sur l’île de La Réunion, puis à Toulon. Il est juste de souligner qu’ils se consacraient à cette tâche pour une raison essentielle : ce petit Nouveau Testament avait transformé leur vie. Ils y ont rencontré leur Sauveur. Leur vie en fut changée !

 

N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur du travail des Gédéons dans notre ville et à proximité de nos écoles ! Heinrich Heine, journaliste et écrivain allemand du XIXe siècle, aimait dire qu’il n’avait « ni Dieu ni Maître ». Il a pourtant écrit cette phrase : « Tout est dans ce livre. C’est le Livre des livres: la Bible. »

30/03/2013

Paix à vous!

Arte diffusait, le soir de ce Vendredi-Saint, Le métis de Dieu, un remarquable téléfilm consacré à Jean-Marie Lustiger. On se souvient de cet ancien archevêque de Paris, de ses interventions pertinentes à la radio et à la télévision. L’homme n’était pas n’importe qui. Je veux dire : son parcours était exceptionnel, parce qu’il était dramatique.

 

Né Aaron Lustiger en septembre 1926, il est fils d’une famille juive originaire de Pologne. L’été 1939, les bruits de bottes poussent ses parents à l’envoyer, avec sa sœur, à Orléans. Précaution providentielle. On entend les bruits de guerre et il a déjà côtoyé l’antisémitisme. Peu de temps encore et la peste brune se mettra au service de l’occupant, broyant tout sur son passage.

La Semaine sainte de l’an quarante, le jeune Lustiger entre pour la première fois dans la cathédrale d’Orléans. Aaron sent l’oppression, comme l’adolescent sent venir la brutalité, le drame et l’effroi. Il racontera plus tard qu’une paix immense a envahi son cœur d’adolescent, là, sous les voûtes de l’auguste monument. « Une paix immense, la paix du Christ ! » Il devient chrétien et est baptisé.

Sa vie ne sera plus la même. Il faut relever, car le fait n’est pas anecdotique, que le garçon « tombe » sur une Bible à l’âge de 10 ans, un peu plus peut-être. Il est saisi par le lien insécable entre les textes de la Bible d’Israël et le Nouveau Testament. Pour l’adolescent, sa conversion n’est pas une rupture avec l’enseignement de ses pères, c’est l’ouverture vers son accomplissement. Toute sa vie, il n’aura de cesse d’approfondir les liens entre le peuple juif et le monde chrétien.

« Paix à vous ! » C’est la salutation du Christ, le soir de sa résurrection, quand il entre dans la maison où ses disciples sont réunis, tiraillés, partagés entre le doute et la foi. Comme nous ne savons plus, quand nos raisons d’hommes nous empêchent de voir, de comprendre, en un mot : de croire !

Est-ce si compliqué de croire, de nous laisser envahir par la paix, la paix du Christ ? Lustiger fut un exemple de foi chrétienne, mais il n’a pas cherché midi à quatorze heures ! Il s’est laissé envahir par la force mystérieuse de la résurrection ; il s’est laissé retourner ; il est reparti, plein d’audace et de foi. Pourtant, l’épreuve ne lui fut point épargnée. Sa mère est morte à Auschwitz.

Allez, courage ! Christ est ressuscité ! Joyeuses Pâques !