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30/01/2014

Appeler une chose par son nom

Il est de bon ton, dans la presse de Suisse romande, de donner à nos politiques des titres qui ne sont pas les leurs. J’ai sous les yeux un excellent papier publié par la Tribune de Genève consacré à une rencontre de trois jours de parlementaires français avec des élus suisses, dans le cadre du Forum de Davos. La délégation était emmenée par Claudine Schmid, représentante des Français de l’étranger pour la circonscription dont fait notamment partie la Suisse. L’article mentionne les noms de députés à l’Assemblée nationale et cite, parmi la délégation helvétique, « la sénatrice Anne Seydoux (PDC/JU) ». J’ai dû relire la phrase… Sénatrice du Jura français ? Non, Mme Seydoux est conseillère aux Etats du canton du Jura, en Suisse ! Vous me direz, et vous n’avez sans doute pas tort, que la fonction est équivalente.

 

Toutefois, à y regarder de plus près, les compétences du Sénat qui se réunit aux Palais du Luxembourg ne sont pas les mêmes que celles du Conseil des Etats, notre Chambre haute où siègent deux représentants par canton confédéré. Pour faire court, le Sénat français a moins de pouvoirs que l’Assemblée nationale, en ce sens qu’il ne peut pas renverser le gouvernement par la procédure de la motion de censure. Si l’Assemblée nationale refuse un texte, le gouvernement tombe ; si le Sénat est en désaccord avec le gouvernement, celui-ci reste. S’engagent alors des procédures parlementaires qui peuvent être relativement longues.

On l’a compris, il n’en est pas de même entre les deux Chambres de notre Assemblée fédérale. Si leur fonctionnement interne est différent, leurs pouvoirs sont identiques. Un conseiller aux Etats a donc les mêmes compétences qu’un conseiller national. N’est-il pas un peu réducteur d’appeler sénateurs les représentants des cantons au Palais fédéral ? On peut penser à une similitude avec le Congrès américain, mais, là non plus, les pouvoirs du Sénat et de la Chambre des représentants ne sont pas tout à fait identiques.

Admettons-le, sénateur fait mieux que conseiller aux Etats… Vraiment ? Le peuple suisse a accepté une révision de la Constitution fédérale le 18 avril 1999. Les experts qui ont travaillé aux « retouches » constitutionnelles auraient très bien pu adapter le vocabulaire, rebaptiser la Chambre haute Sénat, introduire des ministres pour remplacer les conseillers fédéraux… Ils ne l’ont pas fait.

Dans nos cantons, on préfère ministre des Finances, ou de la Sécurité, à conseiller d’Etat chef du Département des finances, ou de la Sécurité… Même aux Etats-Unis, le gouvernement n’est pas constitué de ministres, mais de secrétaires ! Les Jurassiens, à l’heure de l’autonomie cantonale, dans les années 1970, ont été conséquents. Proches de la France, ils ont donné le titre de ministres à leurs magistrats et la Constitution appelle Gouvernement leur exécutif cantonal. Mais on lit toujours sur les plaques des bâtiments des « ministères » l’intitulé « Département ». On reste Suisses !

Petit détour dans nos communes. Allez à Lausanne et donnez du « Monsieur le maire » à l’hôte de la Palud… Surtout pas ! Le titre de syndic va si bien à Daniel Brélaz, ne l’en privons pas ! Un Vaudois (jeune), me disait : « Maire, ça fait français… » Ajoutons : et genevois, et jurassien… Entre amis, nous parlions de la fusion de communes en Valais. Ma voisine du Haut-Plateau s’exclame : « Pas possible, ils veulent tous être le président ! » Il est des usages qu’il faut respecter. Ils sont la respiration d’un peuple.

Je vous recommande un bel ouvrage, le Dictionnaire suisse romand, publié par les Editions Zoé en 1997. Il recense des particularités lexicales romandes, autrement dit des termes bien de chez nous. Des termes civiques, par exemple assemblée primaire… combourgeois… conseil administratif… conseiller ou conseillère aux Etats… Grand Conseil… syndicature… Plus de 800 pages de découvertes, pour appeler les gens et les choses par leur nom !

Des termes savoureux, aussi : « Je viens de couper le pain, il est tout frais. Qui veut le crotchon ? » C’était l’entame du pain (voire du saucisson !) pour vous mettre en appétit.

 

 

26/01/2014

Oui, Stan pouvait gagner !

SANY0017.JPGDimanche 26 janvier 2014, début de matinée sur France-Info : « Le Suisse Wawrinka ne peut pas gagner contre Nadal… » Le ton du journaliste était définitif, sans appel. Il savait et il avait déjà fait le match.

 

Le match fut haletant, un de ces grands moments de tennis qui tient en haleine tout un peuple, et davantage encore. Le départ en conquérant du Vaudois, les premières grimaces de Nadal, le soigneur et de longues minutes au vestiaire. « Il faudra bien qu’on nous explique », se hasarde le commentateur du journal de la télévision romande au 12:45. Un sursaut du Majorquin, une déstabilisation momentanée de Stan et, enfin, le quatrième set. Il l’a fait ! Ovation prolongée.

