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02/09/2013

« Françaises, Français, attendons le vote des Américains ! »

Effet d’une prochaine lune noire (?), j’ai fait cette nuit un cauchemar. Pourtant, la voix m’était familière, voix aimée et respectée. La radio renvoyait un son grésillant, sourd, hésitant, mais le message sonnait clairement : « Françaises, Français, j’ai pris mes résolutions, nous attendrons le vote du Congrès américain avant de nous engager dans cette aventure syrienne. » Je me réveille, en sueur, mais je ne suis pas sûr d’avoir rêvé.

 

Quelques heures plus tard, j’écoute les radios sous ma douche et je lis les journaux, version papier ou électronique. Il s’était produit, dans mon rêve et par une alchimie inexplicable, une fusion troublante entre la voix de la Résistance et celle du manque de dignité. Entre une voix forte, celle de l’honneur et de l’indépendance, et l’aplatissement devant les apparemment plus forts et les errements de l’aventure qu’il implique.

J’écoute et je lis les commentateurs. Je mesure la distance abyssable qui sépare la voix de la France (de 1940 jusqu’à l’aube des années 1970) et celle du président tout à fait dans la normalité de ce début de XXIe siècle, lequel doute de tout et ne sait plus rien, postmodernité oblige, ce président qui s’est engagé devant les médias, a donné l’illusion du courage et de la détermination, et qui se retrouve seul, parce que l’allié fidèle d’outre-Atlantique a fait faux bond. Allié ? Non, maître absolu de l’univers, dictant sa loi (pax ?) et impitoyable. Le président de la France s’était engagé, alors que ses compatriotes l’attendent sur un autre terrain, le terrain social, celui où vit le peuple qui l’a élu. Or, ce matin, un dessin de presse montre le président sur son pédalo. Il jette un regard derrière lui, regard sombre et perdu, et demande : « Où sont les Américains ? »

Il a voulu suivre les Américains, comme ça, sans garantie, acte de foi méritoire mais sans contenu. Les Américains ont aujourd’hui leurs règles. Elles sont catégoriques. Depuis l’aventure du Vietnam, difficile pour le chef de l’exécutif d’engager les troupes sans l’aval du Congrès. En France, la Constitution n’impose pas le vote des parlementaires avant une aventure militaire. Nombreux cependant sont les politiques qui demandent un vote après le débat à la Chambre « sans vote » prévu ces prochains jours. Cette nuance a peut-être échappé à l’œil de l’Elysée. Qu’il écoute alors la voix des députés et la rumeur du peuple qui, à en croire les sondages, est opposé aux deux tiers à une aventure syrienne !

Dur réveil, ce matin de septembre. La France ne sait plus où elle va, à quel saint (?) se vouer. Outre l’aventure militaire occidentale, gouffre de douleurs et garantie de déstabilisation pour l’Orient à nos portes, a-t-elle mesuré les risques pour elle-même ? Car la Syrie est une pétaudière. Il n’est pas question bien sûr d’avoir la moindre indulgence pour un dictateur (le mot n’est-il finalement pas trop gentil en l’espèce ?), mais faut-il frapper à l’aveugle ? Sans voir les périls qui guettent la Syrie et menacent l’Occident ?

 

 

 

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