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11/03/2014

Il y a vingt ans, « La Suisse »…

la suisse der 1.JPGCe samedi 12 mars 1994, la douceur se fait sentir, mais le cœur n’y est pas pour savourer les premières couleurs du printemps. Dans quelques heures, les équipes techniques et rédactionnelles entreront pour la dernière fois dans le paquebot en perdition de la rue des Savoises, pour préparer lultime édition du quotidien La Suisse. 

 

 La der, en jargon du métier, c’est la dernière page du journal, titrée pour ce numéro 72 de l’an 94 : « Prévisions pour demain, MAUSSADE ». La météo s’est encore trompée : pas maussade, sinistre, un journal est mort. La der, dans notre histoire, c’est la disparition de La Suisse, qui, durant nonante-six ans, a informé non seulement à Genève, mais aux quatre coins de l’Helvétie. Preuve en sont les camions qui, sept jours sur sept, quittaient les rotatives pour livrer le journal à l’autre bout du pays. La Suisse était quotidien national, et pas seulement local ou régional.

Ce samedi, l’ambiance était lugubre et agitée, mais digne. Jusqu’au bout, journalistes, secrétaires de rédaction, typos et correcteurs, rotativistes ont accompli leur tâche. Le délégué syndical passait et repassait dans les couloirs. Nature humaine oblige, des rumeurs couraient… et si ? Mais c’était bien la der qui prenait forme sur les écrans de nos ordinateurs.

J’ai sous les yeux la une de La Suisse DERNIÈRE. Depuis vingt ans jour pour jour, ce dernier exemplaire du journal m’a suivi dans les quelques bureaux que j’ai occupés. Le rouge « suisse » a pâli depuis cette soirée où l’actualité s’est arrêtée. Les pages sont jaunies, une pellicule de poussière s’est déposée. Mais comme un vin dans la cave des souvenirs, le vieux est bon.

Tout y était, dans cette der. Je passe, en vitesse, car impossible de tout dire et de citer toutes les signatures. La cote de Balladur en  baisse, la Macédoine, les remous avant l’ordination de trente-deux femmes prêtres dans l’Eglise anglicane ; un commentaire pour ouvrir les pages genevoises, « Aujourd’hui, Genève perd ! » ; le 64e Salon de l’auto ; « Micheline, locomotive du PS », après son élection ce 12 mars, à la tête du parti genevois ; les sports, « Servette attend son heure » et, un peu plus loin, Maradona ; le Paris-Nice, le hockey, le ski, l’athlétisme, le tiercé ; enfin, et encore, malgré la proximité du naufrage, le cahier « Dimanche Magazine ». Et, c’est à relever, les pages de publicité, à faire rêver certaines publications de nos jours !

Il y a quelques semaines, à la faveur d’une fin de semaine lucernoise, nous avons traversé le pont de la Chapelle. Un souvenir m’est revenu. Il remonte à ce fameux soir du 12 mars 1994. Je vois encore les lignes défiler sur mon écran : « Sept mois après l’incendie du pont de la Chapelle, Lucerne pleure ses tableaux. Quel gâchis ! […] Pour de nombreux Lucernois, le drame réside maintenant dans la perte irréparable d’une septantaine de tableaux du XVIIe siècle qui ornaient l’entablement du pont de bois plusieurs fois centenaire. » Cinq photos et je retiens une légende : « Sous le pont de la Chapelle, coulait la Reuss, sans soucis… »

Les différentes plumes de La Suisse ont apporté leur contribution à cette dernière.  C’est beau à relire. On sent l’amour du papier et de l’encre, et d’une information de qualité livrée chaque matin par un journal réel. Un voisin m’avait dit alors : « Nous aimions La Suisse. Nous n’achèterons jamais un autre journal. » Je crois qu’il a tenu parole.

