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12/06/2014

L’art (subtil) de l’autogoal

Le jour même où notre Tribune de Genève consacre une belle page à l’inauguration de la gare de la Löwenstrasse et de la ligne diamétrale qui désenclavera la gare principale de Zurich, les Genevois se disputent pour une piscine flottante amarrée au pont de la Machine. Manque de perspective ? Esprit congénitalement râleur ? A voir.

 

Zurich d’abord. « Cathédrale du rail », c’est le titre de l’article, mais cathédrale paradoxale, puisqu’elle plonge 16 mètres sous terre ! Ce chef-d’œuvre d’architecture et de technique abritera trois lignes du RER de la métropole alémanique. Belle réussite. Les Zurichois ont fait fort. Ils se sont unis autour d’un projet d’avenir, preuve d’une vision englobante des transports de leur agglomération. Davantage encore, ils ont mis la main au portefeuille : 677 millions de francs à la charge du Canton, soit un tiers du devis, les deux autres tiers étant à la charge de la Confédération et des Chemins de fer fédéraux.

De quoi faire envie dans la  tiers du devis, les deux autres tiers étant à la charge de la Confédération et des Chemins de fer férégion lémanique, où la voiture est promise à un règne encore long, si on considère le grand projet d’avenir que d’aucuns caressent : une traversée qui défigurera notre si belle rade et qui ne contribuera qu’à engorger davantage les deux rives du lac. C’est vrai, il y a la liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse, mais beaucoup se demandent quand nous verrons le bout du tunnel. C’est vrai, il y a l’extension de la gare de Cornavin : gare souterraine ? Mais à quel horizon ?

Genève ensuite. Devant son Conseil municipal, un magistrat chargé des travaux qualifiait naguère notre cité de « village gaulois ». Recours, projets sans cesse remis en question, palabres stériles et interminables, divisions incessantes, dogmatisme. Nous perdons de la sorte du crédit et des points à l’indice de l’imagination politique. Les autres nous ont dépassés. Nous sommes devenus les champions toutes catégories de l’art subtil de l’autogoal, ce qui, en période de « mondial », ne pardonne pas.

Alors, toute cette histoire autour d’« une structure en forme de croix suisse » au pont de la Machine est un (joli) miroir qui nous renvoie l’image affligeante de citoyennes et de citoyens sans cesse mécontents. Certes, la piscine flottante n’est peut-être pas si belle qu’on le voudrait. En voyant la photo publiée, j’ai pensé à la vue aérienne d’un nouveau chantier en ville. Mais l’aménagement ne mérite pas tant de controverses et il est éphémère, si j’ai bien compris. Il est sympathique, sans doute convivial, et ce n’est déjà pas si mal. En tous les cas, il est original à l’heure du bicentenaire de notre union à la Confédération helvétique.

 

Ainsi rame Genève de nos jours. En ce début de XXIe siècle, James Fazy serait sans doute bien seul. Heureux homme en son siècle ! Il a pu et su bâtir la nouvelle Genève. Il a fait tomber les murailles. Il a désenclavé le « village gaulois ». Question d’état d’esprit.

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