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21/11/2013

JFK

JFK.jpgTrois lettres. Le visage et l’image. Le choc et le mythe.

 

Trois lettres pour identifier un homme. Quand vous lisez JFK, vous pensez spontanément à ce président qui a marqué un tournant de l’histoire de son pays, mais pas seulement. Rares sont les politiques que tout le monde identifie à partir de leurs initiales. Il y avait eu FDR, pour Franklin Roosevelt. En France, on connaît PMF pour Mendès, ou JJSS pour le fondateur de L’Express, peut-être VGE… Mais qui parle de FH ? de GP ? de LNB ? Ils furent pourtant présidents. J’oublie, en terres vaudoises, JPD…

John Fitzgerald Kennedy, un visage. Le charme du renouveau (on parle aujourd’hui de charisme), le dynamisme de la jeunesse. « Le flambeau est passé entre les mains d’une nouvelle génération d’Américains, nés dans le siècle présent… » dira-t-il dans son discours d’investiture du 20 janvier 1961. La présidence a un nouveau visage et une nouvelle First Lady, toute d’élégance aux origines françaises. La Maison-Blanche est transformée, les artistes, écrivains et musiciens y ont leurs entrées. La visite d’André Malraux, venu accompagner « La Joconde » aux Etats-Unis, ça ne s’oublie pas !

JFK, c’est aussi une équipe profondément renouvelée autour du jeune président. On a dit de ces hommes enthousiastes qu’ils étaient les plus intelligents. Vraiment ? Disons brillants, dans tous les sens du terme. En tous les cas, un bol d’air rafraîchissant souffle à Washington dans les arcanes du pouvoir, même si l’histoire nous apprendra des choses pas très raffinées sur la conduite du gouvernement. Certains présidents qui ont suivi n’ont rien inventé… Mais l’image était sauve.

22 novembre 1963, après mille et quelques jours de pouvoir, le choc. JFK est blessé à mort à Dallas. Chacun, même ici, en Europe, à Genève, raconte son histoire : « J’étais à tel endroit quand j’ai appris la nouvelle… » Même les plus jeunes, qui n’ont gardé de cette journée que des bribes de souvenirs… Mais, c’est vrai, ce fut le choc. Cinquante ans après, personne n’a oublié. Tout a été écrit, mais nous n’en savons guère plus sur les dessous du drame.

JFK, le mythe ? En écrivant ces lignes, je n’ai aucune tentation iconoclaste. Comme tous les collégiens de ma génération, j’ai aimé Kennedy, j’ai admiré son courage et sa détermination, notamment en politique étrangère (comment oublier « Ich bin ein Berliner » ?), j’ai été fasciné quand il a lancé le vaste programme spatial qui conduira l’homme sur la lune. Un mythe se construit avec le temps. Il allie faits réels transformés par le temps, mais que le temps peut aussi écorner, à des images et des représentations que nous nous en faisons. C’est le cas pour l’ère Kennedy. En la matière, nous devons beaucoup au travail des historiens.

André Kaspi, professeur émérite d’histoire nord-américaine à la Sorbonne, et l’historienne Hélène Harter viennent de publier Les présidents américains. De Washington à Obama, dans la collection Texto des Editions Tallandier. Les deux auteurs nous retracent avec talent l’histoire de la présidence des Etats-Unis, son fonctionnement, son système électoral, les hommes qui l’ont illustrée.

L’ouvrage dépasse le factuel et il est à recommander à tout amateur d’histoire politique nord-américaine. Il est divisé en trois parties : 1. « Les présidents fondateurs », à partir de George Washington, avec la mise en place du système démocratique du fédéralisme américain ; 2. « Les présidents rénovateurs », Lincoln, Theodore Roosevelt, Wilson, Franklin Roosevelt, parmi les plus marquants ; 3. « Les présidents des temps médiatiques », de 1960 avec JFK jusqu’à nos jours.

JFK, le premier président qui a su jouer de la télévision. Pour la première fois de l’histoire des campagnes présidentielles, les deux candidats en lice s’affronteront à la télévision. JFK « gagne » sur le petit écran, Richard Nixon a les faveurs des auditeurs de la radio. Contraste tout de noir et blanc entre l’image et le contenu ? Nixon plus convaincant dans le propos, JFK plus séduisant, reconnaîtront de nombreux commentateurs. Elu, JFK organisera des conférences de presse régulières, il s’adressera au pays dans des discours mémorables (crise de Cuba, 1962). Il s’adjoindra les services d’un homme de presse, Pierre Salinger, en qualité de porte-parole.

La bonne communication passe aussi par l’humour et JFK fut artiste en la matière. Ses discours étaient ciselés (l’excellent Arthur Schlesinger n’y était pas pour rien). Mais la présidence Kennedy fut courte et il est difficile de l’évaluer à sa juste valeur. Si les Américains aiment classer leurs présidents, Kaspi et Harter nous mettent en garde contre cet exercice, qui ne tient pas compte des temps et des circonstances : « Ces classements démontrent à l’envi qu’on nage dans les incertitudes, les à-peu-près, les repentirs. Rien de très solide. Sauf peut-être la confirmation que la société américaine repose sur la compétition, sur la recherche du meilleur, sur l’individualisme également, sur la parole des experts. »

JFK, le visage et l’image. Le choc et le mythe ? En tous les cas, ce premier président moderne de l’histoire américaine était un homme lucide, et sans doute lucide sur lui-même et les limites du pouvoir. Sa fin tragique souligne la fragilité de l’expérience humaine. Il a prononcé ces mots dans un discours, de sa voix claire et vive : « Le vrai politique, c’est celui qui sait garder son idéal tout en perdant ses illusions. » JFK, une leçon d’histoire, un grand politique !

 

 

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