En page 24 (sur 56) de cette dernière édition, une perle. Elle est tirée de la rubrique « Aujourd’hui dimanche » (La Suisse tenait à cette note dominicale). Nous la devons au père Albert Longchamp, prêtre et journaliste. « Cette chronique est dédiée aux collaborateurs et collaboratrices de La Suisse. Il me fallait chercher pour ce billet une parole ni déprimante ni béate d’un optimisme qui n’est plus de mise. Dans ce genre d’opération, je ne connais qu’une méthode efficace : le clin d’œil du hasard. Je tombai donc sur Paradis perdu de Georges Haldas. Le titre, à lui seul, n’est-il pas tout un programme ? Ouvrant le livre, j’y trouvai ce mot réconfortant : ‹La foi véritable ‒ la confiance ‒ s’enrichit de la perte de nos illusions. »

Quelques heures plus tard, le dimanche matin 13 mars 1994, des lectrices et des lecteurs médusés réaliseront l’incroyable : ils tiennent dans leurs mains, ils ont sous leurs yeux, la dernière édition de La Suisse ! Le premier numéro sortait de presse le 1er mai 1898. Certains se prenaient à penser aux cent ans du journal, en 1998… De ces quatre ans de vie, La Suisse aura été privée. La faute sans doute à la concurrence effrénée et impitoyable, à des stratégies discutées… Regrettable gâchis.

 

Ce 13 mars d’il y a vingt ans, une dernière page s’est tournée dans l’histoire de notre cité. Un journal a disparu. Illusions perdues… dur, dur, le monde de l’imprimerie, de la presse et de l’édition. « Les journaux sont imprimés, les ouvriers sont déprimés… » Une chanson fait toujours du bien ! 

06/03/2014

Printemps genevois

Après une journée paisible consacrée à la mise au point du texte de la traduction en français d’un livre pour un éditeur de la place, le bureau ensoleillé encombré d’une pile de livres, d’une grammaire et, bien entendu, de l’ordinateur très réactif, je décide de descendre dans les Rues-Basses, histoire de boire une bière en lisant le dernier bouquin de Jean-Claude Guillebaud, sur lequel je reviendrai.

 

La fin de journée est douce. Le printemps arrive. J’avais déjà observé, le jour précédent, une intense activité sur les routes du secteur de l’aéroport, Salon international de l’auto oblige. Ce jeudi, la circulation me paraît plus intense. Naguère, l’ouverture du salon était marquée par la première apparition du jet d’eau. Rituel dépassé, les touristes peuvent l’admirer en toute saison.

La circulation, ce jeudi soir, est plus intense. Les motos se faufilent, les transports publics font de leur mieux. Une mamie s’agite à son volant, désignant d’un geste fâché la voiture qui lui barre la route, changeant de file. Mais tout semble rester bon enfant.

Le Salon de l’auto est ouvert. Il est promesse de merveilles de la technologie, l’esquisse du nouvel âge de la voiture. Je ne fais pas partie des « bagnolâtres », mais je suis épaté. On nous promet un nouvel élan de la vente de voitures. Nos voisins de Franche-Comté et du Doubs, meurtris par la fermeture d’unités de production, ne s’en plaindront pas.

 

C’est le printemps de Genève. Un des plus grands salons de l’automobile du monde. Des visiteurs par milliers qui, après avoir admiré les belles mécaniques (électroniques), descendent dans notre ville. C’est la douceur de la nostalgie chère aux Genevoises et aux Genevois. Avec la douceur du soleil, à peine effleurée par une bise légère. Nous sommes à Genève.

03/03/2014

Non-cumul des mandats : l’exemple zurichois

Après avoir posté « Ils cumulent, mais où sont-ils ? » sur mon blog (http://citoyengenet.blog.tdg.ch/archive/2014/03/03/ils-cumulent-mais-ou-sont-ils-253635.html), le temps d’une petite descente dans les Rues-Basses, je reviens à la maison. La radio de notre Suisse romande diffuse une entrevue avec le conseiller national zurichois Filippo Leutenegger, en ce premier jour de la session de printemps des Chambres fédérales. Leutenegger vient d’être élu à l’exécutif de la ville de Zurich et, même s’il a perdu l’élection à la présidence de la ville, il annonce qu’il ne cumulera pas les mandats : il renonce à son mandat de parlementaire fédéral.

 

Journaliste, fondateur et animateur de l’émission politique « Arena » de la télévision alémanique, ce radical atypique (comme on l’a présenté), élu conseiller national en 2003, veut se consacrer entièrement au mandat que les électeurs de la première ville de Suisse viennent de lui confier. L’homme est expérimenté. Sans doute aurait-il pu assumer la charge de conseiller national et celle de magistrat municipal. Il a choisi le mandat que ses concitoyennes et concitoyens viennent de lui confier.

Il a sans doute fait le bon choix, fruit d’une expérience et d’une maturité qui ne sont plus à démontrer. Non-cumul des mandats, l’exemple vient-il de Zurich ?