11 9 1950 citoyen jmg

28/05/2013

Jours de pouvoir

Depuis mon retour d’un séjour récent dans le midi de la France, j’ai sur le coin de mon bureau le dernier livre de Bruno Le Maire, Jours de pouvoir. Bruno Le Maire ? Pour les familiers de la politique de l’Hexagone, cet ancien ministre de l’Agriculture du président Nicolas Sarkozy est une figure éminente de l’opposition au gouvernement actuel. Une étoile montante de la droite. Un homme élégant, tout en finesse, le langage clair et intelligent, le regard limpide.

BRUNO LE MAIRE.JPG

Bruno Le Maire parle aisément l’allemand, outre l’anglais et l’italien, un atout dans les négociations internationales qu’il a menées sans répit durant ses années au ministère. Il est prédisposé à remplacer Christine Lagarde à la tête de Bercy, la forteresse de l’Economie et des Finances, quand elle part remplacer DSK à la direction du Fonds monétaire international. Les jeux du pouvoir, des ambitions concurrentes et, sans doute, les pressions exercées sur le président de la République le maintiennent à l’Agriculture.

Jours de pouvoir est sous-titré Récit. Mais le récit n’est pas banal. L’écriture de Le Maire est vive et riche. Il avait déjà écrit Des hommes d’Etat, en 2008. Il nous faisait entrer dans les coulisses de la rivalité entre Dominique de Villepin, alors premier ministre et dont il était précisément le directeur de cabinet, et Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Intérieur, sous le regard d’un Jacques Chirac fatigué. Objectif Elysée 2007. Jours de pouvoir ne ressemble pas à ces livres politiques écrits sans talent ni relief. Il est d’ailleurs publié ‒ excusez du peu ! ‒ aux Editions Gallimard. La typographie dépouillée de la couverture est très « nrf », à la différence de ces ouvrages politiques au titre accrocheur, sans parler de la photo.

Le Récit couvre les années 2010, 2011, 2012. Trois chapitres qui vont de la confirmation du premier ministre Fillon lors du remaniement du 14 novembre 2010 à la semaine qui suit l’élection présidentielle du 7 mai 2012. Le lecteur revit les déplacements du ministre en province à la rencontre du monde agricole et de ses difficultés ; découvre les réunions politiques en petit comité à Paris ; pénètre dans la salle du conseil des ministres à l’Elysée, dont l’ambiance est bien différente que sous les prédécesseurs de Sarkozy ; voyage dans le bureau aménagé pour le président à l’avant de l’Airbus ; partage des semaines folles remplies par les déplacements dans le monde entier, lundi Moscou, mardi Paris, mercredi Lisbonne, jeudi Brasilia, vendredi et samedi Rio de Janeiro, lundi Paris. Ces voyages s’appellent Europe ou préparation du G20. Moment de détente dans l’avion qui ramène le ministre à Paris, l’hôtesse lui demande s’il désire quelque chose. « Un peu de vin… »

Bruno Le Maire a 44 ans. Il n’a pas l’âge des Mémoires. Il nous livre un récit. Mais quel récit ! Sa plume dessine les personnages, le visage des mauvais jours d’un Sarkozy migraineux, l’attention du président à l’égard des enfants qu’on lui présente lors de ses déplacements (pourquoi la presse n’a-t-elle pas relevé ce trait laissé inconnu ?), sa gentillesse ou son agacement à l’égard de ses ministres, sa délicatesse et sa politesse à l’égard des personnes qui l’entourent, ou le servent. J’ai aimé le ton du livre. Un scénario. En lisant le phrasé de la conversation souvent libre du président, vous l’entendez, avec cette pratique si caractéristique de la syntaxe qui le rend sympathique et proche des gens.

Jours de pouvoir. Le récit, 427 pages à lire pour revivre une période de France qui nous est si contemporaine. Des hommes, des femmes, ministres, fonctionnaires et serviteurs de la République, des Françaises et des Français sur la place du marché ; des hommes d’Etat européens, africains, des Amériques, de la Russie, de la Chine ; des crises et leur dénouement. Des moments de lassitude, de fatigue. Un journal en somme, puisque les rencontres et leurs lieux sont datés avec précision. Un exemple, en 2011. « Dimanche 5 juin ‒ Paris. Qui écrit en moi ? Qui fait de la politique ? Où commence la politique et où se termine la littérature ? Pour le moment, je suis incapable de répondre à ces questions. La politique nourrit mon écriture et elle la bride. La littérature tend son miroir à mon action politique et elle la juge. »

 

Bruno Le Maire, un talent, une plume, une intelligence. A lire.

Commentaires

Bruno Le Maire ayant contribué à la disparition de plusieurs centaines de milliers de colonies d'abeilles et à l'arrêt d'activité de 15 000 apiculteurs en France, en accordant, année après année, des autorisations de mise sur le marché aux insecticides néocortinoides (Cruiser et autres), alors que les juridictions françaises avaient interdit ces produits. Pourquoi ? Dès que le Conseil d'Etat annulait un arrêté de Bruno le Maire pour un insecticide nocif, le même Bruno Le Maire (d'ailleurs condamné à 8000 euros d'amende à titre personnel par le Conseil d'Etat) reprenait un arrêté de mise sur les marché pour les mêmes molécules.
Malgré les très belles lettres qu'il a pu m'adressées, Bbruno le Maire reste le pire ministre de l'Agriculture pour les apiculteurs Français.
Francis GRUZELLE
Président du Syndicat d'apiculteurs
L'Abeille Ardéchoise et Drômoise

Écrit par : Francis GRUZELLE | 28/05/2013

Les commentaires sont fermés.