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07/06/2017

Ô, ma Poste…

Les grandes manœuvres ont commencé pour restructurer La Poste suisse. « La cadence n’est plus la même, tout va plus vite, il faut s’adapter aux besoins », lance sa directrice générale, Mme Susanne Ruoff. En point de mire, la suppression de 500 à 600 offices de poste sur les 1400 actuels d’ici à 2020. Avec un coût social douloureux, puisque 1200 employés sont concernés. Coût humain de surcroît, puisque des licenciements ne sont pas exclus par le géant jaune. Aujourd’hui déjà, 800 000 habitants de notre pays n’ont plus accès à un bureau de poste dans les limites raisonnables fixées par le Conseil fédéral. Pour demain, on parle du double, sinon plus.

« Tout va plus vite, il faut s’adapter… » Ce mardi lendemain de la Pentecôte, c’était la grande journée à l’office de la Servette, comble. Les gens patientaient à l’extérieur, devisant façon Fête des voisins. Le ciel fut clément pour eux, leur dispensant un soleil agréable. Le mécontentement était pourtant perceptible. Notre « ticket d’entrée » nous promettait une attente digne de faire sortir de leurs gonds les plus patients d’entre nous… 

Les offices de poste seront remplacés par des filiales chez des commerçants. Mais l’épicier remplacera-t-il avantageusement l’employé de La Poste, qui tremble aujourd’hui pour sa place de travail ? La question se pose et elle est légitime. Les syndicats voient là une pression sur les salaires à la faveur d’une sous-traitance. « Il faut s’adapter aux besoins », selon Mme Ruoff. Mais de quels besoins parle-t-elle ? De ceux de l’usager-client ? Décidément, dans cet univers impersonnel gouverné par les lois de la finance et de la rationalisation, le client n’est plus roi. On le regrettera.

30/05/2017

Happy Birthday, Mister President!

John Fitzgerald Kennedy aurait eu 100 ans ce dimanche 29 mai. L’histoire a retenu du trente-cinquième président des Etats-Unis la classe et l’élégance, l’intelligence et le discours novateur, le sens de l’à-propos et l’humour jovial. On se souvient de son voyage à Paris, au tout début de son mandat, au printemps 1961 : « Je suis l’homme qui accompagne Jackie Kennedy à Paris. »

Kennedy, c’était le passage du témoin à une nouvelle génération d’hommes jeunes reconnus talentueux, soulevant une vague d’espoir, même si la présidence fut courte : mille jours. Les 1000 jours de Kennedy, c’est l’ouvrage passionnant de l’historien Arthur Schlesinger, assistant spécial du président et rédacteur de nombre de ses discours, à qui on prête la fameuse phrase du discours inaugural du 20 janvier 1961 : « […] ne demandez pas ce que votre paJFK RAYBAN.jpgys peut faire pour vous, mais demandez-vous plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

Déroulant son programme d’action devant le Capitole après sa prestation de serment, Kennedy déclare : « Tout cela ne se fera pas en cent jours. Pas même dans les mille premiers jours, ni pendant la durée de ce gouvernement, ni, peut-être, au cours de notre existence sur cette planète. Mais il est temps de commencer. » Avec le passage du témoin, la course s’engage. Elle exigera courage et volonté. Il y aura la crise de Berlin, les missiles soviétiques à Cuba et le défi lancé à Khrouchtchev, qui recule. En matière de politique intérieure, on notera les avancées dans la lutte contre la ségrégation raciale, un vaste programme de construction de logements sociaux, l’augmentation du salaire minimum, le bras de fer avec les industriels de la sidérurgie, qui veulent augmenter leurs prix et céderont sous la forte pression du président. La Maison-Blanche connaîtra ses échecs, notamment dans le domaine de l’assistance médicale gratuite pour les personnes âgées et avec la nouvelle loi sur les droits civiques, qui passera la rampe sous l’impulsion de son successeur, Lyndon Johnson.

Pas en cent jours. Pas même dans les mille premiers jours. Prudence ? Conscience des défis ? Prémonition peut-être ? Mille jours après ce discours inaugural, le jeune président qui avait soulevé tant d’enthousiasme et d’espoir meurt. Sur cette terre, l’homme n’est pas maître du temps. Né un jour de mai riche de promesses, John Kennedy tombe frappé par les balles un sinistre 22 novembre. Ce jour-là, le soleil de Dallas était radieux et le président avait demandé que l’on ôte le toit de la limousine, pour mieux voir ses compatriotes. On garde l’image du drame.

08/05/2017

Pari perdu? Pas tout à fait

Jusqu’à son renoncement à une nouvelle candidature, j’avais fait le pari que François Hollande serait réélu à la présidence de la République. Pourquoi ? Sans doute en raison de l’habileté rusée du patron de l’Elysée, maître du temps politique en France. Sans doute aussi à cause de l’union parfois fragile de l’opposition de la droite française, qui, mieux que nulle part ailleurs, a le génie de la fissure à l’heure des combats décisifs. Mais, surtout, je craignais la force maléfique de l’extrême droite et le mirage du « front républicain » avec son report des voix au second tour en faveur du président… J’ai donc perdu mon pari.

Pas tout à fait cependant. Il n’était point nécessaire d’être un observateur avisé de la politique de nos voisins pour nous rendre compte que le président avait un héritier. Mieux, un fils « spirituel ». Et voilà que nous retrouvons la monarchie élective si chère à nos amis gaulois ! Ce dimanche d’élection, tout y était dans le ton et dans l’image sur les chaînes de télévision (et pas seulement françaises, excusez du peu !). A TF1, à 13 heures, on a entendu parler de « mobilisation pour vous faire vivre le sacre républicain »… Les vrais républicains de la Troisième, que j’admire, auraient apprécié. Ailleurs encore, de « l’heure du sacre du centriste ». Centriste ? Rien à voir avec Jean Lecanuet, figure éloquente du centrisme dont l’implantation locale en terre normande en sa qualité de maire de Rouen, sénateur, puis ministre fut marquante.

Macron, l’héritier, le fils spirituel, a pourtant forcé le destin en défiant le « père ». Ministre, il le sera deux ans, pressé de quitter le gouvernement pour jouer les fils prodigues.

Perdu, mon pari ? Non. Dans quelques jours, le fils montera sur le trône républicain et nous aurons Hollande bis pour cinq ans. A défaut de gagner sa réélection, l’ancien premier secrétaire du parti socialiste devenu président a réussi sa succession. Je me demande si je n’aurais pas préféré perdre mon pari.