Et pourquoi Wawrinka ne pouvait-il pas gagner ? Les commentateurs parisiens devront cesser leur petit jeu de décideurs du sport. Marre de cette arrogance hexagonale, de ce mépris du pays voisin et ami, de cette suffisance. Avec ma femme, nous faisons partie de ceux qui le suivent et qui pensaient qu’il pouvait gagner. Pas parce qu’il est Suisse, mais parce qu’il a fait un véritable travail d’Helvète sur lui-même depuis une année. J’ai suivi les compétitions de Melbourne 2014 ; j’ai vu son parcours et de quelle manière il a éliminé les meilleurs. Il est rare que le sport m’émeuve, mais, ce matin, Stan m’a ému. Son jeu était sublime, malgré les accrocs du crazy match. J’ai partagé la joie de sa famille, de ses entraîneurs, la joie de milliers de fans. J’ai partagé les larmes du vainqueur, humble, égal à lui-même. « Je ne sais pas si je rêve… je verrai demain matin », dit-il, l’émotion à peine contenue, avant de brandir le trophée si mérité.

 

Les radios françaises peuvent baisser le son et cesser de faire la loi avant le jeu. Henri Leconte, lui, l’ancienne gloire du tennis de France, a vu juste : « Wawrinka peut gagner ! » Il a gagné. Bravo le Vaudois ! Merci Stan !

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20/01/2014

20 janvier 2017

Dans trois ans exactement, à l’heure où j’écris ces lignes, les Etats-Unis auront un nouveau président. Barak Hussein Obama aura remis les clefs de la Maison-Blanche à son successeur, qui rejoindra le Capitole pour prêter serment, à midi heure locale, devant les corps constitués et une foule venue de tout le pays. Ce 20 janvier 2017 marquera l’inauguration du mandat du président que les Américains auront élu en novembre de l’année précédente.

Personne n’a oublié l’épidémie d’« obamania » qui avait frappé le monde, et la presse singulièrement, quand les démocrates ont choisi le jeune sénateur de l’Illinois comme candidat à la présidence en 2008. Tous les superlatifs y sont passés. Il est vrai qu’une campagne électorale se joue à coups de millions de dollars pour « vendre un président » dans le grand jeu de la surenchère d’une élection américaine au suffrage universel.

Obama arrivait après les années difficiles inaugurées par les attentats du 11 septembre 2001 et après une crise financière et bancaire désastreuse. Il promettait une réforme de l’assurance maladie, laquelle ne fait pas l’unanimité aujourd’hui. Sur le plan diplomatique, force est de constater la minceur du bilan, et il reste encore à démontrer pour quelles raisons le prix Nobel de la paix lui a été attribué, quelques mois seulement après son installation à la Maison-Blanche. D’autres présidents ont reçu cette distinction, mais après services rendus : Théodore Roosevelt en 1906, Woodrow Wilson, le père de la Société des Nations, en 1919 ; Jimmy Carter sera récompensé en 2002 ‒ vingt-deux ans après avoir quitté le pouvoir ! ‒ pour son action incessante en faveur des droits de l’homme, du développement économique et social dans le monde et, il est permis de le penser, pour le premier traité de paix entre Israël et un pays arabe, les accords de Camp David, signés en 1978 par le premier ministre israélien Menahem Begin et le président égyptien Anouar el-Sadate.

Alors, dans trois ans, quel nouveau président prêtera serment sur la Bible ? Un démocrate ? Un républicain ? Un homme ? Une femme ? Un Latino-américain ? Ce n’est pas encore l’heure des paris. Des revenants des précédentes campagnes en rêvent, mais l’Amérique a changé. La politique nord-américaine, et plus qu’ailleurs sans aucun doute, réserve souvent des surprises qui bouleversent l’échiquier. Jimmy Carter, quatre ans gouverneur d’un Etat du Sud, était Jimmy Who ? au tout début de l’année 1976, avant d’être élu de justesse au mois de novembre…

Cet automne auront lieu les élections de mi-mandat, qui « lanceront » les deux dernières années de la présidence Obama. La période dite du « canard boiteux » (lame duck). Par ce qualificatif peu élégant, les Américains désignent un président en fin de mandat parce qu’il ne peut pas se représenter. Ces élections sont généralement difficiles pour le parti au pouvoir. En 1978, une forte poussée des républicains au Congrès de Washington annonçait le raz de marée en faveur de Ronald Reagan deux ans plus tard.

Il faudra reparler de ces élections de 2016. Elles promettent une course haletante et une empoignade peut-être sans précédent dans chacun des deux grands partis au cours de ces fameuses élections primaires américaines, que nos voisins français tentent avec mille difficultés de mettre sur pied chez eux, mais non sans trébucher… Copier les méthodes d’ailleurs n’est sans doute pas la meilleure recette pour gagner.

 

Le film de la campagne d’Amérique commence. A suivre.