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30/07/2015

Liberté, je t'aime

drapeau chocolat 1.JPGPour autant que je m’en souvienne, je n’ai dû passer, en tout et pour tout, qu’un seul 1er Août hors de Suisse. C’était dans les années 1970, en Afrique de l’Ouest. Le moment de convivialité dans les jardins de l’ambassade avec les compatriotes helvétiques, le discours du président de la Confédération, le Valaisan Roger Bonvin cette année-là, diffusé par haut-parleurs, l’hymne national, sans oublier les assiettes bien suisses et la bière, tout nous rapprochait de ce pays que nous avions quitté (quelques mois pour certains, plusieurs années pour d’autres) et nous le faisait aimer davantage encore.

De retour dans la mère patrie, je n’ai cessé depuis lors de réfléchir au caractère très particulier de la Confédération helvétique et aux libertés exceptionnelles qu’elle offre. Le fédéralisme suisse est un gage de respect de l’expression des particularités cantonales. Le pouvoir est fortement décentralisé, la commune jouit de compétences étendues dans la plupart des cantons, avec un bémol pour Genève, dû sans doute à l’héritage de l’occupation napoléonienne. On a fait observer que la séparation des pouvoirs est non seulement un principe constitutionnel, mais une réalité géographique : le parlement (législatif) et le gouvernement (exécutif) ont leur siège à Berne − Ville fédérale et non capitale ! −, le Tribunal fédéral (pouvoir judiciaire) à Lausanne ! L’éloignement des centres de décision les uns par rapport aux autres n’est sans doute pas une mauvaise chose pour les différentes fonctions et missions d’un Etat.

La Suisse, quel pays ! D’aucuns rêvent aujourd’hui de renforcer le pouvoir du président ou de la présidente de la Confédération et, surtout, d’allonger la durée de son mandat. Genève connaît aujourd’hui une présidence du gouvernement cantonal étendue à cinq ans… attendons encore quelques années pour en mesurer les effets à (moyen) terme. Finalement, une présidence d’une année répartie à tour de rôle entre les membres d’un collège ne m’est pas antipathique… je crains les dérives autocratiques et monarchiques ! La mesure est gage d’équilibre, le partage du pouvoir de liberté.

« Liberté, le plus beau mot de toute langue, si celui d’amour n’existait pas », écrivait Alexandre Vinet. Le penseur vaudois, écrivain de belle plume, professeur de français à Bâle et de théologie (pratique) à Lausanne, citoyen attentif de la politique de son temps, fut ardent défenseur de la liberté de conscience, et de culte par conséquent, dans un XIXe siècle où les politiques de son canton, outre des affaires du gouvernement, se mêlaient de celles de l’Eglise. Il défendit le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat et il compte parmi les initiateurs de l’Eglise libre vaudoise.

Ce 1er Août 2015, je me souviendrai avec reconnaissance de toutes les libertés que le Dieu Tout-Puissant invoqué en préambule de la Constitution fédérale nous a données. Soyons attentifs à tout ce qui pourrait venir les grignoter pour, finalement, nous en priver !

 

Photo JMG: drapeau chocolat suisse à Crans-Montana.

Commentaires

"Finalement, une présidence d’une année répartie à tour de rôle entre les membres d’un collège ne m’est pas antipathique… je crains les dérives autocratiques et monarchiques ! La mesure est gage d’équilibre, le partage du pouvoir de liberté."

Oui, mais... on perd beaucoup en efficacité.
http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2015/02/04/limites-de-la-democratie-parlementaire-264296.html#more

Écrit par : Pierre Jenni | 30/07/2015

Le point de vue peut se discuter, tout à fait d'accord. Raison pour laquelle j'ai mentionné l'expérience genevoise à la faveur de la nouvelle Constitution cantonale. Nous verrons d'ici à quelques années.

Écrit par : Jean-Marc Genet | 30/07/2015

Mouais... sauf que notre président semble un peu las et sa fonction reste bien floue. Je préfère la discrétion du collège actuel aux communications désordonnées du précédent, mais j'imaginais le job différemment.

Écrit par : Pierre Jenni | 01/08/2015

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