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28/08/2013

A Brégançon : « Je me suis baigné, bruni et étourdi en bateau… »

Au plus chaud de l’été, le quotidien régional Nice-Matin lançait un pavé dans la Grande Bleue : l’Etat pourrait vendre le fort de Brégançon, résidence de vacances du président de la République depuis 1968. Son entretien coûte trop cher dans ces temps d’une austérité dont personne ne veut parler mais que tout le monde constate. L’entretien du lieu serait trop coûteux et il convient de ne pas oublier que nous sommes en république et que les fastes du roi appartiennent au passé. Une petite comparaison permet toutefois de relativiser les coûts. L’entretien annuel de Brégançon reviendrait à 226 150 euros, selon les chiffres de Nice-Matin, alors que 1,2 million d’euros sont consacrés à l’entretien du château de Rambouillet, à la différence que ce dernier n’est plus résidence présidentielle mais monument historique.

 

Situé à la pointe du hameau de Cabasson, sur le territoire de Bormes-les-Mimosas, l’îlot, haut de 35 mètres (Brégançon veut dire « haut et élevé »), représente deux mille ans d’histoire. Il fut conquis par les Grecs en 400 avant Jésus-Christ. Deux siècles auparavant, ils avaient fondé Marseille. L’îlot fut comptoir pour le commerce avec les Ligures. Le fort, lui, fut construit au XIe siècle de notre ère. Repère de pirates, il fut propriété des seigneurs de Bormes. En 1483, le fort sera rattaché au royaume de France.

Le 25 août 1964, Charles de Gaulle préside à Toulon les cérémonies marquant le vingtième anniversaire du débarquement allié. En toute hâte, on aménage une chambre pour le grand homme venu coucher au fort. Il y dormit mal, le lit était trop petit et les moustiques désagréables. Mais, le 5 janvier 1968, un arrêté fait de Brégançon une résidence officielle du président de la République. Au gré des couples présidentiels, la fortune du fort de Brégançon fut variée. Les Giscard l’adoptent, Madame y fera quelques aménagements et installera des fauteuils de paille. Mitterrand préférera Latche, dans les Landes, pour se reposer avec Danielle. On se souvient de la photo publiée par les gazettes qui montre Jacques Chirac dégustant une bière assis à une fenêtre du fort. On a dit qu’il s’y ennuyait. Mais son épouse aime le lieu. Elle assiste à la messe du dimanche à l’église de Bormes-les-Mimosas. Il arrive que son époux l’accompagne. Avec Nicolas Sarkozy, moins de chance pour l’auguste fort. La famille de Carla possède une superbe résidence pas loin, au cap Nègre, sur le territoire de la commune du Lavandou. Le lieu est sans doute plus intime. Avec Valérie Trierweiler, la compagne du président normal François Hollande, pas de coup de foudre pour la demeure au bord de la Méditerranée.

Georges-Pompidou-en-1969.jpgMais un couple manque dans cette énumération, Georges et Claude Pompidou. Il est vrai qu’ils aiment le Midi (Georges ne fut-il pas jeune professeur de français, latin, grec à Marseille ?). Ils viennent souvent à Brégançon. Ils transforment la demeure du XVIe siècle, comme ils ont bouleversé les appartements de l’Elysée. La touche de l’art moderne : fauteuils en cuir blanc, tables en plexiglas, sculptures abstraites. Les Pompidou adoreront le lieu, été comme hiver.

A son ami et condisciple d’études Robert Pujol, Georges Pompidou écrit ces lignes en date du 22 août 1972 : « J’avais bien pensé à te dire de faire un saut jusqu’à Brégançon mais j’ai jugé que cela ne te plairait guère. La maison et le site sont superbes et l’on est aux premières loges pour voir la mer et profiter du mistral ! Quant à moi je me suis baigné, bruni et étourdi en bateau. Mais nous ne sommes jamais seuls. La maison serait sinistre vu sa taille et comme Alain et sa femme détestent le Midi, nous avons en permanence des invités au milieu desquels, te connaissant, j’imagine que tu te serais replié sur toi-même. Le vrai moyen de nous revoir est que tu fasses une fois un saut à Paris et qu’on puisse passer un « week-end » en famille à Orvilliers. (Georges Pompidou. Lettres, notes et portraits/1928-1974, Robert Laffont, 2012.)

Que faire alors du fort de Brégançon ? Nice-Matin organise un sondage : le louer ? le vendre ? en faire le nouveau Fort Boyard ? le garder tel quel ? lui trouver d’autres utilités au service de l’Etat ? Pour ma part, je répondrais volontiers : « l’utiliser plus souvent ». Un rapport de la Cour des comptes publié en 2008 faisait état du « coût de gestion élevé de demeures présidentielles sous-utilisées ». C’est lumineux : Monsieur le Président, la République met à votre disposition un endroit idyllique, pourquoi ne pas vous y rendre plus souvent ? Vous détendre, réfléchir (méditer ?), travailler, écrire face à la Grande Bleue, dans un fort les pieds dans l’eau, bordé d’une superbe plage de sable… le rêve !

 

 

 

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