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23/02/2018

Billy Graham, bon et fidèle serviteur

Ombre de tristesse, ce mercredi après-midi 21 février, quand j’apprends, à la faveur des réseaux sociaux, le décès de Billy Graham. Mais, en parcourant les hommages rendus à ce prédicateur infatigable de l’Evangile, je suis saisi par un sentiment de profonde reconnaissance. Graham a marqué plusieurs générations, son message percutant, pimenté d’un humour délicieux, a touché au plus profond des êtres, remuant et bouleversant nombre de vies. On parle de plus de 200 millions de personnes atteintes dans les grands rassemblements de foule à travers le monde, sans compter les auditeurs de ses programmes radiodiffusés et les lecteurs de ses livres et articles publiés dans le magazine Décision.

Un carnet d’adresses à faire pâlir d’envie… Il a côtoyé les plus grands, tous les présidents américains depuis Harry Truman, souvent dans des heures de crise, la reine d’Angleterre, des hommes d’affaires, des artistes. Les plus modestes aussi, et le peuple surtout, lors de ses célèbres shows, à l’américaine certes, mais qui touchaient les gens, car Graham savait parler.

Parler. Avec conviction. Après une sérieuse réflexion sur sa foi personnelle, il accepte la Bible comme étant la Parole inspirée et infaillible de Dieu. « La Bible dit… » Ces trois mots rythmaient ses prédications, leur donnaient autorité. On savait ce que l’orateur croyait. Il parlait avec force et chaleur humaine, dans un cœur à cœur avec ses auditeurs, les yeux dans les yeux, abordant les problèmes existentiels de l’être humain. Parler à ses contemporains, c’était l’art de Billy Graham.

On lui a reproché son alignement sur un certain conservatisme d’outre-Atlantique. Mais, dès les années 1950, il a clairement refusé de prêcher devant un auditoire où était pratiquée la ségrégation raciale, et cela déjà dans son propre Etat de Caroline du Nord (rappelez-vous l’époque marquée par le racisme de l’ancienne Confédération sudiste), comme plus tard dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Il était l’ami de Martin Luther King. Proche des présidents américains ? Oui, mais surtout leur conseiller spirituel en réponse à leur invitation, qu’ils soient républicains ou démocrates.

Graham partageait une vision universelle de l’Eglise. Il avait visité tous les continents. Il fut un des initiateurs, dans les années 1970, du Mouvement de Lausanne pour l’évangélisation mondiale, aux côtés de l’anglican John Stott. Il s’agissait, pour les chrétiens, de se rencontrer, de dépasser les murs des chapelles, d’agir en étant animés d’une vision du christianisme qui englobe toutes les sphères de l’existence. L’évangélisation, certes, mais aussi la vie sociale, l’économie, l’environnement, les arts, la politique, bref, tout ce qui fait notre humanité quotidienne.

Dans les années 1950, on parlait déjà de Billy Graham en Suisse romande. Le Journal de Genève des samedi 11 et dimanche 12 juin 1955 ouvre sa page « Lettres • Art • Histoire » au pasteur Claude Reverdin, qui exerçait alors son ministère à Londres, pour qu’il donne son point de vue sur le jeune Américain. Le propos n’est pas dénué d’intérêt. Certains aspects des campagnes de Billy Graham peuvent prêter le flanc à la critique, mais « les pharisiens non plus n’aimaient pas les méthodes de Jean-Baptiste », relève le pasteur genevois. Faut-il pour autant refuser d’écouter Graham ? Il est certes difficile de comparer le Jean-Baptiste évangélique au jeune prédicateur américain. « La distance est infinie entre la retraite, le dépouillement du premier et la vie débordante d’activités et matériellement très facile du second. Mais c’est le même message de repentance et de retour à Dieu. C’est une prédication simple, claire, directe et énergique. On sait où on en est et on est obligé d’écouter. Qu’à travers cette prédication Dieu se soit révélé à beaucoup ne fait aucun doute. »

Alors oui, dans ces moments de peine, un grand nombre de chrétiens ont un profond sentiment de reconnaissance pour le travail de ce bon et fidèle serviteur de l’Evangile ! Son héritage est éternel.