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31/01/2013

Pompidou : l’homme et le talent

L’hommage est signé Claude Krief, rédacteur en chef du Nouvel Observateur, dans une lettre qu’il adresse le 16 juillet 1968 à Georges Pompidou, premier ministre remercié et « mis en réserve de la République » par le général de Gaulle, quelques semaines après la tourmente de Mai 68. Il mérite d’être cité.

 

« Cette lettre vous étonnera sans doute. Ni le journal auquel je collabore, ni moi-même ne vous avons ménagé ces derniers mois, ces dernières années, bien que j’aie toujours tenté, pour ma part, d’être le plus fidèle possible à ce que je pensais être la vérité. Je n’en suis que d’autant plus libre aujourd’hui pour vous dire dans quelle profonde estime j’ai tenu à la fois l’homme Georges Pompidou et son talent, au fil des semaines où j’ai eu à l’observer, même si je n’ai pas partagé ses options politiques. M’en ouvrir avant eût pu paraître hypocrisie ridicule, ou pure flagornerie. Et vous étiez entouré à Matignon de trop de journalistes cireurs de bottes pour que l’idée puisse m’en venir. (…) peut-être qu’au moment où mes confrères, versatiles, ou plutôt attirés fatalement par le pouvoir, risquent, eux aussi, de prendre du champ, cela ne vous laissera pas totalement indifférent. »

Le propos, ici, n’est pas d’apprécier le travail et les méthodes de la presse d’une autre époque, mais de relever l’élégance de Claude Krief. Si la presse n’a pas ménagé le pouvoir gaulliste, Krief s’est honoré en cherchant la voie de l’objectivité et de l’honnêteté intellectuelle. J’apprécie ses mots : « l’homme Georges Pompidou et son talent ». Le politique se révèle à l’épreuve des circonstances et du temps, et le temps est nécessaire pour que les talents se manifestent. Pompidou était homme de la terre de France, calme et solide à la barre. Il puisait son talent dans les humanités grecques et latines, et la poésie était pour lui source d’inspiration. Il a gouverné avec sagesse, équilibre et tolérance.

La lettre de Claude Krief est l’un des documents inédits de Georges Pompidou. Lettres, notes et portraits/1928-1974, publié chez Robert Laffont sous la direction d’Eric Roussel, spécialiste de l’histoire politique contemporaine. Tout lecteur passionné par l’histoire de France (et les hommes de cette histoire !) dévorera une à une et avec le plus grand intérêt les 540 pages de cet ouvrage !

28/01/2013

Pendant six jours, tu feras tous tes achats. Le septième, tu te reposeras

Les Chambres fédérales ont adopté une nouvelle loi, dont la paternité revient au conseiller national genevois Christian Lüscher, aux termes de laquelle les stations-service auront la liberté de vendre une gamme complète d’articles et des produits frais entre 1 heure et 5 heures du matin, ainsi que le dimanche. Une nouvelle brèche est ouverte dans une loi sur le commerce qui n’est pas toujours appliquée avec toute la rigueur voulue et un pas est franchi en direction d’une libéralisation généralisée des horaires pour tous les commerces, le soir et le dimanche. Inacceptable !

 

A tel point inacceptable qu’un référendum a été lancé par l’Alliance pour un dimanche sans travail, qui réunit, outre la gauche politique et les syndicats déjà attendus, des représentants des Eglises (protestantes et catholique), le parti évangélique suisse, la Société suisse de médecine du travail et la Ligue suisse des femmes catholiques. Toutes ces organisations ont jusqu’au 7 avril 2013 pour récolter les 50 000 signatures nécessaires pour l’organisation d’un scrutin populaire.

Des médecins sont engagés dans ce combat, car il y va de la santé du personnel de vente et de l’équilibre des familles, menacé par l’extension du travail nocturne. Les Eglises descendent dans l’arène, car il y va de l’équilibre de la personne humaine et de son épanouissement spirituel.

On prétend, bien sûr, que les temps ont changé, ce qui est l’évidence. On consomme autrement, d’accord. Mais je constate aussi que l’on travaille autrement ! Les horaires sont flexibles (en particulier dans notre Cité genevoise). Autour d’un pivot central d’heures, la journée peut commencer plus tard et se terminer plus tôt. Cet aménagement du temps dû à l’employeur laisse un espace de liberté pour « faire ses courses », ou simplement s’attarder dans les magasins.  

Vous me direz, et en soi vous n’avez pas tort, que cette libéralisation des heures d’ouverture des boutiques des stations-service est peu de chose. Mais il faut toujours prévoir le coup d’après ! Il ne serait pas impensable que certains milieux économiques aient d’autres cartouches dans leur sac. Une motion a été déposée au Conseil des Etats en vue de l’ouverture des magasins de 6 heures à 20 heures tous les jours de la semaine, avec un petit cadeau toutefois pour le samedi : fermeture à 19 heures…

Sur un plan tout à fait pratique, je me demande si ceux qui veulent absolument des magasins ouverts le dimanche ne seraient pas les derniers à s’y rendre. J’ai observé que les nocturnes genevoises n’attirent pas grand monde. Plusieurs commerçants n’ont jamais engagé leur boutique dans cette voie et ils n’ont sans doute pas à s’en plaindre. Pour le personnel de vente que j’ai côtoyé dans plusieurs magasins de la Cité, l’extension des horaires n’est absolument pas créatrice d’emplois.

Retenez bien cette date : le délai référendaire est fixé au 7 avril, dans dix semaines. Le temps presse !

 

21/01/2013

La neige, quelle aubaine !

La neige, quelle aubaine… pour les télévisions françaises ! Ainsi, dimanche soir 20 janvier, dans le 20 heures de Claire Chazal, nous attendions le traitement de l’actualité dramatique du week-end après le carnage de la prise d’otages dans le Sahara. Patience, téléspectateur ! La neige, le froid, les imprudents de la route malgré les avertissements, le verglas, le train à grand vitesse mis au ralenti, toutes ces contrariétés hivernales ont pris le dessus. Il est vrai que, normalement, la neige ne devrait plus tomber en hiver, puisque le climat se réchauffe.

 

Nous le voyons, la Suisse n’est pas seule à subir le rythme sélectif du développement de l’actualité imposé par les animateurs de la radio-télévision d’Etat. La neige, quelle aubaine pour hiérarchiser l’actualité ! Elle dépose son manteau opaque sur les errements du gouvernement et sur l’embardée solitaire dans les déserts d'Afrique (malgré l'Europe, déesse de tous les discours convenus), avec ses conséquences meurtrières et sanglantes dont il vaut mieux ne pas trop parler. Avec un autre président (sans doute pas aussi normal que François Hollande), je vous laisse imaginer le déferlement médiatique sur une telle déroute, malgré un hiver tout à fait normal.

 

Pourtant, la téléspectatrice et le téléspectateur financent (par une taxe librement choisie et qu’ils paient avec délectation… sans parler de la publicité et de l’argent du contribuable) un « message » plutôt que l’information qu’ils sont en droit d’attendre.

Mesdames et Messieurs les animateurs des médias publics, nous en avons assez !