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04/08/2013

Le professeur Jean-Marc Daumas est décédé

Une bien triste nouvelle nous est parvenue sur notre lieu de vacances : notre grand ami Jean-Marc Daumas est décédé et un dernier hommage lui était rendu lundi 29 juillet 2013, au temple de Marsillargues, dans l’Hérault. Notre chagrin fut grand, à la mesure du lien amical et fraternel qui nous unissait à cette personnalité cévenole originale, vrai parpaillot, de cette race de protestants du Midi truculents, pleins d’humour, facétieux, héritiers d’une histoire faite de résistances et de convictions.

Daumas fut professeur d’histoire de l’Eglise à la Faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence (aujourd’hui Faculté Jean Calvin) depuis sa fondation, en 1974. Il y a également enseigné l’hébreu biblique, de même qu’au Séminaire Saint-Luc de la même ville. Il fut membre de l’Académie des arts, sciences, agriculture et belles lettres d’Aix. Et, pour couronner le tout, il était chevalier de l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem.

La plume de Jean-Marc Daumas était vive, enjouée tout comme l’homme. Nombreuses furent ses contributions à plusieurs publications, notamment à La Revue réformée. Mais notre ami était aussi écrivain. Il est l’auteur de Marsillargues en Languedoc. Fief de Guillaume de Nogaret, « Petite Genève ». Le temps ne lui pas été donné pour qu’il puisse nous livrer d’autres récits de cette histoire de France qui était sa vie.

En guise d’hommage, un de ses anciens étudiants a écrit que Jean-Marc Daumas, c’était « l’histoire de France par le rire ». Le propos n’est pas incongru, même dans ces jours de tristesse, car le protestant Daumas, théologien, pastejm daumas.jpgur, historien, auteur, était l’incarnation d’un humour vif, piquant, entraînant. Il parlait cette langue savoureuse du Midi. Intellectuel au sens vrai du terme, il ne se prenait pas au sérieux. Sa conversation était riche car elle enrichissait.

Jean-Marc Daumas ne frappait pas par la prestance physique, il était petit de taille, mais quand on l’avait vu une fois, on ne l’oubliait jamais. Ah non ! J’avais lu Daumas dans quelques revues auxquelles j’étais abonné ; j’ai fait sa connaissance dans la semaine qui a suivi Pâques de l’année 1986, lors d’un séminaire dans une abbaye de la région de Dijon. Quel homme ! De la chaleur, l’étreinte fraternelle, le regard direct, la voix claire et joyeuse. Un détail : le nœud papillon et la croix huguenote, ce symbole du protestantisme français, qu’il arborait sans ostentation, mais en guise de témoignage rendu aux ancêtres qui ont marqué de leur empreinte, de leur larmes et de leur sang cette page héroïque et combien tragique de l’histoire de France.

Le courant est passé, le feeling (le lettré français me pardonnerait cet emprunt au langage du siècle). Nous nous sommes revus régulièrement, à Dijon, à Aix-en-Provence, dans le canton de Vaud, à Genève. Inoubliable soirée dans une chapelle historique du XIXe siècle de notre Vieille-Ville, où l’orateur, que j’avais eu l’honneur et le plaisir d’introduire, nous a entraîné avec passion sur les traces de quelques hommes qui ont marqué le Réveil genevois.

Le professeur Daumas aimait ses étudiants. Eux l’adoraient. Il pouvait parler sans fin avec un jeune en quête de savoir sur un domaine de son enseignement. Mais la nuit avait une fin. Inoubliables moments de franche amitié, quand j’embarquais dans ma voiture notre professeur et une bande de joyeux étudiants. Petite escapade : nous délaissions l’abbaye bourguignonne de nos conférences pour aller boire une bière en ville de Dijon. Là est peut-être né un de ses surnoms : Daumas Taquin.

Autres moments inoubliables, quand, autour d’une bonne table provençale, nous partagions, ma femme et moi, un repas dans la belle ville d’Aix-en-Provence. Nous nous réservions ces moments, après être passés chez lui. J’ai un regret : ne pas avoir photographié sa bibliothèque. Il m’avait prêté un livre. Je n’ai pas eu le temps de le lui rendre. Je le conserverai précieusement. Avec Jean-Marc Daumas, l’histoire de France était « revisitée » : les rois (il les aimait, je préfère la république), 1789 et l’esprit révolutionnaire, François Guizot.

Il y a quelques années était diagnostiquée la maladie qui a emporté le professeur Daumas. Il s’est retiré à Marsillargues. Il est parti à l’âge de 60 ans, mais, jusqu’au bout, il a conservé sa lucidité. Le Midi libre du 2 août rapporte que notre ami adorait « discuter des heures avec les jeunes ou moins jeunes Marsillarguois devant le marchand de kebab, le temple ou encore l’église ».

 

Jean-Marc Daumas laisse une empreinte inoubliable, par sa chaleur communicative, son enseignement, ses conférences, ses écrits. Je suis reconnaissant de l’avoir rencontré. Inoubliable.

(Photo Vincent Bru.)

Commentaires

Merci beaucoup pour ce témoignage J'y reconnais bien là mon vieil ami, mon meilleur ami, pour tout dire. Et quel ami ! Pour moi la personnalité protestante la plus attachante que je connaisse. Force de conviction, talent, humour, humanité, générosité. Voici quelques-unes de ses nombreuses qualités qui le faisaient tant apprécier. Nous ne toublierons jamais, Jean-Marc ! Vincent Bru

Écrit par : Vincent | 05/08/2013

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