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02/11/2014

Réforme et Résistance

st pierre 3 branches.JPGCe dimanche 2 novembre, le peuple protestant commémorait la Réformation. On se souvient de ce 31 octobre 1517, quand un jeune moine allemand, Martin Luther, affichait 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg, « par amour de la vérité et par souci de la mettre en lumière ». Le mouvement est lancé, il se répandra. L’Allemagne prépare d’ailleurs une grande année de la Réforme pour 1517.

 

Les protestants réformés n’aiment pas la tradition, qui lie et retient dans le passé. Reformata et semper reformanda. Ils n’aiment pas la tradition, mais ils savent commémorer. La mémoire – faire mémoire – n’est-elle pas au cœur de l’Evangile ? Ce premier dimanche du mois de novembre, ils se sont souvenus, dans les temples et devant le Mur des réformateurs du parc des Bastions. Le soleil brillait, l’air était doux, à la différence de tant d’années passées.

Sur la colline de Saint-Pierre, le temple était plein. Beau culte, belles prestations musicales des chœurs de Chêne et de Vandœuvres, pièces d’orgue magistrales de Vincent Thévenaz, dont une surprenante reprise rythmée du Chant des partisans (signe de ralliement des résistants sous l’Occupation), au cours de la prédication du pasteur Bruno Miquel.

Que venait faire ici le Chant des partisans ? Il faut rappeler un point d’histoire du protestantisme de Genève, cité de refuge pour ces huguenots français, poussés hors du royaume après la révocation de l’édit du bon Henri IV favorable aux protestants. La France de Louis XIV est placée sous la devise d’un roi, d’une foi, d’une loi. Dragonnades et interdiction formelle de suivre la religion prétendue réformée, la RPR, comme l’appelaient les zélateurs du monarque.

Le culte à Saint-Pierre de ce dimanche, retransmis par la Télévision suisse romande, commençait par une reconstitution historique sympathique et émouvante tout à la fois, un dialogue entre une figure cévenole, Marie Durand, et de jeunes catéchumènes genevois. Marie Durand ? Pour prix de son refus d’abjurer, elle sera enfermée trente-huit ans dans la Tour de Constance, dans le département du Gard, arrêtée qu’elle fut au bel âge plein de promesses de 19 ans.

Un mot gravé sur la margelle du puits de sa prison lui est attribué : « RÉSISTER ». Quel symbole ! Le mot redonnera espoir à beaucoup de martyrs aux heures les plus sombres de l’histoire de France. Lors de la mise en scène télévisée de ce dimanche matin, un jeune fera remarquer à Marie Durand que trente-huit ans de réclusion, c’est un prix bien lourd à payer… Quand les écrans de la télévision ont mis en évidence un gros livre ancien, au papier épais, on a peut-être commencé à comprendre : la Bible !

Les protestants n’aiment pas la tradition mais ils sont attachés à l’histoire. Ces femmes et ces hommes, ces valeureux huguenots, ont cher payé leur fidélité. Ils sont des exemples. Ils méritent notre respect.