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30/05/2014

Mois de mai genevois

Le Point Protestantismes.JPGL’historien Gabriel Mützenberg déplorait que la plupart des manifestations patriotiques genevoises, avec leurs cortèges et leurs manifestations publiques, se déroulent entre les mois de novembre et décembre, sous le froid et la bise. Evidemment, on ne change pas les dates de l’histoire, mais il citait le rassemblement de la fête de la Réformation au parc des Bastions, au tout début du mois de novembre, l’Escalade et la Restauration. Il avait d’ailleurs suggéré aux autorités compétentes de commémorer la Réforme « à la genevoise », c’est-à-dire au mois de mai et non plus en fin d’année !

 

C’est le dimanche 21 mai 1536, en effet, que le peuple de Genève, réuni en Conseil général, adopte la Réforme. Printemps genevois ! Cette semaine, certains n’ont pas manqué de signaler une autre date de notre histoire, le 27 mai 1564, la mort de Calvin, après une vie de labeur incessant et de consécration totale à la cause évangélique, marquée par la maladie et la souffrance physique.

Les éditeurs des hors-série Le Point Références avaient-ils ces dates de l’histoire de Genève en tête en publiant leur numéro mai-juin 2014 titré « Protestantismes » ? Je l’ignore, mais je ne peux qu’en recommander la lecture. « Protestantismes » avec la marque du pluriel n’est pas une coquille mais l’expression d’une réalité. Le protestantisme n’est pas monolithique, il n’aime pas les hiérarchies, il donne toute sa valeur à l’homme dans sa relation personnelle avec Dieu. Le protestant, et ce n’est pas un cliché, aime la liberté ; il la défend, la place au-dessus de tout. Le Vaudois Alexandre Vinet écrivait : « Quiconque n’aime pas la liberté religieuse n’en aime réellement aucune. » (C’est le titre d’un article du hors-série Le Point Références.)

Il y a des « protestantismes ». La revue nous fait (re)découvrir Luther, Zwingli, Bucer, Calvin parmi ceux qu’elle appelle les pères fondateurs. Elle nous fait entrer dans le monde des Lumières et ses conséquences pour la pensée théologique, avec cette question à laquelle le lecteur est appelé à réfléchir, sinon à réagir : « Les Lumières, enfants de la Réforme ? »

Emile-Guillaume Léonard, dans sa magistrale Histoire générale du protestantisme, qualifie Calvin de fondateur d’une civilisation. On ne saurait mieux dire, tant les fruits de la Réforme sont importants dans la cité. A Genève, l’instruction publique et l’hospice général (politique de la santé !) ; en France, l’instruction publique aussi, avec Guizot et l’enseignement primaire que toute commune de plus de 500 habitants est tenue d’organiser et, surtout, les nombreux protestants de la IIIe République aux commandes de l’instruction publique. (J’aime « instruction publique » plus que « éducation nationale », qui n’est pas la même chose.) Citons Buisson et l’école obligatoire et laïque, Pécault, fondateur d’une école normale de jeunes filles, et l’institutrice (oui : l’institutrice) Pauline Kergomard, inspectrice générale des écoles maternelles, où elle fait entrer le jeu, le sport et les activités artistiques. En 1985, la Poste française lui consacrera un timbre de 1 fr. 70 ! Belles pages d’histoire de la République (environ vingt-cinq ans), sous le titre « Le moment protestant », dans ce hors-série ! L’Armée du Salut a aussi droit aux honneurs de la revue.

Mais parcourir l’histoire n’est pas une promenade tranquille et Le Point Références consacre un dossier intéressant aux « tourmentes du XXe siècle », ses guerres, ses injustices. Je retiens Dietrich Bonhoeffer et Karl Barth, et l’Eglise confessante allemande, dont le synode adoptera la Déclaration de Barmen, ce non héroïque jeté à la face de l’idéologie idolâtre et païenne du régime hitlérien. C’était le 31 mai 1934, il y a quatre-vingts ans jour pour jour. (Encore une célébration pour notre mois de mai…)

Plus proche de nous, Jacques Ellul, le juriste et théologien de Bordeaux, critique éminent de la société technicienne. Frédéric Rognon, professeur strasbourgeois auteur de la page qui lui est consacrée, écrit qu’« Ellul oppose la foi au Dieu de Jésus-Christ, seul vrai Dieu, libérateur et rédempteur, à l’idolâtrie des faux dieux faits de mains d’hommes ».

