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10/02/2017

Allemagne : une présidentielle si discrète

Ce dimanche 12 février 2017, la République fédérale d’Allemagne aura un nouveau président. Mais qui a entendu les échos d’une campagne électorale si discrète ? Peu de monde en effet, en tout cas dans les pays voisins, et pour cause. Le président allemand n’est pas élu au suffrage universel, mais par l’Assemblée fédérale, composée des 630 membres du Bundestag et d’autant de délégués élus par le parlement de chacun des seize Länder. Dimanche, à partir de 12 heures, ce collège électoral votera sous la coupole majestueuse du Reichstag de Berlin, siège du parlement fédéral.

Le nouvel élu sera le douzième président fédéral depuis 1949. Si la charge du chef de l’Etat est avant tout honorifique, sa fonction revêt une dimension morale au-dessus des partis. Les partis présentent leur candidat, certes, mais cette désignation, qui échappe aux déchirements et aux extravagances de primaires, fait parfois l’objet d’un consensus entre les grandes formations. Il en est ainsi cette année, puisque les chrétiens-démocrates (CDU), les chrétiens-sociaux bavarois (CSU) et les sociaux-démocrates (SPD) se sont unis autour du nom du ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier.

S’il est élu dimanche, Steinmeier, dont l’engagement protestant est connu, s’inscrira idéalement dans la lignée de ses prédécesseurs dans ce rôle d’autorité morale. Je pense notamment à Gustav Heinemann, l’un des rédacteurs, aux côtés de Karl Barth, de la fameuse Déclaration de Barmen à l’origine de l’Eglise confessante qui se dressa contre le nazisme ; à Richard von Weizsäcker, figure respectée du protestantisme allemand ; à Johannes Rau, gentiment surnommé Bruder Johannes, journaliste, éditeur et directeur général d’une maison d’édition pour la jeunesse, lui aussi protestant convaincu ; et enfin à Joachim Gauck, pasteur, résistant anticommuniste d’Allemagne de l’Est, à qui Steinmeier est appelé à succéder.

Lors des élections fédérales de 2009, Frank-Walter Steinmeier fut candidat à la Chancellerie. Résultat catastrophique pour les sociaux-démocrates : 23%, et fin de la grosse Koalition du premier mandat d’Angela Merkel, avec le retour de son parti dans l’opposition, dont il devient le chef au Bundestag. Décidément, il n’est pas un agitateur de tribune. L’homme, pondéré, aux paroles mesurées, diplomate on ne peut mieux, redevient ministre des Affaires étrangère en 2013, dans le gouvernement de grande coalition CDU/CSU-SPD qui gouvernera l’Allemagne jusqu’aux élections législatives de cet automne 2017. Il avait déjà occupé ce poste dans le premier gouvernement Merkel à partir de 2005.

Une épreuve difficile marque la vie de cet homme public. En 2010, sa femme Elke tombe gravement malade. Un rein doit lui être transplanté. On cherche un donneur. Frank-Walter offre un rein à son épouse. L’homme discret est homme de cœur et de fidélité.

Le futur président est calme et mesuré, mais il a une passion : le jazz. On ne l’aurait pas pensé !

 

                                                                                                                                                               

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