11 9 1950 citoyen jmg

31/10/2013

La machine à remonter le temps

On entend ici et là que le magnat de l’horlogerie Jean-Claude Biver est intéressé par le journal Le Temps, sinon à une participation au capital. Le flamboyant patron a fait cette déclaration sur une chaîne de télévision, média où il sait briller. Le Temps est probablement la prochaine victime de la « guerre des journaux », et c’est bien regrettable.

Regrettable pour ses lecteurs et lectrices, qui ont su apprécier la qualité de ce journal. Pour ma part, j’y ai particulièrement savouré la page des chroniques consacrées à l’histoire des idées, à la politique et aux problèmes de société en général. Cette lecture a souvent accompagné mon café de la pause de la mi-journée.

 Mais regrettable ‒ et tragique ! ‒ pour les personnes qui, jour après jour, ont uni leurs talents pour nous offrir ces pages de qualité. Aussi est-il nécessaire que ce journal survive. Alors, tant mieux si Le Temps peut être « sauvé » ! Mais l’arrivée du talentueux horloger serait-elle une garantie pour un organe de presse ? Biver nous émeut. Il parle de « choix du cœur », d’« amour d’une région ». J’aurais préféré entendre « amour de la presse », « qualité de l’écrit et de l’information ». Mais les temps sont durs et toute perspective de sortie d’une situation difficile est à saluer, surtout pour un journal.

 Et si Jean-Claude Biver, le grand horloger, était la machine à remonter Le Temps ? A la bonne heure !

30/10/2013

Chienlit délibérative

Conseil municipal de la Ville de Genève, quand les esprits s'échauffent… Scène pitoyable, ce mercredi soir à 22 heures, en troisième débat sur la modification du règlement du Conseil municipal portant sur la suppression de la commission des naturalisations, quand un conseiller du Mouvement citoyens genevois se lance dans une diatribe honteuse, apostrophant de la manière la plus vulgaire et irrespectueuse des collègues des bancs d'en face. En Mai 68, de Gaulle parlait de la chienlit dans la rue... Assistons-nous, à Genève, en 2013, à la chienlit délibérative? Ou au grand carnaval?

 

29/10/2013

Notre quinquennat à nous

Une dizaine de jours en France durant ce mois d’octobre nous ont replongés dans les tourments d’un pays bien agité : la Bretagne, Leonarda, les assauts contre l’écotaxe, la valse des impôts, Brignoles et l’élection d’un conseiller général Front national, la décision du Conseil constitutionnel sur la clause de conscience des maires au sujet du mariage pour tous, autant de poussées de fièvre qui troublent profondément un grand corps social et politique malade… Et je ne parlerai pas ici des restructurations qui se dessinent dans la presse magazine nationale ni des inquiétudes du personnel technique et rédactionnel du journal Nice-Matin face à son avenir, mis à mal par les papivores qui se partagent les parts du magot.

C’est dire que notre retour en Helvétie fut paisible. Nous avons retrouvé une campagne électorale genevoise que les amateurs de « coups » qualifient de terne et plate, sans perspective. Peut-être n’ont-ils pas tort. L’autre dimanche après-midi, sur une terrasse niçoise, des amis s’intéressaient à la politique suisse. La regardaient-ils avec envie ? Avec intérêt, à coup sûr !

Morne, la campagne électorale genevoise ? Elle est celle d’un canton qui s’enflamme vite mais qui ne vit pas trop mal. Elle est celle d’un système politique fait d’équilibres et de représentation proportionnelle. Elle est, surtout, à l’image de son personnel politique. A Genève, on parle beaucoup, on débat parfois mal, mais le peuple souverain décide.

A notre bout du lac, la campagne électorale est calme. Les meetings enflammés appartiennent au passé. Ici, pas de banquets républicains, sinon une fondue helvétique pour rassembler les militants. Quelques stands avec une goutte de café pour réchauffer le passant, mais les citoyens ne s’y bousculent pas. Il est vrai que les réseaux sociaux remplacent avantageusement les « vieilles » méthodes de campagne, et nos candidats et candidates l’ont compris. Le citoyen participe, questionne ; mécontent, il « remonte les bretelles » ; partisan, il encourage !

Lundi soir, notre télévision romande organisait un débat avant le second tour de l’élection au Conseil d’Etat. La liste des prétendants a fondu : vingt-neuf au départ, onze aujourd’hui. Ils seront sept heureux élus à l’arrivée, dimanche soir 10 novembre… Le propos de cette note n’est pas d’analyser la performance des uns et des autres, ni de désigner un vainqueur. Ce serait peine perdue, d’autant que les sondages après les débats électoraux en France (à part peut-être le fameux « vous n’avez pas le monopole du cœur » de Giscard à Mitterrand), en Allemagne ou aux Etats-Unis sont partagés à parts égales.

Mais l’élection du gouvernement genevois, en 2013, a un caractère particulier. Pour la première fois, le Conseil d’Etat élu désignera son président pour la durée de la législature, soit cinq ans. Notre quinquennat à nous. Or, élire un président pour cinq ans pose d’autres exigences que pour un tournus annuel entre magistrats. Pour cinq ans, il faut un président qui sort du lot, une tête, un homme de caractère, animé par une vision.

Si le débat télévisé de lundi soir devait dégager un profil présidentiel, il est vite trouvé. C’est le dernier arrivé et le plus jeune de nos magistrats en place, Pierre Maudet. Plusieurs l’ont fait remarquer, notre jeune conseiller d’Etat s’est distingué ce soir-là. On le voit et on le sent, son visage est tendu vers le résultat. Il dépasse ses concurrents d’une tête, en hauteur et en longueur. Il est jeune, il voit loin, il ira vite.

A la télévision, l’un de ses concurrents, habituellement si féroce dans les débats parlementaires, reconnaissait une évolution positive dans la politique de sécurité depuis l’arrivée de Pierre Maudet (sans doute avait-il une raison pour paraître consensuel).

La question du redécoupage nécessaire des départements du Conseil d’Etat se posera de facto, avec la création d’un département présidentiel, ce qui n’empêchera nullement le magistrat en charge de diriger un autre « ministère ». Un quinquennat Maudet offre une perspective intéressante pour Genève, le président étant, par définition et compte tenu de l’expérience des cantons qui ont un président élu pour la durée de la législature, le responsable des relations extérieures et la carte de visite de son canton. En son temps, Guy-Olivier Segond avait parlé d’un gouverneur pour Genève. En 2013, nous aurons un président.

 

Non, la campagne électorale n’est pas morne. Elle est à la mesure de la nouvelle donne de cette élection : un gouvernement élu en deux tours et un président pour cinq ans. Rendez-vous à la prochaine élection. Je la vois déjà passionnante !