La revue aborde aussi le thème de la mouvance évangélique, conquérante en France et ailleurs, en Amérique latine et en Afrique. Impossible de tout dire dans le cadre limité d’une note de blog, mais je signale une carte du protestantisme dans le monde d’aujourd’hui, avec une statistique de ses différentes sensibilités. Une chronologie établit ensuite les grandes dates de l’histoire protestante, de 1376 (John Wyclif, le précurseur) à 2013 (le premier synode national de l’Eglise protestante unie de France, à Lyon). Suit un lexique bien élaboré pour aller à la rencontre du vocabulaire protestant.

« Protestantismes », au pluriel ? Laissons le mot de la fin à Jean Baubérot, le sociologue de la laïcité, dont la contribution conclut le hors-série : « Le pluralisme donne au protestantisme sa saveur particulière. […] Après un long cheminement, je me retrouve protestant et je suis heureux d’être protestant. »

 

 

19/05/2014

Giscard à la barre

Il y a quarante ans jour pour jour, le 19 mai 1974, Valéry Giscard d'Estaing était élu président de la République française. A 20 heures, les « fourchettes » des instituts de sondages à la sortie des urnes, diffusées par les radios françaises, étaient incapables d'annoncer le nom du vainqueur de cette compétition électorale. VGE? Mitterrand? Je n'oublie pas ces minutes d’attente vécues à Abidjan au milieu d'une équipe de jeunes. Mais la confirmation ne tardera pas: Giscard est élu!

 

Une nouvelle page de l'histoire de France s’ouvrait. La modernité, une nouvelle classe de politiques, un style. Giscard à la barre. Un slogan, mais davantage encore.

 

L'autre samedi, une chaîne de télévision recevait VGE dans son journal du soir. L'homme, né en 1926, est toujours aussi clair, méthodique, brillant diront certains, la mémoire systématique et infaillible. Face à lui, la France du président dit normal a pris un sérieux coup de vieux.

14/05/2014

Beau geste

Il est des moments où les désagréments des heures de pointe dans les transports en commun sont oubliés. Ainsi ce mercredi, un peu après midi, sur la ligne 10 direction aéroport. Une jeune femme monte dans le long véhicule, canne de non-voyante à la main ; elle reste debout, comme désemparée au milieu de voyageurs pressés de rentrer chez eux à l’heure du déjeuner. D’autres, plus rapides, se sont déjà précipités sur les rares places assises encore libres.

 

Le bus ne repart pas… D’un bond, le chauffeur se lève, dit à la personne en difficulté qu’elle trouvera une place ; il s’adresse à une jeune fille qui, dans sa course au siège vide, n’avait pas regardé derrière elle, en toute innocence sans doute. Il lui demande de laisser sa place, ce qu’elle fait volontiers. Une dame aidera la non-voyante à rejoindre le siège.

Le beau geste de l’agent des transports publics mérite d’être relevé et salué, sinon plus. Dans le stress d’un travail pénible dans la circulation de la ville, il a vu la personne faible, il a pris le temps de l’aider. L’autre jour, des usagers ricanaient à l’énoncé des correspondances à chaque arrêt (3, 10, 12, 14, et j’en oublie), irrités sans doute. Ont-ils une seconde pensé aux voyageurs pour qui ces annonces sont une aide précieuse?

 

A midi, je suis descendu de mon 10 en me retournant vers ce conducteur attentif. Notre regard s’est croisé. « Au revoir ! Merci, et bonne journée ! » Sa réponse fut claire et sonore. Il fallait le dire.